AGAMEMNON, ACHILLE, ULYSSE
AGAMEMNON
Quoi! seigneur, se peut-il que d'un cours si rapide La victoire vous ait ramené dans FAulide? D'un courage naissant sont-ce là les essais? Quels triomphes suivront de si nobles succès! La Thessalie entière, ou vaincue ou calmée, Lesbos même conquise en' attendant Tarmée, De toute autre valeur étemels monuments, Ne sont d'Achille oisif que les amusements.
ACHILLE
Seigneur, honorez moins une foible conquête : Et que puisse bientôt le ciel qui nous arrête Ouvrir un champ plus noble à ce cœur excité Par le prix glorieux dont vous Favez flatté! Mais cependant, seigneur, que faut-il que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie? Daignez-vous avancer le succès de mes vœux? Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux? On dit qu'Iphigénie, en ces lieux amenée, Doit bientôt à son sort unir ma destinée.
Ma fille? Qui vous dit qu'on la doit amener?
embarrassante où le père dlplûgénie va se trouver entre les deux bommes que dans ce moment il doit redouter le plus. (G.)
i5o IPHIGÉNIE.
ACHILLE
Seigneur, qu a donc ce bruit qui vous doive étonner?
AGAMEMNON
(à Ulysse,) Juste ciel! sauroit-il mon funeste artifice?
ULYSSE
Seigneur, Agamemnon s'étonne avec justice. Songez-vous aux malheurs qui^iôus menacent tous? O ciel! pour un hymen quel temps choisissez-vous? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et coiasume Tarmée; Tandis que , pour fléchir Tînclémence des dieux % Il faut du sang peut-être^ et du plus précieux, Achille seul, Achille à son amour. s'applique! Voudroit-il insulter à la crainte publique,
' L'inclémence des dieux y c*est Vinclementia Svûm des Latins, que Racine a fait passer dans notre langue. (L. B.) On a reproché à Racine de n'avoir pas motivé la cause de la colère des dieux. Pourquoi Torade demande-t-il le sacrifice dlpKigénie? Gomment Agamemnon peut-il consentir à ce sacrifice ? D'abord il n'est pas vrai que Racine ait été obligé de motiver la colère des dieux. Bien n'est plus fréquent dans Tancienne mythologie que des oracles dont le motif n'est point expliqué. Les oracles nétoient, le plus souvent, que les arrêts d'une fatalité invincible, de ce destin qui, selon les idées reçues dans l'antiquité paifenne , commandoit aux dieux comme aux mortels. Et comment, par exemple , justifier Toracle qui condamnoit OËdipe à être le mari de sa mère et le meurtrier de son père? Œdipe est le plus honnête. homme du monde, et cependant telle est sa destinée. De plus, le sacrifice d'une vie» time exigée pour le salut de tous n'est pas une chose rare , ni dans la fable, ni même dans l'histoire. Le dévouement de Codrus, roi d'Athènes, fut la suite d'un oracle qui déclaroit que Tarmée dont le chef périroit seroit victorieuse. Il n'est donc point du tout ex-