ACTE I, SCÈNE II
XIPHiRÈS.
Madame, assurez-vous de mon obéissance; Vous avez dans ces lieux une entièrei puissance : Pbamace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.
MONIME
Hé ! quel nouveau malheur peut affliger Monime , Seigneur?
XIPHARÈS.'
Si vous aimer c'est faire un si grand crime ', Pharnace n'en est pas seul coupable aujourd'hui; Et je suis mille fois plus criminel que lui.
MONIME
Vous!
XIPÛARÈS.
Mettez cç malheur au rang des plus funestes ; Attestez, s'il le iaut, les puissances célestes > Contre un sang malheureux, né pour vous tourmenter, , Père, enfants, animés à vous persécuter 3; Biais, avec quelque ennui que vous puissiez apprendre Cet amour criminel qui vient de vous surprendre, Jamais tous vos malheurs ne sauraient approcher Des maux que j'ai soufferts en le voulant cacher.
' On a reprû mcc raison ces dëelarations qui tombent dans une galanterie romanesque, et n'ont pas la dignité tragique, quoiqu'elles ne manquent ni d'ëlëgance, ni de grâce. (G.)
* Même ezagémtion de sentiments, même ton de pure galanterie : ce n*est pas là de la tragédie. (L.)
' Ellipse forcée, parcequ*elle supprime la liaison entre ce vers et le précédent: la grammaire voudroit contre un père et des enfanu, (G.)
Ne croyez point pourtant que, semblable à Phamace, Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place : Vous voulez être à vous , j'en ai donné ma foi , Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi. Mais, quand je vous aurai pleinement satisfaite. En quels lieux avez-vous choisi votre retraite? Sera-ce loin, madame, du près de mes états? Me sera-t-il permis d'y conduire vos pas? Yerrez-vous d'un même œil le crime et Tinnocence? En fuyant mon rival , fîiirez-vous ma présence? * Pour prix d'avoir si bien secondé vos souhaits, Faudra-t-il me résoudre k ne vous voir jamais?
MONIME
Ah! que m apprenez-vous !
XIPHARÈS
Hé quoi! belle Monime, Si le temps peut donner quelque droit légitime , Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis , je formai le dessein d'être à vous , Quand vos charmes naissants, inconnus à mon père, N avoient encor paru qu aux yeux de votre mère? Ahl si , par mon devoir forcé de vous quitter. Tout mon amour alors ne put pas éclater S •
Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste, Combien je me plaignis de ce devoir ftneste? Ne vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux,
' Poi est ici pour la mesure. On diroit plus élégamment fout moi» amour ne peut éclater. La phrase est correcte, mais elle manque d'harmonie. (L.) Sans compter tout le reste y dans le vers suivant, •st un hémistiche inutile au sens, nécessaire à la rime. (L. B.)