SCÈNE V
DIANE, THÉSÉE, le cbqecr.
DIANE
Écoute^moi , noble fils d'Egée ; c'est Diane, c'est la fille de Latone qui te parle. O Thésée! ô malheureux! cesse de te réjouir de ce qui va faire ton désespoir. Victime de la calomnie de ta perfide épouse, tu as fait périr ton fils innocent, tu t'es perdu toi-même. Fuis; ya cacher ta honte dans la nuit infernale; ou d'un vol hardi éléve-toi dans les airs et disparois, si tu veux trouver un asile où l'on ne te reproche pas ton crime. Tu ne peux plus vivre sur la terre avec les gens de bien. Connois, ô Thésée! toute l'étendue de ton malheur : il n'y a plus de remède à ta cruauté; mais ta douleur sera pour moi une douce consolation. Apprends, père foible et barbare, apprends' que ton fils étoit innocent. Il emporte en mourant la (jloire de la vertu. En proie aux plus noires fureurs, ton épouse a cependant montré quelque force, et une sorte de ^[énérosité. Persécutée par cette déesse si odieuse à tous ceux qui chérissent la virginité, éprise d*une folle ardeur pour ton fils, elle a osé lutter avec sa raison contre des transports insensés , et n'a succombé qu'aux ruses de sa perfide nourrice'. C'est cette femme dangereuse qui a révélé à Hippolyte, sous le sceau du serment, le secret de la foiblesse de sa maîtresse. Hippolyte a rejeté, comme il devoit, une honteuse confidence; mais lors même qu'il étoit maltraité par son père, il a respecté la foi jurée. Phèdre, craignant d'être découverte, a déposé dans une
< Le teite dit : Je suis venue ici pour Rapprendre.,. (G.) * Dans b pièce de Racine, c'eit Phèdre eBe-in«me qui parle ainii & Thésée. Voyp« act, V, te. vii.