ACTE I, SCÈNE I
Me venoient reprocher ma pitié sacrilège; Et, présentant la foudre à mon esprit confus, Le bras déjà levé, menaçoient mes refus. Je me rendis , Arcas ; et, vaincu par Ulysse, De ma fiUe, en pleurant, j'ordonnai le supplice. Mais des bras d'une mère il falloit Farracher '. Quel funeste artifice il me fallut chercher! D'Achille, qui Taimoit, j'empruntai le langage : J'écrivis en Argos, pour hâter ce voyage *, Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Vouloit revoir ma fille, et partir son époux.
ecbeaacoiip moins hearensement, qu'à la Tue de la tête de Poo^pée, présentée à César, un plaisir secret
Chatooilloit malgré lui ton ame stcc rarprite. Les deux poètes ont emprunté cette expression à Virgile, que Corneille a, pour ainsi dire, traduit mot à mot. On trouve dans le poète latin :
Latoote faeitnm pertentant gaudia pectnt.
^HKiD. , lib. I , ▼. 5o6.
' Ce vers est une inadvertance de Racine : par-tout ailleurs il suppose que Tintention d*Agamemnon étoit que Glytemnestre accompagnât sa fille en AuHde. Dans la même scène, bn lit :
Court an-devant de la reine :
Dès que tu la yerrat , dëfendt-hii d'aTancer , etc. Pour reAToyer la fille , et la mère offentée , etc.
Chez Bnripide, Agamemnon ne mande point Clytemnestre, mais lui ordonne seulement d'envoyer sa fille en Aulide. ( C. )
* Bffarmontel et Desfontaines ont cherché à justifier Racine de cette expression , en Ar^os. Marmontel vouloit qu'en Argo$ signifiât en Aryolide. Cest aller chercher bien loin Texplication d'une phrase reçue du temps de Racine : l'usage alors permettoit d'em- ' ployer la préposition en à ta place des prépositions h et dans. Corneille en offre plusieurs exemples.
ARCAS
Et ne craignez-vous point Fimpatient Achille > ? Avez-vous prétendu que, muet et tranquille, Ce héros, qu'armera Famour et la raison *, Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom? Verra-t-il à ses yeux son amante immolée?
AGAMEMNON
Achille étoit absent; et son père Pelée,
D'un ennemi voisin redoutant les eflbrts,
L avoit, tu t'en souviens , rappelé de ces bords;
Et cette guerre, Arcas, selon toute apparence,
Auroit dû plus long-temps prolonger son absence.
Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent?
Achille va combattre, et triomphe en courant;
Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée,
Hier avec la nuit arriva dans larmée.
Mais des nœuds plus puissants me retiennent le bras :
Ma fille, qui s'approche, et court à son trépas;
Qui, loin de soupçonner un arrêt si sévère.
Peut-être s'applaudit des bontés de son père;
' Vimpatient Achille veat dire le bouillant, Y impétueux AchilU;, Racine a pris ce mot dans le sens des Latins. Il est vrai qae les Latins, dans ce sens, y joignoient toajours un autre mot, impatietu irœ; c'est ce qu a fait J.-fi. Rousseau dans son ode au comte du
Luc :
Ou tel que d'ApoHon le ministre terrible , Impatient du dieu dont le ioufifle invincible Agite tons ses sent , etc. ( G. )
* Quand le verbe précède, on peut le mettre au singulier; s'il suiToit, il faudroit le mettre au pluriel : Ce héros tjue la raison et famour armeront. Ce héros que conduit V amour et la fortune. Ce héros que famour et la fortune conduisen t. ( L. R. )