‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 76 sur 328 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux : SiÛTi de Ménélas, de Nestor, et d'Ulysse, J offris sur ses autels un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse! et quel devins-je, Arcas <, Quand j'entendis ces mots prononcés par Calchas! « Vous armez contre Troie une puissance vaine, « Si, dans un sacrifice auguste et solennel,

« Une fille du sang d'Hélène « De Diane, en ces lieux, n ensanglante Fautel. « Pour obtenir les vents que lé ciel vous dénie,

« Sacrifiez Iphigénie. »

ABCAS.

Votre fille!

AGAMEMNON

Surpris, comme tu peux penser, Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage.

Cest-à-dire: « En ramant sans relâche, ils fatiguent le jour et la nuit. • La Harpe en convient ; mais , dit -il, une mer immoUie n'est qu'à Racine. • La Harpe se trompe ; la mer immobile est aussi à

Virple:

« Et in lento lactantnr marmore tonsae. •

jekod, , lib. vn , T. 38.

• Les rames luttent contre une mer immobile. » (G.) Mot à» mot. Us mmes brillent dans le marbre dur. Marmore est pris ici dans le sens figuré, pour exprimer l'immobilité de la mer.

' Quel devinsrje^ pobr quel homme devins-je^ expression usitée du temps de Racine. On diroit aujourd'hui que devins-je. Nous aTons déjà vu un exemple de cette locution dans Mitkridaie, acte !•''.

i44 IPHIGÉNIE.

Je condamnai les dienx^ et, sans pins rien ouïr, Fis vœu, sur leurs autels , de leur désobéir. Que n en croyois-je alors ma tendresse alarmée ! Je voulois sur-le-champ congédier Farmée. Ulysse yi en apparence, approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie. Il me représenta Ilionneur et la patrie, Tout ce peuple, ces rois , à mes ordres soumis, Et Fempire d'Asie à la Grèce promis:

De quel front, immolant tout Tétat à ma fille % Roi sans gloire, jHrois vieillir dans ma famille. • Moi-même, je lavoue avec quelque pudeur, Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur. Ce nom de roi des rois , et de chef de la Grèce, Chatouilloit de mon cœur Forgueilleuse fbiblesse >. Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits. Dès qu un léger sommeil suspendoit mes ennuis , Vengeant de leurs autels le sanglant privilège,

' // me représenta Vhonneur et la patrie y et trois Ters après : De quePfront.., firoiSf etc. Ces phrases différentes, ^ouTennfes par le même verbe , et qui changent la construction sans la blesser, servent à varier la marche d'une période , et ont de la grâce ilans le style, snr-tout dans la versification, mais ne sont qu'à Tosage des'ëcrivains qui manient supérieurement leur langue et la poésie. (L.) Voilà le caractère d'ITlysse établi. Tout ce morceau prépare la belle scène d'Agamemnon et d*Dlysse, dans laquelle le roi d*Ithaque développe toutes les idées q^*Agamemnon lui prête ici. (G.)

* Chatouiller est du style familier; mais, dit La Harpe, chatouiller V orgueilleuse faiblesse forme une suite d'expressions neuves, et embellies par leur assemblage. Corneille avoit dit avant Racine,

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