‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 33 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

DaceS; Pannoniens, la fière Germanie, Tous n attendent qu'un chef contre la tyrannie. * Vous avez vu FEspagne, et sur-tout les Gaulois ', Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois Exciter ma vengeance, et, jusque dans la Grèce, Par des ambassadeurs accuser ma paresse. Ils savent que, sur eux prêt à se déborder, Ce torrent, s'il m'en traîne, ira tout inonder ; Et vous les verrez tous, prévenant son ravage. Guider dans lltalie et suivre mon passage.

C'est là qu'en arvii^ant, plus qu'en tout le chemin ', Vous trouverez par-tout l'horreur du nom romain, Et la triste Italie encor toute fumante Oes feux qu'a rallumés sa liberté mourante. Non, princes, ce n'est point au bout de l'univers Que Rome fait sentir tout le poids de ses fers : Et de près inspirant les haines les plus fortes , Tes plus grands ennemis. Home, sont à tes portes.

Ahl s'ils ont pu choisir pour leur libérateur

se persuader qn'il mènera son armëe en trois mois à Rome. Il faut être bien malheureux en critique pour reprendre dans une scène si belle ce qui en fait la principale beauté. (L. R.)

' On trouve dans le discours que Justin fait tenir à Mithridate, Ut. XXXVDI, chap. !▼, le germe de tout ce que Racine'fait dire à ce roi dans cette belle scène. (L. B.) #

* Plus qu'en tout le chemin : hémistiche foible , qui disparoit , pour ainsi dire , sous Téclat des beaux vers qui Tenvironnent. Les ▼ers suivants font allusion à la guerre apffelée sociale : guerre terrible, que les alliés de Rome entreprirent pour forcer les conquérants de ritalie de partager avec eux les provinces de la république romaine, puisqu'ils avoient partagé avec eux les dangers et les travaux qu'il avoit fallu essuyer pour l'établir. (G.)

6o- . MITHfilDATE.

Spartacus, un esclave, un vil gladiateur;

SVs suivent au combat des brigands qui les vengent,

De quelle noble ardeur pensez- vous qu'ils se rangent

Sous les drapeaux d un roi long-temps victorieux.

Qui voit jusqu'à Gyrus remonter ses aïeux?

Que dis-je? En quel état croyez-vous la surprendre?

Vide de légions qui la puissent défendre,

Tandis que tout s occupe à me persécuter,

Leurs fenunes, leurs enfants, pourront-ils m'arréter?

Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre

Que sa fureur envoie aux deux b^uts de la terre.

Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers > ;

Qu ils tremblent, à leur tour, pour leurs propres foyers;

Annibal Fa prédit, croyons-en ce grand homme :

Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome.

Noyons-la dans son sang justement répandu;

Rrûlons ce Capitole où j'étois attendu;

Détruisons ses honneurs, et faisons disparoitre

La honte de cent rois , et la mienne peut-être ^ ;

' Gomme on ne prononce point IV dans foyers, la rime n*est que ponr les yeux. Il ëtoit si aise de mettre ces conquérants aitiers, qu'on en doit conclure plus que jamais qu'au siècle dernier on regardoit comme la première règle de rimer pour les yeux. Âûm vous Terrex dans la même pièce à-la-fois et reconnois, qui ne riment • pat autrement, et quelques autres rimes du même genre. (L.)

* Et la mienne peut-être : ce dernier trait est profond. 0 sort d'un cœur ulcéré, et produit d'autant plus d'effet, qu'il est jeté là comme en passant. Bdithridate sent trop vivement sa honte pour s'y arrêter : ce n'est qu'un mot qui lui échappe ; mais ce mot réveille une foule de sentiments et d'idées : il est sublime. Dans tout le reste, la magnificence du style, la pompe des images, est égale k l'élévation des pensées. Racine sait se proportionner à toui ses

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