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tiné à développer les vérités morales que iait naître lobservation de la nature et des hommes. Tels sont la Mort de Socrate, £mpsaël^ la Pierre d'Abraham , et le Voyage en Silésie. Sans doute un plan aussi vaste ne pouvait jamais être rempli ; mais il eût été comme le tableau complet de la science, depuis les temps antiques jusqu'à nous. Les hommes vulgaires réduisent tant qu'ils peuvent leurs plans à des figures régulières, pour s'y reconnaître ; Bernardin de Saint- Pierre avait pris pour modèle la nature, qui circonscrit les individus, et qui étend à l'infini leurs harmonies. Celles du temps, qui modifie l'univers, n'ont pour bornes que l'éternité. Le temps passe, disons-nous; nous nous trompons : le temps reste , c'est nous qui passons. Les jours, les mois, les années, les siècles, ne sont que des modifications du temps. Toutes les lois de la nature s'engrènent comme des rouages : en vain nous croyons en détacher quelques-uns pour notre usage : qui n'en a pas l'ensemble n'en a que des débris ; la fin d'une science n'est que le commencement d'une autre, comme le couclicr du soleil sur nolie ho-
rîzon n'est que l'aurore d'un autre hëmisphère.
On dira pecit^étre que Bernardin de Saint- Pierre doit à Pythagore Tidée fondamentale de son livre. En effet, ce père de la bonne philosophie est le premier qui ait ])Osë en principe que les harmonies ont formé l'univers. Si ses ouvrages étaient parvenus jusqu'à I10US9 nous y trouverions sans doute une partie des idées que renferme celui-ci. Il avait rapporté ses harmonies aux nombres; et les sophistes de notre siècle n'ont {ms manqué de lui en faire un sujet de ridicule, comme s'il eût fait dé|)endrc uniquement l'existence des é^res d'une opération d'arithmétique. Mais s'ils avaient mis plus de réflexion dans leur critique, ils auraient vu que tous les êtres ont des proportions, et que ces proportions sont réglées sur des nombres. Nous cherchons tous les jours ceux qui expriment combien de fois le rayon du cercle est contenu dans sa circonférence, et ceux qui en établissent la pro|)orlion ou le rapport précis : les vérités intellectuelles sont liées les unes aux autres comme les vérités physiques. Leurs défauts et leurs excès sont
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tinë à développer hà vëritéë morales que ifkïl naître roimervation de la nature et des homnies. Xcb sont la Moit de Socrate, Eiiipsaël, la I^ierre d'Ahraiiam^ el le Voyage en Sili^sie. Sans doute uo plan aussi vaste ne [louvait jamais ûint rempli j mais il eût été cx)mxiie le Uihleau «complet de la science, depuis les temps antiques jusqu a nous. Les hommes vulgaires réduisent Uint qu'ils [Hiuvent leurs plans à des iigures régulières , {)0ur s y rcœnnaitre ; Bernardin de Saint- Pierre avait pris jK)ur modèle la nature, qui cirœnscrit les individus, et qui étend à rinilni leurs harmonies. Celles du temps, qui modifie Tunivers, n'ont |>our hona^s que Téternité. Le temps passe, disons-nous; nous nous tronqions : le temps resl^;, c/cst nous qui passons. Les jours, les mois, l<;s années, les siècles, ne sont que des modifications du temps. Toutes les lois de la nature s'engrènent œmme des rciuagi^ : en vain nous croyons en détachi^r quelques-uns pour notre usage : qui n'en a pas rensemiile n'en a que des débris; la (in d'une M;ience n'est que le commencement d'une autre, conmie le coucher du soleil sur notre ho*
PRlÊAMBnLK. XI.I
rizon n'est que Taurore d'un autre hëmiiphère.
On dira pent^étre que Bernardin de Saint- Pierre doit k Pythagore l*idée fondamentale de son livre. En effet, ce père de la bonne pliilosophie est le premier qui ait |)oaë en principe que les harmonies ont forme l'univers. Si ses ouvrages étaient {larvenus jusqu'à nous 9 nous y trouverions sans doute une partie des idées que renferme celui-ci. Il avait rapporte ses harmonies aux nombres; et les sophistes de notre siècle n'ont (ms manqué de lui en faire un sujet de ridicule , comme s'il eût fait dé[)endre uniquement l'existence des é(res d'une opération d'arithmétique. Mais s'ils avaient mis plus de réflexion dans leur critique, ils auraient vu que tous les êtres ont des profiortions , et que ces proportions sont réglées sur des nombres. Nous cherchons tous les jours ceux qui expriment combien de fois le rayon du cercle est contenu dans sa circonférence, et ceux qui en établissent la pro|)orlion ou le rapport précis : les vérités intellectuelles sont liées les unes aux autres comme les vérités physiques. Leurs défauts et leui*s excès sont
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les pierres saillantes et rentrantes qui lienl l'édifice de l'univers. L'attraction même, k hiquelle on ramène aujourd'hui toutes les opérations de la nature, n'est fondée que sur des progressions et des rapports de nombres encore bien indécis ; et ce que les astronomes connaissent de plus certain dans le cours des planètes , c'est que les carrés de leurs temps périodiques sont entre eux comme les cubes de leurs distances au soleil. Ainsi nos philosophes, inconséquents, emploient les nombres pour les usages qu'ils condamnent dans Pylhagore. Au reste, je ne crains pas de trop m'avancer en assurant que l'auteur des Harmonies de la Nature se serait glorifié d'être le disciple du rare génie qui trouva le carré de l'hypothénuse, autre rapport sublime des nombres, plus important que celui du rayon au cercle, parce qu'il est parfait 11 se serait fait honneur de marcher sur les traces du père de la bonne philosophie, de ce sage illustre qui forma les hommes les plus éclairés de l'antiquité , et qui fut la victime de l'ingratitude de ses concitoyens , afin qu'il ne manquât rien à sa gloire.
Il est inutile de rappeler ici que les hai^
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tnonieis que Bernardin de Saint-Pierre étudiait au sein de la nature, et les harmonies morales qu'il admirait dans le genre humain , étaient pour lui la preuve d une Providence céleste. Mais qu'aurait dit celui qui, au milieu des bourreaux et des victimes, entrevoyait encore Tespérance, et la fai sait descendre parmi nous, comme la dpfnière harmonie qui unit la terre au ciel; qu'aurait-il dit, s'il avait pu voir le retour de cette famille auguste que l'Etemel a replacée sur le trône ? C'est albrs qu'avec toute la puissance de sa parole éloquente, il eût proclamé le triomphe de la Providence. L'aspect de cette princesse, dont l'approche a dissipé nos douleurs et nos calamités, l'eût pénétré d'une joie ineffable ; il eût admiré cette pieuse amie, qui fut aussi fidèle aux malheurs de la nouvelle Ântigone , que celle-ci l'était à la vertu. * Tournant alors ses derniers regards sur son épouse bien-aimée , sur ces deux enfants dont les doux noms rappellent tant de souvenirs d'innocence et d'à-
* Madame ia duchesse de Sérent
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mour,** son cœur eût été rasâuré sur leur avenir, et les environnant de la protection de la fille des rois, il les eût légués à m vertu j comme cet ancien Grec qui mourut heureux , parce qu'il avait donné sa famille à sa patrie. *
Il est difficile de parler de soi : cependant ]e ne puis terminer cette faible esquisse sans dire un mot de mon travail. Je ne me suis point dissimulé que mon admiration pour les ouvrages de Bernardin de Saint -Pierre était mon seul titre pour les publier. Je voulais rendre hommage à sa mémoire, comme f avais toujours rendu hommage à ses talents; je croyais même acquitter une dette sacrée, celle de la reconnaissance. Dès ma plus tendre jeunesse, ses ouvrages formèrent ma pensée. Je dois à leur étude les heures les plus délicieuses de ma vie , et ces douces rêveries qui laissent des impressions ineffaçables. Ce n'était pas seulement de l'admiration qu'ils m'avaient inspirée : leur grâce, leur fraîcheur, leur pureté virginale, avaient produit l'enchante-
** Paul et Virginie. C'est ainsi que M. Bernardin de Saint- Pierre a nommé ses deux enfants.
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ment; Ils répandaient comme un charme inexprimable sur toute la nature , et , en me faisant aimer la campagne , ils m'apprenaient à être heureux. Lorsque, dans la suite , ma jeunesse fût livrée à de longues douleurs, je trouvai encore dms les pages religieuses de cet écrivain des consolations céltetes comme son génie. J'oubliais avec lui l'injustice des hommes , les revers de la fortune , et les amertumes d'une vie pénible et agitée. Trompé dans mes affections les plus tendres , malheureux parce que je commençais à perdre- mes illusions^ je me réfugiai avec lui dans le sein de la nature, et j'y goûtai des moments de calme et de repos que mon cœur n'osait pas espérer , qu'il craignait même de trouver, tant son agitation lui plaisait encore. Il semblait me dire: Les passions qui eûivraicftit ton ame sont trompeuses; mais les émotions qui nous pénètrent à l'aspect de là nature , ne trompent jamais. Contemple ces retraites champêtres, écoute le chant de ces oiseaux, vois comme ces campagnes sont tranquilles , comme la nature est raviissante dans sa beauté , généreuse dans ses bienfaits , et