ACTE II, SCÈNE I
Vile esclave des Grecs, je n'ai pu conserver Que la fierté d W sang que je ne puis prouver.
DORIS
Ah ! que pei^bmt , madame , un témoin si fidèle ,
La main qui vous Tôta vous doit sembler cruelle!
Mais Galdias est ici, Calchas si renommé,
Qui des secrets des dieux fut toujours informé.
Le ciel souvent lui parle : instruit par un tel maître,
Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être ^
Pourroît-il de vos jours ignorer les auteurs?
Ce camp même est pour vous tout plein de protecteurs
Bientôt Iphîgénie, en épousant Achille,
Vous va sous son appui présenter un asile ;
Elle vous Fa promis et juré devant moi.
Ce gage est le premier qu'elle attend de sa foi.
ÉBIPHILE.
Que dirois^tu, Doris, si, passant tout le reste. Cet hymen de mes maux étoit le plus funeste?
DORIS
Quoi, madame!
ÉRIPHILE
Tu vois avec étonnement Que ma douleur ne soufire aucun soulagement. Écoute, et tu te vas étonner que je vive : C'est peu d'être étrangère , inconnue, et captive ;
* Ceat la traduction aussi élégante que fidèle d*un ^ers d'Homère, oh Calchas est peint sous les mêmes traits: « Calchas se • lêye; Calchas, fils de Thestor, et le plus habile des augures ; le « présent, le passé, TaTenir, lui sont également connus. » (lUad. Ut.I.) (G.)
i68 IPHI6ÉN1E.
Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens,
Cet Achille, Fauteur de tes maux et des miens.
Dont la sanglante maiu m'enleva prisonnière ,
Qui m*arracha dW coup ma naissance e| ton père ',
De qui, jusques au nom, tout doit m être odieux.
Est de tous les mortels le plus cher à mes yeux.
DOfilS.
Ah ! que me dites-vous !
ÉRIPHILE
Je me flattois sans cesse Qu'un silence éternel cacheroit ma foiblesse; Mais mon cœur trop pressé m'arrache ce discours, Et te parle une fois pour se taire toujours. Ke me demande point sur quel espoir fondée De ce fatal amour je me vis possédée.
Je n en accuse point quelques feintes douleurs Dont je crus voir Achille honorer mes malheurs : Le ciel s'est fait, san^ doute, une joie inhumaine A rassembler sur moi tous les traits de sa haine'. Rappellerai-je encor le souvenir affreux Du jour qui dans les fers nous jeta toutes deux?
■ Arracher la naissance est là pour ôter les moyens de faire connottre le secret de la naissance. Cela est si clair après tout ce cpii précètle, qui! ne reste à remarquer daus ce vers que la force et la pn^cision. Mais remarque! aussi la beauté progressive de cette période de six vers, depuis ce destructeur fatal j etc. , jusqu*à ce dernier vers, qui par-tout ailleurs seroit fort commun , et que les cinq vers qui Taméuent rendent si frappant. Voilà ce que fait le tissu de la diction, et ce que c*est que l'art d*ëcrire! (L.)
* D*01ivct et La Harpe ont fait observer que se faire une joie de est la seule construction françoise.