ACTE III, SCÈNE I
Toutefois épargnez votre tête sacrée :
Vous-même n allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit % Et de votre grand nom diminuer le bruit. Votre vengeance est juste ; il la faut entreprendre : Brûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pourvous d'en ouvrir les chemins : Faites porter ce feu par de plus jeunes mains ; Et, tandis que FAsie occupera Pbarnace, De cette autre entreprise honorez mon audace. Gonunandez : laissez-nous, de votre nom suivis,
• Yervari. Etenim adhoc iu Testrl caia illo rege contenderunt im- « peratores , ni ab Olo insigoîa victoriae , non Tictoriam reportarent. « Triumphavit L. Sylla , triuraphavit L. Murena de Mithridate , duo « foitissîmi Tiri et surami imperatores; sed ita triampharunt, ut « îlle palaut superatosque reçnaret. » — « Gelai qui, daus tant de Tilles, sur toute la snrface de l'Asie, par nn seul ordre de sa main, él dans nn seul jour, fit massacrer no si grand nombre de Romains , n'a point encore reçu le châfimeot de son crime. Depuis cette époque fatale , vingt-trois ans se sont ëcoul^s , et cependant il règne encore; il règne, non caché dans les retraites du Pont, ou dans les montagnes de la Cappadoce; mais il ose sortir de son royaume, et rient ravager vos terres à la face même de TAsie. Les ornements des triomphes attestent que vos ge'nërauz ont pu le vaincre, mais ils ne l'ont pas détruit. Sylla et Muréna , ces deux hommes pltios de valeur, ces deux illustres capitaines , ont en vain triomphé de ses armes. Toujours défait, toujours chassé, Mithridate règne toujours. » ( Oratio pro lege Manilia y cap. m. )
' Quel vers! Mithridate vaincu est à tout le monde : Mithridate détruit est an grand poète. Il y a, dans ce seul homme appelé Mithridate, tout un empire, toute une puissance. Cest ainsi que ce que Ton croit n*étre que de Télégance est une grande idée. Pour écrire supérieurement , il faut penser supérieurement^ (L.) 3. 5
Justifier par-tout que nous sommes vos fils. Embrasez par nos mains le couchant et Faurore; Remplissez Tunivers, sans sortir du Bosphore ■ ; Que les Romains, pressés de Fun à lautre bout. Doutent où vous serez, et vous trouvent par-tout'. Dès ce même moment ordonnez que je parte. Ici tout vous retient; et moi, tout m'en écarte : Et, si ce grand dessein surpasse ma valeur, Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d avancer la fin de ma misère , Jlrai... J'efifacerai le crime de ma mère 3. Seigneur, vous m'en voyez rougir à vos genoux; J'ai honte de me voir si peu digne de vous ; Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire; Et Rome, unique objet d'un désespoir si beau. Du fils de Mithridate est le digne tombeau.
MiTHitiDATE, se kvant.
Mon fils, ne parlons plus d'une mère infidèle.
' Chacun de ces admirables vers a sa mëtaphore paiiicnlière : le premier semble ne laisser rien à désirer pour la beauté de Vidée et du style ; et cependant le second le surpasse encore. (G.)
* On dit très élégamment, même en poésie, au bout Je funivers; mais de Vun h Vautre haut n*a pas le même mérite, foutent où est dur. Ces observations n*empécbent pas que ces deux vers ne soient bons , comme un résumé juste et précis de plusieurs grandes idées. (G.)
' Xipharès peut craindre que le jaloux et défiant Mithridate n at* tribue son déitespoir à la passion de Monime : il détourne a^ec beaucoup d'art les soupçons du roi, en lui persuadant que ce désespoir n*a pour cause que la trahison de sa mère. (G.)