‹ Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, mises en ordre et précédées de la vie de l'auteur (volume 2)Chapitre 14 sur 33 · XLVI PREAMBULE · texte numérisé non relu

XLVI PREAMBULE

ose croire à présent que tu es né pour le malheur ! Alors je sentais renaître mon courage; et rassemblant ces feuilles dispersées par le vent, comme celles de la sibylle, j'y cherchais les secrets de cette Providenct divine qui se manifeste par des merveilles, et le tableau de ces harmonies qui inspiraient le peintre des amours de Paul et Virginie lorsque dans son enthousiasme je TeiiteDdais s'écrier :

« Soyez mes guides , filles du ciel et de )) la terre , divines harmonies ! c'est vous » qui assemblez et divisez les éléments; »j c'est vous qui formez tous les êtres qui » végètent, et tous ceux qui respirent. La i) nature a réuni dans vos mains le double }) flambeau de l'existence et de la mort. Une j) de ses extrémités bràle des feux de l'amour, » et l'autre de ceux dé la guerre. Avec les feux » de l'amour vous touchez la matière , et vous )) faites naître le rocher et ses fontaines, » l'arbre et ses fruits, l'oiseau et ses petits, >i que vous réunissez par de ravissants rap »i ports. Avec les feux de la guerre vous » enflammez la même matière , et il en sort » le faucon, la tempête et le volcan, qui

PREAMBULE. XLYU

» rendent l'oiseau , l'arbre et le rocher aux » éléments. Tour-à-tour vous donnez la vie, » et vous la retirez , non pour le plaisir d'a- » battre, mais pour le plaisir de créer sans » cesse. Si vous ne faisiez pas mourir , rien M ne pourrait vivre; si vous ne détruisiez « pas, rien ne pourrait renaître. Sans vous, /> tout serait dans un étemel repos; mais » par-tout où vous portez vos doubles flami) beaux, vous faites naître les doux con- /) trastes des couleurs , des formes, des mou » vements. Les amours vous précèdent, et les « générations vous suivent. Toujours vigi- » lantes, vous vous levez avant l'astre des » jours, et vous ne vous couchez point avec » celui des nuits. Vous agissez sans cesse au ;> sein de la terre , au fond des mers , au » haut des airs. Planant dans les régions du » ciel , vous entourez ce globe de vos dafises » étemelles, vous étendez vos cercles infini nis d'horizons en horizons , de sphères en » sphères, de constellations en constellations, » et , ravies d'admiration et d'amour , vous » attachez les chaînes innombrables des êtres >} au trône de celui qui est.

» O filles de la sagesse éternelle ! har-N

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