‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 34 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I. ^ 6i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. ^ 6i

Et, la flamme à la main, effaçons tous ces noms Que Rome y consacroit à d'éternels affronts. Voilà Fambition dont mon ame est saisie. Ne croyez point pourtant qu'éloigné de TAsie J'en laisse les Romains tranquilles possesseurs : Je sais où je lui dois trouver des défenseurs; Je veux que d'ennemis par- tout enveloppée, Borne rappelle en vain le secours de Pompée. Le Parthe, des Romains comme moi la terreur, Consent de succéder à ma juste fureur; Prêt d'unir avec moi sa haine et sa famille, U me demande im fils pour époux à sa fille. • Cet honneur vous regarde, et j'ai fait choix de vous, Phamace : allez , soyez ce bienheureux époux. . Demain, sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore. Vous que rien n'y retient, partez dès ce moment, Et méritez mon choix par votive empressement : Achevez cet hymen; et, repassant l'Euphrate, Faites voir à l'Asie un autre Mithridate. Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi; Et que le bruit à Bome en vienne jusqu'à moi.

t PHARNACE.

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise.

snjets. Nous D*ayoDS point encore yvl sa diction s'élever si haut , ni prendre ce caractère. Ce n'est ni le charme de Bérënice , ni la témérité de Britannicus, ni le style impétueux et passionné d*Hermione et de Roxane. Racine est grand, parcequ'il fait parler un grand homme, méditant de grands desseins : il s'agit de Mithridate et de Rome : il est au niveau de tons les deux. (L.)

J'écoute avec transport cette grande entreprise;

Je Fadmire; et jamais un plus hardi dessein

Ne mit à des vaincus les armes à la main.

Sur-\out j admire en vous cg cœur infatigable

Qui semble s'affermir sous le faix qui Taccable.

Mais, si j'ose parler avec sincérité,

En êtes- vous réduit à cette extrémité?

Pourquoi tenter si loin des courses inutiles.

Quand vos états encor vous offrent tant d'asiles;

Et vouloir affronter des travaux infinis ,

Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis,

Que d'un roi qui naguère avec quelque apparence ■

De l'aurore au couchant portoit son espérance,

Fondoit sur trente états son trône florissant >,

Dont le débris est même un empire puissant?

Vous seul, seigneur, vous seul, apr^ quarante années,

Pouvez encor lutter contre les destinées.

Implacable ennemi de Rome et du repos,

Comptez-vous vos soldats pour autant de héros?

Pensez- vous que ces cœurs, tremblants de leur défaite,

Fatigués d'une longue et pénible retraite.

Cherchent avidement sous un ciel étranger

La mort , et le travail pire que lé danger? c

Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie,

Soutiendi*ont-ils ailleurs un vainqueur en fiuie? •'

' Il faut souft-entendre quelque apparence de raison , de succès. Ces sortes d'ellipses, choisies et mesurées par le ^oùt, donnent .'lu style un air de liberté et de hardiesse, qui est une des grâces de In poésie, et particulièrement de celle de Racine. (L.)

* Va a. Fondoit sur trente états son régne florissant.

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