‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 322 sur 328 · ACTE V, SCÈNE V. SS · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. SS

lettre perfide la plus horrible calomnie; elle a perdu ton fils par le plus odieux mensonge , et ce mensonge a été pour toi la plus infaillible vérité.

THÉSÉE

Hélas! hélas!

DIANE

Tu pleures, tu frémis; mais écoute, je vais donner une nouvelle matière à tes pleurs. Tu sais que le dieu des mers, ton père', s'étoit engagé à exaucer trois de tes vœux; et Fun de ces vœux a été la mort de ton fils, tandis que tu ponvois tourner contre un de tes ennemis la colère de Neptune. Eh bien ! ce dieu , fidèle à sa promesse , lié par son serment , s'est prêté à regret à ton aveugle ressentiment ; mais il te hait , ainsi que moi , comme un père barbare; toi qui , sans consulter aucun oracle , sans éclaircissement , sans information , sans prendre du temps pour délibérer, t'es hâté de dévouer ton fils an trépas, et de l'assassiner!

O déesse! arrachez-moi la vie! «

DIANE

Tu t'es rendu sans doute coupable d'un grand crime ; mais' tu n'es pas indigne de pardon, puisque c'est la vengeance de Vénus qui a tout conduit. Les dieux ne se nuisent point les uns aux autres. Notre loi est de nous laisser mutuellement satisfaire nos désirs, sans que personne y mette obstacle. Si la crainte de Jupiter ne m'eût retenue, me crois-tu donc assez lâche pour avoir laissé périr misérablement le plus fidèle de mes serviteurs ? Ton ignorance est ta première excuse. La mort de ta femme ne t'a pas permis de découvrir les artifices employés pour te tromper: voilà la source de tous tes maux. Je ne puis

< Ditnt appelle Thésée uuôt fils d'Egée , tantôt fik de Neptune. (G.)

538 eiPPOLYTE.

moi-mêine me défendre d^on sentiment de douleur. Les dieux Yoient avec regret périr un innocent; mais ib aiment à exterminer les méchants arec toute leur famille.

L£ CHQBUII.

Le Toilà qai paroit, ce malheureux jeune homme: son corps est déchiré, sa tête meurtrie et sanglante! Quels désastres ont affligé cette famille l Deux fléaux sont venus fondre à-la-fois sur la maison de Thésée, comme d«az orages envoyés par le ciel.

Page 1