ACTE m, SCÈNE II
quilles dans nos maisons , libres du joug et de la tyrannie des femmes. Aujourdliui notre premier maflieur, quand nous voulons associer à notre sort une compagne , cVst dVtre obligés de la payer d'une partie de'notre fortune ; et ce qui prouve bien que la femme est un véritable fléau , c'est que le père qui lui a donné le jour, le père qui Pa élevée et nourrie , donne une dot pour s'en délivrer. L'époux qui introduit cette furie au sein de ses foyers , commence psfr revêtir sa funeste idole d^orn^ments magnifiques et de voiles précieux. L'infortuné s'épuise et se ruine : il y est condamné par la vafnité de sa famille , et par l'illustre alliance qu'il a contractée. Il faut qu'il dévore d'un air riant et satisfait les chagrins et les dégoûts secrets de cette union malheureuse ; ou si le hasard le gratifie d'une épouse honnête, il est tourmenté par ses nouveaux parents : et le mal excède toujours le bien. Le moins malheureux est celui dont la femme simple et bonne n'est dans sa maison qu'un inutile fardeau. Loin de moi la savante orgueilleuse qui prétend avoir plus de lumières qu'il n'appartient h son sexe : ce sont toujours les plus fécondes en expédients et en ressources pour cacher leurs intrigues amoureuses. La plus fidèle et la plus sage est toujours celle qu'un esprit foible et timide , une intelligence bornée , mettent à l'abri dVme folle pftssion. Je voudrois écarter d'elles toute confidente souple et rusée, et qu'elles ne fussent environnées que d'êtres muets et stupides , incapables de les entendre et de leur répon* dre '. Aujourd'hui , elles s'occupent dans leurs maisons à ourdir des trames criminelles , dont leurs esclaves favorites sont les ministres au-dehors. C'est ainsi , malheureuse, que tu viens de la part de ta maîtresse négocier
le sese à son Rodomont. Adam , dans le livre X du Paradis perdu , maudit les femmes avec plus de raison et d'éloquence. (G.)
* C'est-à-dire ^animaux, comme le texte rindiquc. (G.)
5o8 HIPPOLYTE.
auprès de moi le déshonneur de mon père , et souiller mes oreilles de tes honteux discours! Quelle eau lustrale pourra me purifier? et comment pourrois-je consentir à tes propositions criminelles, puiscpie je me crois coupable de les avoir entendues? Apprends, esclave impudente , que ma pitié seule te sauve aujourd'hui. Si je ne m'étois pas imprudemment lié par les serments les plus sacrés , rien ne m'eût empêché de dévoiler à mon père ton infamie. Je sors de cette maison profanée, et n'y remettrai pas le pied tant que durera l'absence de Thésée. Jusque-là , je garderai le silence; mais quand je rentrerai dans ce palais avec mon père , je verrai de quel œil ta coupable maîtresse et toi vous oserez me regarder ' : j'aurai une nouvelle preuve de l'effronterie et de la corrup* tion de votre sexe. Allez ! que le ciel vous punisse ! Je ne me lasserai point de haïr les femmes ; et si l'on me reproche de tenir toujours le même langage , je répondrai qu'elles tiennent toujours la même conduite. Que les femmes apprennent donc à être sages et modestes, ou qu'on me laisse les traiter comme elles le méritent \
' Phèdre entend cette terrible menace. Dans b tnçëdie de c'est la reine elle-même qui s'ciprirae ainn. Voyei act. IH, se. m.
* Tonte cette tirade est une satire violente , qni ne paroitaoit aux Athéniens que Tenthousiasme d'une vertu sauvage. Il y a dans le recueil des fragmenu des anciens lyriques un petit poëme attribué à Simonide , plein d'injures encore plus atroces contre les femmes. Euripide a mis dans la bouche d'Hippolyte ses propres sentiments. Ce poète avoit été très maiheureux dans ses deux mariages : sa première femme , nommée Cbérina , avoit entretenu des intrigues criminelles avec le comédien Céphisophon : ce qni le força de h répudier, quoiqu'il en eût trois enfants. Il ne trouva pas plus de fidélité dans sa seconde femme. On a dit qi/il avoit épousé ces deux femmes Ma-fois, en vertu d'une loi nouvelle qui antorisoit cette polygamie ; il en ressentit bientôt les inconvénients , et il les a peinu des plus vives couleurs dans sa tragédie ^ Andronuuiue. Cest donc ^ ses infortunes domestiques qu'il faut attribuer cette haine contre les femmes, qui éclate dans tous ses ouvrages. (C.)