‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 80 sur 328 · ACTE I, SCÈNE II. i5i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. i5i

Et que le chef des Grecs , irritant les destins , Préparât d'un hymen la pompe et les festins? Ah! seigneur, est-ce ainsi que votre ame attendrie Plaint le malheur des Grecs, et chérit la patrie?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feront foi ' Qui la chérit le plus, ou d'Ulysse ou de moi : Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle ; *

Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle. RempUssez les autels d'offrandes et de sang, Des victimes vous-même interrogez le flanc, Du silence des vents demandez-leur la cause; Mais moi, qui de ce soin sur Calchas me repose, Souf&ez, seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauroient s'irriter.

traordinaire <|tie les dieax disent aul Grecs, par la bouche de Cal» clias:

Pour obtenir les Tenu que le ciel tous dénie , Sacrifies Ipfaigénie.

Et comme en écoatant la pièce nous devons nous mettre h la place des Grecs, nous ne devons pas plus qu eux demander coiftpte aux dieux de leurs volontés. Mais quand Ites principes ne seroient pas anssi reconnus qu*ils le sont par tous ceux qui ont étudié Tanti* quité, Racine n*en seroit pas plus réprékensible. En effet, dans le plan de Racine, cen'estpas Iphi^énie qui périt, c'est Ériphile; et Ton doit avouer qn elle mérite son sort. Donc , puisque ce n'est pas Iphi^rénie , fille d*Âgaraemnon , qui est sacrifiée , il n'étoit nullement nécessaire, il eût même été très déraisonnable qu'Iphigénie ou Agamemnon eussent été coupables. (L.)

' Les Troyens sont nommés Phrygiens dans Euripide, et cependant la Troade n'étoit point la Phrygie ; car, dans le troisième livre de V Iliade y Hélène, qui est k Troie, dit à Vénus : « Ne voulez-vous

i52 IPHIGÉNIE.

Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, . Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive : J'aurois trop de regret si quelque autre guerrier Au rivage troyen descendoit le premier.

AGAMEMNON

O ciel! pourquoi feut-il que ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de TAsie? N'aurai-je vu briller cette noble chaleur Que pour m en retourner avec plus de douleur?

ULYSSE

Dieux! qu est-ce que j'entends?

m pas me mener dans quelques Tilles de la Phry^e ? •» Maïs suivant la remarque du Scholiaste , les écrivains postérieurs a Homère confondirentja Troade et la Phrygie ; et oela suffit sans doute pour excuser Racine. D*autres passages de cette pièce pourroient donner lieu à de semblables observations; nous en rassemblerons ici quelques unes, eu remarquant que Racine étoit trop rempli de la lecture d'Homère pour ignorer les coutumes des Grecs, mais qu'il a eu de bonnes raisons toutes les fois qu'il ne s'y est pas asservi : ainsi il«parle d'étendards, quoiqu'il n'y en eût point dans le camp d'Agamemnon; il fait mention de vaisseaux dont les poupes sont couronnées, quoique ce ne fàt pas encore l'usage dé mettre des couronnes aux poupes des wisseaux. Ici il pouvoit s'appuyer des anciens , qui offrent souvent de pareils anachronismes ; de So* phocle, par exemple, qui, dans son AjaXj parle des trompettes de l'armée , quoiqu'elles ne fussent point connues à l'époque du siège de Troie. Racine met encore le mot prêtre dans la bouche de Clytemnestre ; et Homère, cependant , qui met des prêtres k Troie, n'en met point dans l'armée des Grecs : les rois alors faisoient euxmêmes les sacrifices , et Calchas n'étoit qu'un devin. Mais l'exemple des tragiques grecs étoit suffisant pour autoriser le poète françois, puisque c'est un prêtre qui, dans Euripide, prend le glaive pour immoler Iphigénie. (L. R.)

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