‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 316 sur 328 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

HI P P O LTT E , LES coM PAONOMS d'hippolyte ,

LE choeur.

HIPPOLYTE

Cen est donc fait! O malheureux! Je sens, je connois mon innocence, et je ne puis, je n'ose la mettre au jour! O de toutes les déesses la plus chère à mon cœur, fille de Latone, vous à qui j'avois consacré ma vie, vous que je me plaisois à suivre dans les forêts, faut-il fuir vers les murs de la célèbre Athènes? Non : la ville et la terre d'Érechtée ne me reverront pas. O Trézène, charme de ma jeunesse, recevez mes adieux. Je vous vois , je vous parle pour la dernière fois. £t vous, jeunes gens de mon âge, chers compagnons de mon enfance, approchez: que les

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marques de votre amitié soulagent ma douleur ; suivezmoi jusqu*aux confins de cette terre chérie. J^ose vous répondre/quelle que soit l'erreur de mon père, qae vous ne verrez jamais un mortel plus pur et plus chaste que moi.

FIN DU QUATRIEME ACTE

INTERMÈDE DU QUATRIÈME ACTE

LE CHOEUR

STROPHE I

Quand je pense aux dieux, le chagrin s'éloig^ne, la sagesse et la douce espérance entrent dans mon ame ; mais mon esprit se confond quand je pense aux hommes , à leurs actions, à leurs fortunes diverses: chez eux rien n'est stable , tout change, tout périt; la vie humaine, sujette à mille erreurs, est le jouet d'éternelles vicissitudes.

ANTISTROPHE I

Dieux! accordez à mes prières le bonheur et les richesses, la tranquillité de Tame. Je ne demande pas la célébrité, mais Testime. Des mœurs faciles qui s'accommodent aux temps : voil^ ce qui rend la vie heureuse.

STROPHE II

De quel trouble je suis saisie à la vue de tant d'événements imprévus, qui arrivent contre toute espérance! Qui l'eût dit, que le fils de Thésée, l'astre le plus brillant de la Grèce et d'Athènes, Hippolyte, victime de la colère de son père , seroit réduit à chercher une retraite dans une terre étrangère! G rivages de Trézène! ô bois solitaires qullippolyte a souvent parcourus avec ses chiens rapides , suivant avec ardeur les traces de la chaste Diane , et perçant à son exemple les hôtes des forêts!

ANTISTROPHE II

- Gn ne te verra plus faire voler un char dans la car-

S3o INTERMÈDE.

rière ! On ne te verra plus, autour de la plaine de Limna, dompter des coursiers écumants , contenir et régler l^ur ardeur! Ta lyre, que les Muses elles-mêmes se plaisoient à gouverner, ne fera plus retentir de ses sons harmonieux le palais de ton père. Les autels de la fille de Latone, dépouillés de fleurs et de couronnes, seront cachés sous l'herbe. Jeune héros, le charme de toutes les vierges de la contrée, ton exil a éteint pour elles les flambes^z de rhymen ; et les jeunes beautés que flattoit ta conquête sont maintenant dans le deuil.

EPODE.

Mes yeux ne cesseront de pleurer ton infortune, je vivrai dans la douleur. O malheureuse amazone; malbenreuse d'avoir été mère! Hélas! dans mon chagrin j'ose accuser les dieux! Grâces toujours inséparables, vous qui présidez à Tunion et à l'harmonie des familles, vous avez souffert qu'un innocent fût chassé de la maisoB paternelle!

FIN DE l'iNTERBliDE DU QUATRIÀMB ACTE.

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