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à Tair , le poisson à Teau , le quadrupède à la terre : ils échappent au pouvoir de l'homme. On ne peut ni 1^ comprimer, ni les dilater , ni les couper , et cependant ils nous enveloppent de toutes parts; ils tombent sans pesanteur sensible; ils s'élèvent sans légèreté; ils meuvent tout et sont inébranlables; ils tra* versent les vents sans être agités , les eaux sans s'éteindre , la terre san» s'y renfermer. Enfin le. soleil est le peintre de la nature y et ses rayons apportent en même temps la lumière, la vie et Tintelligence.
L'air est te second agent de la création ; il est Taliment du feu , qui le décompose. Sans Tair tout s'éteint /les rayons du soleil même ne produisent point de chaleur. C'est ce que prouvent les sommets des montagnes, qui, toujours environnés d'une atiaosphère trèsraréfiée , sont couverts de frimas étemels.
Ainsi latmosphère est comme un verre convexe, dont le Créateur a entouré le globe pour y rassembler les rayons de la lumière. U y a donc harmonie entre le soleil, astre^un million de fois plus gros que la terre, et l'air, agent invisible, qui enveloppe cette même terre.
L'eau semble être le troisième agent de la nature ; elle tient du feu sa fluidité. No\i9 la voyons dans plusieurs états différents cpii sont en harmonie avec nos besoins. La mer reçoit les fleuves, et c'est de la mer que les fleuves s'élèvent sous la forme de légères vapeurs. Le vent les chasse aux sommets des hautes montagnes, elles s'y changent en glace^ reprennent bientôt leur fluidité , et courent arroser et féconder les contrées lointaines.
Ainsi , dans ce cercle étemel , les mêmes eaux sont toujours ramenées sur les mêmes rivages. Les flots de ce fleuve ont été vus par nos aïeux j et nos enfants lès verront après nous. La prodigalité de la nature n'est qu'apparente , c'est souvent lorsqu'elle se montre dans sa plus grande splendeur , qu'elle met le plus d'épargne dans ses productions. Veut - elle parer le sein de ce globe désolé par les frimas? elle combine quelques gaz invisibles dans une frêle, semence , et soudain la terre se couronne de fleurs et s'ombrage de forêts ondoyantes. Veut-elle augmenter la fécondité des campagnes? elle y disperse les lacs, lès ruisseaux, le> fleuves. Pour être inépuisable , elle prend , comme nous l'avons déjà dit ,
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toutes ces eaux dans la mer, les y fait retomber , les y reprend encore , et donne ainsi à sa pauvreté l'apparence du luxe et de la richesse.
La terre se présente à nous sous des combinaisons encore plus multipliées par ses fossiles, ses sels, ses métaux, ses vallées, ses montagnes, ses rochers. C'est une immense ruine qui s'élève du sein des mers; les orages soufflent sur ses décombres, un astre étincelant les couvre de lumière. Tout lui vient du ciel : le soleil est comme le réservoir inépuisable de ses fleurs et de ses moissons. Elles naissent avec la lumière, elles en reçoivent les saveurs, les parfums et la vie. L'enfant, dans son berceau aux pieds de sa mère, n'est pas gardé avec plus de soin , n'est pas l'objet de plus desollicitude,que cette semence jetée comme par hasard dans un coin de ce globe. Ainsi les végétaux sont le cinquième agent de la nature. Le soleil semble créé pour les échauffer, l'air pour les agiter, l'eau pour les arroser, la terre pour les porter. Cependant ils sont subordonnés à un règne qui leur est bien supérieur. L'animal a un cerveau qui reçoit l'image dès objets , une intel-
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ligence qui les juge , une réflexion qui s'y attache. Jusqu'à présent , nous n'ayrats ru ni U vie ni la mort : ces deux grandes puissances nous apparaissent pour la première fois. La nature se perfectionne , elle anime ; mais hélas! elle ne peut animer sans détruire. Elle prodigue l'existence, lamour enchante la terre. Tout naît avec lui^ on sent, on pense, on aime. C'est à présent que l'univers est créé.
Mais que vois-je? Au milieu de cette multitude d'être divers, une créature {presque céleste s'avance avec majesté; sa tête est onbragée d'une chevelure superbe , son corps a l'éclat du lis, un duvet naissant couvre ses joues de rose. Qu'elle est faible cette créature! que ses mains ont peu de force ! Elle est nue, sans armes, sans appui; elle est si fragile qu'il semble qu'un souffle puisse la briser.
De tous côtés sa vie est menacée. En voyant les dents effroyables, les défenses menaçantes des animaux qui l'environnent, on devina qu'ils sont créés pour détruire^ mais en voyant ces regards touchants, cette candeur gracieuse, ce sourire qui charme et qui séduit, il semble que cet ange du ciel n,'est créé
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que pour aimer. Que dis-je! cet être sî frêle, si délicat, s-avancè déjà en dominateur. Cette créature si douce s'est armée pour donner la mort ; le fer étincelle sur son front , la foudre tonne dans ses mains. Les animaux les plus cruels fuient à son aspect. Sa gloire est de tuer^ sa sagesse, de mépriser la mort. Et lorsque, fatiguée de détruire, elle veut laisser des marques de son passage sur la terre, ses plus beaux ouvrages portent encore l'empreinte de son néant. Vainement l'homme élève des palais et des arcs de triomphe! le temps les use en silence, et il ne peut laisser que des ruines.
Ainsi la plus forte puissance de la nature est la pensée; elle embellit ou bouleverse l'univers, et les autres puissances lui sont soumises. L'homme est le seul de tous les êtres, à qui l'Etemel ait confié le feu ; il le dérobe au caillou, le fait jaillir du tronc des chênes; il le puise jusque dans le soleil. Il s'en sert pour arracher de la terre le fer qui doit la féconder, et c'est alors qu'avec le fer et le feu, comme avec un double sceptre, il s'avance à la conquête du monde. Tous les climats le reçoivent, il les enrichit tous ; et
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sa puissance se manifeste à-la-fois par des bienfaits et par la destruction. Quelques plantes lui suffisent pour attacher à son service les animaux les plus utiles : le taureau , le cheval , le mouton , qu'il multiplie à son gré. Il captive jusqu'aux légers habitants des airs; ses métairies entendent leurs cris joyeux, et . s embellissent de leurs familles nombreuses. C'est un oiseau qui s'élance au milieu des nues pour lui apporter sa prpie; c'est un oiseau qui , comme un esclave fidèle , plonge dans les abymes de Tonde , et dépose dans sa main une pèche abondante. Ainsi rhomme étend sa puissance sur tout ce qui existe : c'est à tort qu'il se plaint des fleuves qui entraînent ses plantations, des plantes vénéneuses qui croissent sous ses pas, des animaux qui le menacent; son génie l'a rendu maître de la nature.
On n'a point encore assez observé l'harmonie qui existe entre les productions de la terre et les travaux de l'homme qui la cultive. La terre semble mesurer ses bienfaits à nos soins : elle ne produit que sous la main qui la féconde. A mesure qu'on l'abandonne^ les animaux utiles et familiers l'abandonnent
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aussi y et sont remplacés par des reptiles et des insectes venimeux. Il est des contrées en Grèce^ où les oiseaux voyageurs ont cessé de se rendre. L'île de Chypre * ne voit plus leurs troupes vagabondes s'abattre dans ses champs sans moissons. Semblables à ces amis qui vous délaissent dans l'infortune , elles fuient ces rives désertes qui n'ont plus que des souvenirs. Ainsi la présence de l'homme fait le charme de la nature, et ses> travaux en font la beauté. Retire- t-il sa main? tout rentre dans la confusion et le chaos. Ses campagnes sont son ouvrage; ses fleurs les plus brillantes , il les a créées : c'est d'une ronce épineuse qu'il a fait éclore, comme par enchantement, la rose fraîche et parfumée. Avant ses travaux, la pèche était amère et acide; l'olive, sèche et acre; la poire ne présentait qu'une chair rude et aigre, le pommier était hiérissé d'épines; le blé même, dans son état primitif, ne fournissait qu'un grain rare et peu nourri. ** L'homme paraît, les épines tombent, la rose double sa corolle, la pèche
* Voyage de Sonnini en Grèce , page ii^* ** Voycx Baffon.
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let la poire se remplissent d'uue liqueur parfumée j l'olive est dépouillée de son amertume^ les gerbes ondoyantes enrichissent nos guérets, et le blé devient le soutien du genre humain, et peut-être la première cause de sa civilisation.
Gîtte domination, l'homme la doit à son génie, qui est» un rayon dé Tintelligence divine, comme le feu dont il dispose est une lémanation du soleiL Tout ce qui vit a le sentiment de l'intéUigence supérieure qui l'anime. Yoiià poni^quoi le chien s'attache plutôt à lui qu'iàu bœuf et au cheval. La première pensëe qu'il éleva au pied du &éateur, le plaça à 4a tête de la créatkm. Tous les animaux ont en partage une passion , quelques-uns même portent plus loin que nous l'amitié, l'amour conjugal, l'amour maternel, l'amour de la patrie , ces instincts naturels dont nous avons fait des vertus par la corruption de nos sociétés ^ cependant le s^itiment de la Divinité n'a été donné qu'à l'homme , non à cause de sa sublime intelligence, maifc parce qu'il est la plus faible , la plus misérable des créatures, et qu'au milieu de ses grandes douleurs, il fallait à son ame des
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consolations célestes comme elle. Dieu a fait les éléments j les plantes et les animaux pour rhomme, et l'homme pour lui. En effet, dans rétat de progression où nous venons de présenter les œuvres du Créateur, de quoi servirait à l'homme tant de génie et de puissance, s'ils n'aboutissaient qu'au bonheur de l'animal ? Il fallait que l'intelligence de l'homme pût remonter vers une intelligence supérieure à la sienne ; il fallait que son ame, qui est faite pour aimer, reconnût une puissance digne de l'attacher; il fallait enfin un objet à sa reconnaissance, un but à ses vertus, un refuge à sa misère.
Dès que l'habile auteur des Études fut parvenu à se former une idée précise des puissances de la nature , leurs harmonies lui furent dévoilées. Il traça un grand cercle, image du cours apparent du soleil , le divisa en douze époques égales comme T^née , et se proposa d'examiner, à chacune de ces époques, les harmonies du soleil avec l'air, les eaux, la terre, les végétaux, les animaux et l'homme. Les harmonies humaines devaient comprendre la théorie de l'éducation publique et privée, l'étude des passions, la