‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 299 sur 328 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

la vie ! Ce seroit sans doute un grand malheur pour ceux qui aiment et qui aimeront, si Famouv les condamnoit à la mort. Vénus est terrible quand elle lutte contre sa proie. Pour affoiblir ses coups, il faut céder à leur yiolence. Si elle trouve un cœur fier qui ose lui résister, c'est alors qu'elle le tourmente et le déchire avec une impitoyable rigueur. Son empire s'étend dans l'air et sur les flots; tout ce qui respira lui doit la naissance : par-tout elle répand cette ame, cette vie, ce feu créateur, qui peu* pie l'univers. Les hommes versés dans la connoissance de l'antiquité , les disciples des muses , savent que Jupiter fut épris des charmes deSémélé; ils savent que la brillante Aurore enleva dans l'Olympe le beau Céphale. En sont* ils moins des dieux? Rougissent-ils à l'aspect des autres habitants du céleste séjour? Ne cédent-ils pas de bonne grâce au pouvoir invincible de l'amour? Et vous, vous prétendez vous affranchir de son empire ! êtes- vous née sous d'autres lois et sous d'autres dieux que le reste des mortels > ? Combien d'époux n'ont-ils pas dissimulé leurs outrages! combien de pères ont excusé dans leurs enfants les désordres de l'amour! Cacher des foiblesses honteuses, c'est le propre de la sagesse; des mœurs trop sévères ne conviennent pas à l'humanité. L'architecte le plus habile laisse quelque endroit défectueux dans les plus beaux édifices : comment prétendez- vous dérober votre cœur à toute sorte de foiblesses? Mortelle, ne devez- vous pas vous trouver heureuse si la vie vous offre encore plus de biens que de maux? Ma chère enfant, cessez donc de vous livrer à un désespoir insensé ; cessez d'outrager les dieux. N'est-ce pas les outrager, que de vouloir l'emporter sur eux? Osez aimer, puisqu'un dieu l'a voulu. Au lieu de lutter contre votre mal, cherchez les moyens de l'adou-

* Voyez Racine, act. IV, te. vi.

498 • HIPPOLYTE

cir : il y a des enchantements, il y a des philtres; vous en trouverez qui pourront vous soulager. Si les hommes ont su inventer ded secrets, le génie des femmes n'est-il pas encore plue subtil'?

LE GHOEUB.

Phèdre, voilà sans doute les raisons les plus spécieuses pour vous engager à vivre. Je n'en loue pas moins le dessein que vous avez formé de mourir : éloge qui n'est pas aussi agréable et aussi flatteur pour vous que les discours de votre nourrice !

PHÈDRE

Hélas ! ce sont ces douces flatteries qm ruinent les villes les plus florissantes , et détruisent les plus illustres familles' ! Qu'ai-je besoiti de ces conseils perfides qui em* poisonnent le cœur? Apprenez-moi les moyens d'acquérir de lagloire^!

LA NOURRICE

Quittez, quittez ce superbe langage : ce n'est pas de grands mots , c^est d'un homme dont vous avez besoin. Il faut chercher promptement une voie pour faire parvenir vos plaintes à celui qui les cause. Si votre vie n'étoit pas en danger , si votre raison n'étoit pas égarée, je me garderois bien , pour satisfaire un vain désir, de vous donner de tels conseils; mais vous périssez, il faut vous sauver, et c'est là mon excuse 4.

PHÈDRE

O femme impudente ! ne fermeras-tu pas cette bouche

■ Le texte dit lUtéralement : Lu hommeà seraient hng'Umg» à mvemter ifuelifue chose, si les femmes ne pouvaient rien inventer. (G.)

• Voye* Racine , act. IV, se. vi.

^ Le texte dit : Qu'a^t-on besoin de ces conseils perfides? Qu'on nous ap^ prenne les moyens d'acqnérir de la gloire. Xai appitqaé h Plic«k« cette maxime générale : ce qui m'a paru plus naturel et plus vif. ( G.)

* Voyez Racine, act* III, se. m.

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5oo HIPPOLYTE.

PHÈDRE

De quelle nature sera ce charme, et de quelle manière s'appliquera-t-il * ?

LA NOURRICE

Vaînecuriosité que je ne puis satisfaire! Songez à tous ^érir, et non pas à m^interroger.

PHEDRE

Je crains que tu ne sois trop habile pour moi. Ta science m'épouvante !

LA NOURRICE

Votre esj^rit est plein de terreurs frivoles. Mai& enfin que craignez-vous?

PHÈDRE

Je crains que tu ne dévoiles au fils de Thésée quelque chose de cet affreux mystère.

LA NOURRICE. '

Soyez tranquille , ma chère fille ; reposez-vous sur moi. ( à part* ) O Vénus ! seconde mes projets ! Je rentre , et vais cherdier dans le palais des confidents plus utiles à mes desseins.

{ Lt oodrricc rentrt dans le palan. Phéilre , pendant Fintannèdc , resté |conchéc an fond dn théâtre , pria la porte dn palais. )

' Le texte dit : Ct philom serait-il un brtuva^ ou un ongwnt? (G.)

FIN DU SECOND ACTE

INTERMÈDE DU SECOND ACTE

LE CHœUR.

STROPHE I

O Amour! toî qui séduis les yeux , toi qui fais entrer le désir et la volupté dans l'ame de ceux que tu veux subjuguer, épargne>moi ; ne porte point le trouble et le désordre dans mes<8ens ! O fils de Jupiter et de Vénus ! le feu a moins de violence, la foudre est moins terrible que le trait enflammé qui part ^e ton arc inévitable !

ANTISTROPHE I

Cest en vain que §ur les bords de FAlphée, et dan» les temples d'Apollon pythien , la Grèce multiplie les hécatombes et fait couler le sang des victimes , si on ne rend pas encore de plus grands honneurs au fils de Vénus , à TAmour, ce tyran des hommes , qui ouvre en secret la porte de la chambre nuptiale , qui ravage les familles , et qui précipite dans les derniers malheurs les mortels qu'il a blessés.

STROPHE II

La jeune vierge d'OEchalie , libre du joug de l'hymen , lole, infatigable à la course, éloignée du commerce des hommes , erroit sur les montagnes comme une bacchante : le fils d'Amphitryon s'enflamme à sa vue; il porte le fer et le feu dans OËchalie; il épouse lole sur la cendre de ses parents. O funeste hymen! O fureurs de l'Amour L

5o2 INTERMÈDE.

ANTISTROPHE II

O murs sacrés de ThébesJ vous fûtes témoins des ravages de Vénus ! O malhourousc Dircé ! tu en fus la victime. C'est Vénus qui consuma la mère de Bacchus par la foudre de son amant! Le souffle de Vénus excite de tous côtés des orages. Comme l'abeille pompe le suc des fleurs , Vénus dévore la substance des hommes.

FIN DE l'intermède DU SECOND ACTE^

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