ACTE II, SCÈNE VI
Je sais qu & vous voyant, un tendre souvenir Peut m'arracher du cœur quelque indigne soupir; Que je verrai mon ame, en secret déchirée. Revoler vers le bien dont elle est séparée; Biais je sais bien aussi que, s'il dépend de vous De me faire chérir un souvenir si doux, Vous n empêcherez pas que ma gloire ofFensèe N'en punisse aussitôt la coupable pensée; Que ma main dans mon cceur ne vous aille chercher, Pour y laver ma honte, et vous en arracher. Que dis-je? Eh ce monient, le dernier qui nous reste , Je me sens arrêter par im plaisir funeste ' : Plus je vous parle,'et plus, trop foible que je suis,
' Qoellaiiicendrissante douceur dans cet Ters et dans tout ce morceau! Relisez-le depuis ces mots: Enfin ^ je me eonnois^ etc., et lisez ensuite celui-ci de Pauline, qui dit à peu près les mêmes choses:
Hélas! cette Terta, quoique enfin inTincible, Ne laisse que trop Toir une ame trop sensible. Ces pleurs en sont témoins, et ces lÂches soupirs Qu'arracbent de nos cœurs les cruels souTenirs : Trop rigoureux effets d'une aimable présence , Contre qui mon devoir a trop peu de défense ! Mai», si TOUS estimes ca généreux deroir, ConserrexHn'en la gloire , et cesses de me voir. ÉpargnetHiioi des pleurs qui coulent ik na honte • Épargne»-moi des feux qu'à regret j« surmonte ; Enfin , épargnes-moi ces tristes entretiens , Qhi ne font qu'irriter vos tourments et les miens. Polyeucte, act. U, se. ii.
Malgré les fautes de versification, ces vers disent ce qu* ils doivent dire; ils ne sont pas mauvais, et les sentiments intéressent. Ceux de Racine pénètrent Famé et enchante^ l'oreille. Pourquoi? c'est qu*il a senti ce que Corneille n a fait que penser. (L.)
54 MITHRlDATk.
Je cherche à prolonger le péril que je fuis.
Il faut pourtant» il faut se faire violence :
Et, sans perdre en adieux un resté de constance,
Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m'éviter;
Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.
XIPHAHÈS.
Ah, madame!... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre. Malheureux Xipharès, quel parti dois-tu prendre? On t'aime; on te bannit : toi-même tu vois bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger tdh supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclairdsse < ; Et sll faut qu un rival la ravisse à ma foi, Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roi.
' Var. Coun, par an prompt trépas, alM-égerU misère. Toutefois observoDs et Pharnace et mon père.
FIN DU SECOND ACTE