‹ Œuvres complètes de J. RacineChapitre 84 sur 328 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

ULYSSE

Seigneur, vous entendez : quelque prix qu il en coûte, Il veut voler à Troie et poursuivre sa route. Nous craignions son amour : et lui-même aujourd'hui Par line heureuse erreur nous arme contre lui.

AGAMEMNON

Hélasl

ULYSSE

De ce soupir que faut-il que j augure? Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler? Songez-y: vous devez votre fille à la Grèce : .Vous nous Favez promise; et, sur cette promesse, Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour,

d^wJC Iliade, Acbille dit à Patrocte : • Poissent les Grecs et les ■ Tr^ens s*entre-tuer, afin que nous deux, restés seulsi nous ayons « la sloire de renTersor les murs de Troie ! «

i58 IPHIGÉNIE.

Leur a prédit des vents l'infaillible retour* A ses prédictions si TefFet est contraire, Pensez-vous que Calchas continue à se taire; Que ses plaintes , qu en vain vous voudrez apaiser. Laissent mentir les dieux sans vous en accuser? Et qui sait ce qu'aux Grecs , frustrés de leur victime , Peut permettre un courroux qu ils croiront légitime? Gardez-vous de rédtiire un peuple furieux. Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux. N'est-ce pas vous enfin de qui là voix pressante I^ous a tous appelés aux campagnes du Xante; Et qui de ville en ville attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants, Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère, La demandoient en foule à Tyndare son père? De quelque heureux époux que Ion dût faire choix, Nous jurâmes dès-lors de défendre ses droits; /Et, si quelque insolent lui voloit sa conquête, Nos mains du ravisseur lui promirent la tète. Mais sans vous, ce serment que lamour a dicté, Libres de cet amour, laurions-nous respecté >? Vous seul, nous sCrrachant à de nouvelles flammes, Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. Et quand, de toutes parts ^issemblés en ces lieux. L'honneur de vous véiiger brille seul à nos yeux; Quand la Grèce, déjà vous donnant son suffrage, ^

' Tout ce morceau est emprunté de la première scène d'Euripide ; mais il fait bien plus d*effet ici, parceque Euripide ne Ta mis qu'en rëoit, et que Racine en a fait une. raison puissante^ ans la bouche d'Ulysse. (L. B.)

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