‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 305 sur 328 · PHÈDRE, LA NOURRICE, LE CHOEUR · texte numérisé non relu

PHÈDRE, LA NOURRICE, LE CHOEUR

LE CHOEUR

Malheureuse condition des femmes ! Nous n'avons plus d'espoir! Quel moyen, quelle ressource nous reste-t-il pour empêcher Teffet de ces menaces !

Je souffre le châtiment qui m'est dû. O terre ! 6 soleil ! Où fuir? où me cacher? A quel dieu, à quel homme recourir? Qui voudra favoriser mes crimes? Mon mal est sans remède; ma perte est inévitable! Je suis la plus malheureuse des femmes.

LE CHOEUR

Hélas! hélas! c'en est donc fait! O reine! les ruses de votre nourrice ont échoué; vous êtes perdue!

PHÈDRE

O femme scélérate, voilà donc ton ouvra{j;e! voilà où me réduisent tes discours empoisonnés! Puisse Jupiter, auteur de ma race, t'^raser à l'instant de sa foudre ' ! N'a vois-je pas prévu les traits de ta langue funeste? Ne t^avois-je pas ordonné le silence sur Cette affreuse passion qui me dévore? Tu n'as pu fempêcher de parler, et ta fatale imprudence me ravit la douceur de mourir avec gloire^! Il faut cependant prendre un parti: ce jeune homme, ivre d'orgueil et de colère, va nous accuser devant Thésée; il va raconter ma honte au vieux Pitthée» son aïeul; il va remplir l'univers de mes foiblesses. Retire-toi , malheureuse ; et périssent avec toi celles qui

' Voycr Racine, aci. IV, ic. vi. — ' ILid. , act. UI ,

ftC. 111.

fiio HIPPOLYTE.

rendent à leurs maîtres des services honteux, et leur aplanissent la route du crime M

LA NOURRICE

Accablez-moi de vos reproches ; je les ai mérités ^. La douleur qui vous aig^t ne vous permet pas d^étre juste envers moi. Cependant, si vous daignez m^entendre, je puis m'excHser auprès de vous. Je vous ai élevée^, je vous aime; j'ai voulu chercher un remède à votre maladie, et je n'ai pas eu le succès dont je m'étois flattée. Si favois réussi , on applaudiroit à ma sagesse : c'est d'après Févé* nement qu'/on nous juge.

PHÂDRE.

Misérable! penses-tu m'éblouir encore par tes raisQHnements? Après m'avoir morteUement blessée, crois-lQ me guérir par de vaines subtilités?

LA NOURRICE

Nous perdons le temps en paroles inutiles. J'ai été imprudente, j'en convieqs; mais ma fai|te peut encore servir à vous sauver.

PHEDRE

Je ne t'écoute plus. Tes perfides conseils m'ont fait assez de mal. Sors de ma présence*, pourvois à toa sort, et laisse-moi le soin d'accomplir ma destinée 4.

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