‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 7 sur 328 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

MONIME, XIPHAR^S.

* MOMIME.

Seigneurie viens à vous : car enfin, aujourd'hui', ^ K vous m'abandonnez, quel sera mon appui? Sans parents , sans amis, désolée et craintive. Reine long-temps de nom, mais en effet captive, Et veuve maintenant sans avoir eu d'époux, Seigneur, de mes malheurs ce sont là les plus doux. Je tremble à vous nommer Fennemi qui m'opprime : J'espère toutefois qu un cœur si magnanime Ne sacrifiera point les pleurs des malheureux Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux. Vous devez à ces mots reconnottre Phamace : G est lui , seigneur, c'est lui dont la coupable audace Veut, la force à la main, m'attacher à son sort

' L'arrivëe de la reine produit on grand effet, parceque le spectateur aime d^a sa Tcrtn , et qa'il est impatient de savoir quels sont SCS sentiments à l'égard des deux princes. On a demandé pourquoi MoDimevenoit elle-même trouver Xipharès ; on a trouvé cette démarche pea convenable à son seae : le péril de Monime et sa situation présente répondent à cette observation. Corneille auroit pn tracer le portrait de Mithridate; mais ce portrait de Monime a'appartenoit qu'au pinceau de Racine ; il n'a point de rival dans l'art de tracer ces figures angéliques , d€i l'héroïsme de la vertu relève la pudeur, la timidité, la délicatesse. La plupart de ses hé- Yomet ont la physionomie céleste des vierges de Raphaël; leurs traits, leort proportions, offrent toute la noblesse et toute la perfection du style grec. (G.)

i8 MITHRIDATE.

Par un hymen pour moi plus cruel que la mort. Sous quel astre ennemi faut-il que je sois néel Au joug d un autre hymen sans amour destinée, A peine je suis libre et goûte quelque paix, Qu'il faut que je me livre à (out ce que je hais. Peut-être je devrois, plus humble ^n ma misère, Me souvenir du moins que je parle à son frère ■ : Mais, soit raison, destin, soit que ma haine en lui Confonde les Romains dont il cherche lappui, Jamais hymen foimé sous le plus noir auspice', De rhymen que je crains n'égala le supplice. Et si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir. Si je n ai plus pour moi que mon seul désespoir. Au pied du même autel où je suis attendue, Seigneur, vous me verrez , à moi-même rendue. Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser. Et dont jamais encor je n aipu disposer 3.

' Quelle grâce touchante, quel art et quel charme de style dans ce discours de Monime! Aycc combien d'adresse elle excuse sa haine contre Pharnace ! Ck>mme elle flatte , sans le savoir et sans paroitre s'en douter, tous les sentiments les plus chers au ooenr de Xipharès! Quelle situation délicate et intéressante! Enfin, que de naturel et de simplicité dans sa douleur! Quelle mesure dans le dessein qu'elle annonce de se donner la mort ! ce n'est point une menace fastueuse: c'est le désespoir d'un cœur noble et généreux. (G.) *

' Quand ce mot est au figuré, comme sous vos auspices, pour sous votre protection , il n'a point de singulier. U en a un quand il est, comme ici, au propre, pour augurium, (L. R.)

^ Ce vers est ici jeté adroitement; il prépare à une déclaration,* à un aveu, puisqu'enfin il y a encore de tout cela dans cette pièce; mais les gradations sont observées. (L.)

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