‹ Œuvres complètes de Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre, mises en ordre et précédées de la vie de l'auteur (volume 2)Chapitre 8 sur 33 · PREAMBULE. * XXI · texte numérisé non relu

PREAMBULE. * XXI

efforts sont vâins, la profondeur du calice est si grande , qu'elle ne peut pénétrer jusqu'au lieu qui recèle son trésor. Ne la croyez point découragée , cette récoite ne sera pas perdue. G>mme les sauvages de l'Âttiérique qui coupent l'arbre par le pied pour en avoir le fruit, elle tourne autour de la Ûem y scie adroitement sa corolle , et laisse à dëcouveit le nectar qu'elle doit nous présenter dans une coupe de cire.

Non loin de là est une nation belliqueuse, une société de sages et de guerriers : les petite êtres qui la composent ont un langage varié; ils s'aiment, ils aiment leur ])atrie, ils travaillent , ils combattent pour elle. Leur prévoyance semble le fruit dés réfle)dons les plus profondes, des combinaisons les plus ingénieuses. Entrez dans le sein de cette cité , vous y verrez un petit peuple tout noir , qui trace de longues galeries, forme des cellules, élève étage sur étage et palais sur palais. Ârrétez-vous un instant sur les bords de cette caverne creusée au pied d'un arbre , il va s'y passer des prodiges. Le petit peuple noir y amène des animaux d'une autre espèce, et les y laisse dans resclavage. Aussitôt les prison-

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niers s'attachent aux racines humectées des.

plantes , et y puisent un miel abondant que les maîtres de l'habitation se hâtent de recueillir. Ces maîtres sont des fourmis, les infectes qui fabriquent le miel sont des pucerons. Ainsi les fourmis ont des étables où elles enferment leur bétail. Elles trouvent dans les pucerons des espèces d'animaux domestiques :

ce sont leurs vaches, leurs chèvres, leurs brebis; et ces industrieuses villageoises passent le^ beaux jours du printemps au sein de leur métairie, occupées, comme les dieux d'Homère , À savourer l'ambroisie.*

Le nombre des insectes est si grand, qu'ils semblent être les maîtres naturels de notre globe. Ils habitent la terre, les airs et les eaux. Armés de scies , de râpes , de tenailles , ils aident les travaux du temps. Ils détruisent les forêts , rongent les fruits, anéantissent nos récoltes ; rien ne leur échappe : ils se glissent dans les palais des princes , usent leurs vêtements de pourpre , percent les marbres , régnent sous les lambris dorés , et poussent leurs conquêtes jusque sur l'homme lui-même.

* Voyez rouyrage de Hubert sur Içs fourmb.

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