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O profondeur de notre misère ! ce roî des animaux, ce maître de l'univers est promis au ver impur qu'il foulait à ses pieds.
En contemplant les ruses, la force et la puissance des insectes ; en étudiant les soins de la nature pour leur conservation , l'homme aurait peut-être le droit de se plaindre de l'abandon où elle semble le laisser à sa naissance ^ mais sa plainte ne prouverait que son ingratitude. C'est justement cette longue faiblesse de l'enfant, cette lenteur extrême d'accroissement , les dangers nombreux qui l'attendent , qui sont les causes de ses perfections. Si, dès sa naissance, l'enfant eût trouvé tout ce qui est nécessaire à sa vie; s'il eût été revêtu des mains de la nature ; si ses forces ou ses ruses l'eussent mis à même d'éviter tous les périls, de vaincre tous les obstacles , c'en était fait de sa grandeur : sa pensée étaînte n'eût jamais inventé les arts et les sciences qui font sa gloire. Il eût consumé son existence dans là langueur et la volupté , et le travail lui eût été inconnu. Ainsi là force de l'homme naît de sa faiblesse, son génie de ses besoins , sa grandeur de son abaissement. Mais opmme tout devait lui rappeler
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la fragilité de son être, il ne trouva rien^ même dans sa pensée , qui put le satisfaiffe. Ses jouissanees ne lui laissèreolt qae des inquiétudes et des amertumes ; son ame allait toujours au*delà de ce qu'elle avait souhait té , de ce quelle avait créé. Le bonheur le fuyait, et il ne recueillait que des plaisirs fugitifs comme sa vie. Hélas ! tout est pasaa^ ger sur la terre; TËternel a mis les jouissances de rhomme dans ses illusions , comme il a placé . le grain . qui le nourrit sur une paille frêle et légère.
Chose remarquable ! celui qui a donné des bornes à notre intelligence, n'en a point donné à nos désirs , afin de nous faire concevoir ua autre bonheur que celui de cette vie. C'est un but vers lequel tendent des pensées qui ne peuvent être perdues. Au reste, si les grands secrets de la nature échappent à notre génie^ il n'en est pas de même de ce qui peut nmi^ éclairer sur nos devoirs et sur nos besoins.
Tout ce qui est utile à' l'homme est senti et approuvé de tous les hommes, et la morale la plus sublime a été mise à la portée des esprits les plus simples. Ce principe devait être universel, puisque lexistenc^du genre hu^
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main y était attachée. Des nations entières ont péri parce qu'elles avaient abandonné la vertu : Tanimal se conserve par son instinct ; l'homme ne peut se conserver que par les idées rdigieuses; et ceci est une des plus grandes preuves de son immortalité : caries idées religieuses conduisent à la vertu y et la vertu protège l'homme et la société. Au con« traire, les doctrines impies conduisent au vice , et les vices détruisent Thomme, anéantissent les nations. Ainsi la vie est le (ruit de la vérité et de la sagesse, comme la destruc* tion est le fruit du mensonge et de l'erreur. D'ailleurs , que de fragilité dans nos doc* trincs ! que d'inconséquences dans nos rai* sonoemcnts ! Par quelle contradiction celui qui refuse de croire à son immortalité, parce qu'elle ne lui est pas. révélée par les sens, ajoute-t-il foi si facilement à tant de doctrines qui ne peuvent soutenir ni l'examen de l'expérience, ni l'épreuve du temps? Pourquoi tant d'incrédulité pour des idées sublimes?
Pourquoi tant de crédulité pour des idée^ absurdes» et flétrissantes? Les systèmes sur lesquels il se fonde changent trois ou quatre fois chaque siècle, avec les sciences qui |ea
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ont inspirés. Le plus faible écolier rougirait aujourd'hui d'appuyer son impiété des aliments de Lucrèce, de Spinosa et de d'Holbach : ce qui formait alors les preuves invincibles^ de l'athéisme, est actuellement sans force et sans crédit. Ce système de la nature y qui fut pour les incrédules le sujet d'un scandaleux triomphe , ne leur inspire plus que de la pitié. La science fait un pas, le savant marche avec elle , et sa pensée a changé : vérité du«jour, erreur du lendemain. Quel fonds faire sur des principes qui sont vrais ou faux selon le temps? Quel jugement porter de ces sophistes qui se réduisent à croire tant d'erreurs pour éviter de. croire une vérité?
Et cependant, au milieu de ce mouvement des opinions humaines , la religion et la vertu ne changent pas ; ce qui est vrai aujourd'hui sera vrai demain , dans tous les siècles , devant toutes les nations : ainsi l'immuabilité de la morale en prouve la vérité, comme la variation de nos systèmes en prouve l'erreur. Telles sont les idées qu'inspire l'étude approfondie de l'homme, des sciencei et de la nature , et qui servent de base au livre des Harmonies de Bernardin de Saint-Pierre. Ce
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bel ouvrage est un tableau de tous les phénomènes de l'univers. Son auteur se comparaît à un pilote jeté au milieu des flots sur un léger esquif, étudiant tour- à -tour les merveilles de rOcéan et du ciel , tantôt esquissant les sommets lointains des montagnes, tantôt débarquant sur de tristes écueils, ou sur les rives d'une île enchantée. Des contrées inconnues et délicieuses lui apparaissent quelquefois au milieu des tempêtes, il s'y arrête, et se plaît à s'y reposer des fatigues du voyage : cependant il prend des sondes pour assurer sa route, et ses yeux contemplent sans cesse le ciel , qui lui sert de guide ^ et qui doit le conduire au port.
Nous allons essayer ici de rappeler quelques traits du plan immense que Tauteur s'était tracé, et^dont nous avons suivi les principaux points dans louvrage que nous pu blions.
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