‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 46 sur 328 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MONIME, PHOEDIME.

MONIME

Phœdime, au nom des dieux ^ fais ce que je désire :

Va voir ce qui se passe ^ et reviens me le dire.

Je ne sais; mais mon cœur ne se peut rassurer :

Mille soupçons affreux viennent me déchirer.

Que tarde Xipharès? et d'où vient qu il difFère

A seconder des vœux qu autorise son père?

Son père, en me quittant, me Talloit envoyer...

Mais il feignoit peut-être. Il felloit tout nier.

Le roi feignoit! Et moi, découvrant ma pensée...

0 dieux! en ce péril m auriez- vous délaissée?

Et se pourroit-il bien qu'à son ressentiment

Mon amour indiscret eût livré inon amant?

Quoi, prince! quand tout plein de ton amour extrême

Pour savoir mon secret tu me pressois toi-même,

Mes refus trop cruels vingt fois te Font caché;

Je t'ai même puni de Tavoir arraché :

Et quand de toi peut-être un père se défie ,

Que dis-je? quand peut-être il y va de ta vie,

Je parle; et, trop facUe à me laisser tromper,

Je lui marque le cœur où sa main doit frapper !

8o MITHRIDATE.

PHOEDIME. *

Ah! traitez-le, madame, avec plus de justice; Un grand roi descend-il jusqu'à cet artifice > ? A prendre ce détour qui lauroit pu forcer? Sans murmure à Tautel vous Talliez devancer. Vouloit-il perdre un fils qu'il aime avec tendresse? Jusqu'ici les effets secondent sa promesse : Madame, il vous disoit qu*un important dessein. Malgré lui, le forçoit à vous quitter demain : Ce seul dessein loccupe; et, hâtant son voyage, Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage; Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats, Et par-tout Xipharès accompagne ses pas. D'un rival en fureur est-ce là la conduite? Et voit-on ses discours démentis par la suite >?

MONIME

Phamace, cependant, par son ordre arrêté, Trouve en lui d'un rival toute la dureté. Phœdime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce?

PHOEDIME.

C'est l'ami des Romains qu'il punit en Pharnace :

■ Il falloit que Racine mëprisAt beaucoup l'objection h laquelle de grands littérateurs ont attaché tant d'importance, pour mettre lui-même dans la bouche d'une confidente la critique de cette ruse. Cette critique est fort afFoiblie par le vers suivant :

A prendre ce détour qui l'auroit pu forcer? car bien des motifs forçoient Mithridate à prendre ce détour : c'étoit même le seul moyen qu'il eût en son pouvoir pour pénétrer dans le cœur de Monime. (G.)

* Par la suite est vaçue ; il faut entndre : par les actions qui ont suivi les discours de Mithridate. (G.)

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