ARBAT
Hé bien, seigneur?
XIPHARÈS
Je laime ; et ne veux plus m'en taire , Puisqu'en6n pour rival je n'ai plus que mon frère '. Tu ne t attendois pas, sans doute, à ce discours ; Mais ce n^est point, Arbate, un secret de deux jours >. Cet amour s'est long-temps accru dans le silence. Que n'en puis-je à tes yeux marquer la violence^ Et mes premiers soupirs , et mes derniers ennuis ^ ! Mais, en l'état funeste où nous sommes réduits,
' Le spectateur reçoit presque à chaque vers une instruction nouvelle : âi peine connoSt-il les caractères différents des deux frères, qu*il apprend leur rivalité. Cest là le mérite essentiel d'une bonne eiposition : jamais le sujet n'y est trop t6t expliqué. (6.)
* Un tecret de deux jours: Voilà de ces familiarités de diction que les critiques n*ont pas manqué de relever, et qui se font d*autant plus remarquer, que Télé^ance du style est plus continue.
* L'opposition des premiers et des derniers est peu digne de Tauteor.. Louis Racine pense que ce vers ne se lie pas assez bien avec le précédent; mais il ne dit rien sur ces expressions vraiment condamnables: marquer aux yeux y timat^uer aux yeux des soupirs, (G.)
Ce n est guère le temps d'occuper ma mémoire
A*rappeler le cours d'une amoureuse histoire.
Qu il te suffise donc, pour me justifier.
Que je vis , que j'aimai la reine le premier ' ;
Que mon père ignoroit jusqu'au nom de Monime
Quand je conçus pour elle un amour légitime.
Il la vit. Mais , au lieu d'offrir ft ses beautés
Un hymen, et des vœux dignes d'être écoutés,
Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire,
EUe lui céderoit une indigne victoire.
Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu;
Et que, lassé d'avoir vainement combattu'.
Absent, mais toujours plein de son amour extrême,
Il lui fit par tes mains porter son diadème.
Juge de mes douleurs, quand des bruits trop certains
M'annoncèrent du roi l'amour et les desseins ;
Quand je sus qu'à son lit Monime réservée,
Avoit pris , avec toi , le chemin de Nymphée ^ !
Hélas! ce fut encord^ ce temps odieux 4 ' *
' CeUe circonstance essentielle excuse l'amour de Xipharès, le rend intéressant, et conserve à ce fils de Idithridate un caractère honnête et vertneux, lors même (]u*il est le rival de son père. (6.)
' La Harpe dit que ce vers n*a point de césure, parcequ'il n'y a aucune raison de s'arrêter i^rès l'auxiliaire avoir, Louis Racine* avoit fait la même observation. Il se pourroit cependant que le poète eût eu l'intention de placer le repos après le mot lassé ^ afin de donner plus d'énergie à la phrase. On sait que cette licence est q^uelquefoia permise, et que, bien employée, elle devient unebeauté.
3 Ce n'est pas sans dessein qu'on nomme ici Nymphée : c'est le nom de la ville dans l'enceinte de laquelle l'action se passe, i^^phée ne rime pas avec réservée. (6.)
* Vax. Hélas! j'sppris encof^dans ce temps odieux, etc.