‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 37 sur 328 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Votre père est content, il eonnolt votre zélé, Et ne vous verra point affronter de danger Qu avçc voas son amour ne veuille partager : Vous me siiivres; je veux que rien ne nous sépare. Et vous, à m'obéir, prince, cpi'on se prépare; Les vaisseaux sont tout prêts : j*ai moi-même ordonné La suite et Tappareil qui vous est destiné. Arbate, à cet hymen chargé de vous conduire, De votre obéissance aura soin de m^instruire. Allez, et soutenant Thonneur de vos aïeux , Dans cet embrassement recevez mes adieux.

PHARITACE.

Seigneur...

MITHBrDATE.

Ma volonté, prince, vous doit suffire.

Obéissez. C'est trop vous le faire redire.

FHARNACE.

Seigneur, si , pour vous plaire, il ne feut que périr, Plus ardent qu'aucun autre on m y verra courir : Combattant à vos yeux permettez que je meure.

Je vous ai commandé de partir tout-à-Fheure ■. Mais après ce moment... Prince, vous m'entendez,

' Cène ahercadoii entre le père ef le ils rëpand rar la un d'ane si longue tcène une^halenr et an intérêt extraordinaires. Touuà" tkemre est une expression très simple, qni n*a rien de bas , et qni donne an style un air plus naturel . Ce dialogne est vif, rapide, attaeliant; c'est nn modèle de bon goût et de T^ritë: e'est là que Phamace dévelc^pe son caractère; tous ses discours sont spé* cieuz, mesures, et pleins <f artifice. (G.)

Et vous êtes perdu si vous me répondez.

PHARNAGE.

Dussiez-vous présenter mille morts à ma vue ', Je ne saurois chercher une fille inconnue. Ma vie est en vos mains.

MITHÂIDATE.

Ah! c*est où je t attends ».

Tu ne saurois partir, perfide ! et je t'entends. Je sais pourquoi tu fuis Thymen où je t'envoie:

' Vah. Seigneur, dAt-on offrir mille morts à ma ^me.

* Cette tirade de Mithridate respire la mile et saine âoquence des anciens. La haine, la jalousie et la colère du roi, lon^-temps retenaes par sa dissimulation, s'ouvrent enfin un libre passage. Depuis le grand discours de Mithridate, toute la scène, pleine de mouvements dramatiques, est graduée avec un art profond: c*est ce choc des trois caractères qui distingue cet entretien de Mithridate avec ses enfants, des autres grandes scènes connues au théâtre , et qui lui assure le premier rang comme conception théâtrale. Dans la délibération d* Auguste, tout est raisonnement; Cinna et Maxime ne sont que les conseillers d'Auguste. Dans Rodogune, quelque terrible que soit la proposition de Gléopâtre, elle s'adresse è deux jeunes princes soumis et respectueux, qui osent è peine faire éclater leur opposition aux sentiments de leur mère. Dans Pompée, le conseO du jeune roi Ptolomée, qui ouvre la pièce, devient languissant et froid, parcequ*il n'est rempli que de harangues politiques ; enfin , la scène de Néron avec Agrippine, plus profonde, comme je l'ai déjà observé, pour la peinture des caractères, plus grave et plus austère pour le style, a cependant moins d'éclat et de mouvement dramatique. Dans la scène de Mithridate, Phamace est arrêté; Xipharès est dénoncé; Mithridate lui-même, plongé dans les plas noirs soupçons, est dans le plus cruel em* barras: car je ne sépare point cette grande scène d'avec celle oîk les gardes viennent saisir Pharoace. (G.)

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