XXXVIII PREAMBULE
douce peinture de l'amour maternel, de l'union conjugale, des amitiés fraternelles, et la contemplation des harmonies du ciel , dernier refuge de l'homme. Les autres puissances devaient renfermer tous les tableaux, tous les phénomènes de la nature, cette chafne qui unit l'être sensible aux objets insensibles. Il aurait peint les relations établies entre le quadrupède léger, vigoureux, doué de mémoire, et une plante immobile et sans instinet. Il aurait montré le même végétal qui se change tour-à-tour en soie par le travail d'un ver impur, en une laine fine et délicate sur le corps de la brebis , ou en une liqueur délicieuse dans les mamelles de la génisse. Il nous eût fait admirer les rapports qui existent entre les yeux des animaux et la lumière, le sommeil et la nuit, les oi^anes de la respiration et l'air, les poils |«les plumes, les fourrures, avec les jours, les saisons et les climats. Jetant ensuite un regard sur l'homme et sur sa compagne, il eût contemplé les harmonies et les contrastes de ces deux créatures oélestes. C'est par la force que l'homme prétend tout surmonter, c'est par sa faiblesse que la femme
PR1ÊAMBULE. XIXIX
peut tout vaincre : elle échappe à la douleur en lui cédant, Thomme la brave et succombe. Cette faiblesse de la femme, qui fait toute sa puissance , fait en même temps toute sa beauté ^ elle lui doit Tél^ance de ses formes, les grâces de ses mouvements , la légèreté de sa taille, et cette marche timide et chancelante qui semble demander un appui. De quoi servirait l'audace à un être si faible? La douceur, la modestie, voilà ses armes. L'impression touchante de soa regard , le charme qu'elle répand autour d'elle, cette douce compassion sur nos maux, qui ne se montre que par des pleurs, que lui fautil de plus pour nous^ séduire? Ce qui semble en elle une imperfection , est le chef-d'œuvre de l'Éternel. Sa faiblesse commande à la force , ses larmes à la tyrannie , sa timidité à l'audace, et sa beauté si fragile lui soumet l'univers.
D'après cette légère esquisse, il est facile de voir que toutes les sciences physiques et morales devaient enrichir l'ouvrage auquel Bernardin de Saint-Pierre avait consacré les études de sa vie entière. Chaque livre était terminé par un dialogue dramatique, des-