HARMONIES ANIMALES DES PLANTES
La nature, après avoir établi sur un sol formé de débris, insensible et mort, des végétaux cloués des principes de la vie , de Taccroissement^et de la génération , a ordonné à ceux-ci. des êtres qui avaient , avec ces mêmes facultés , la puissance de se moutoir, des convenances pour les habiter, des passions pour s'en nourrir, et un instinct pour en faire le choix : ce sont les animaux. Je ne parlerai ici que des relations les plus '^mmunes qu'ils ont avec les plantes; mais si je m'occupais de celles que leurs tribus innombrables ont avec les éléments, entre elles-mêmes et avec rhomme , quelle que soit mon ignorance , j'ouvrirais une multitude de scènes encore plus dignes d'admiration.
La nature , dans un ordre tout nouveau , n'a point changé ses lois : elle a établi les mêmes harmonieft et les mêmes contrastes, des animaux aux plantes , que des plantes aux éléments. Il paraîtrait naturel à notre faible raison , et conséquent aux grands principes de nos sciences , qui donnent tant de puissance aux analogies ^t aux causes physiques, que tant d'êtres sensibles qui naissent an milieu de la verdure , en fussent à la longue affectés. Les impressions de leurs parents, jointes à celles de leur enfance , qui sentent à expliquer
tant de choses dans le genre humain ^ se fortifiant en eux, de gënërations en générations, par de nouvelles teintes , on devrait voir , à la longue , des bœufs et des moutons verts comme le pré qui les nourrit. Mous avons observé , dans FÉtude pré* cédente , que comme les végétaux étaient détachés de la terre par leur couleur verte , les animaux qui vivent sur la verdure s^en distinguent à leur tour par des couleurs rembrunies , et que ceux qui vivent sur les écorces sombres des arbres, ou sur d^autres fonds obscurs, sont revêtus de couleurs brillantes, et quelquefois vertes. Nous remarquerons à ce sujet , que plusieurs espèces d'oiseaux , qui vivent aux Indes , dans les feuillages des arbres , comme la plupart des perroquets , beaucoup de colibris , et même des tourterelles , sont du plus beau vert ; mais indépendamment des taches et des marbrures blanches, bleues ou rouges, qui distinguent leurs différentes tribus, et qui les font apercevoir de loin dans les arbres , la verdure brillante de leur plumage les détache très - avantageusement de la verdure sombre et rembrunie de ces forêts méridionales. Nous avons \u que la nature employait ce moyen général, pour affaiblir les reflets de la chaleur ; mais pour ne pas confondre les objets de son tableau , si elle a rembruni le fond de la scène, elle a rendu les habits des acteurs plus éclatants.
Il parait qu^elle a réparti les espèces d^animanx les plus agréablement colorés, aux espèces de végétaux dont les fleurs sont le moins apparentes, comme une compensation. Il y a bien moins de 'fleurs brillantes entre les tropiques, que dans les zones tempérées ; et en récompense , les insectes, les oiseaux, et même des quadrupèdes, comme plusieurs espèces de singes et de lézards ^ y ont les couleurs les plus vives. LorsquHls se posent sur les végétaux qui leur sont propres, ils y forment les plus beaux contrastes et les harmonies les plus aimables. Je me suis quelquefois arrêté, aux Iles, à considérer de petits lézards qui vivent sur les écorces des arbres , où ils prennent des. mouches. Us sont du plus beau vert pomme , et il9 ont sur le dos des espèces de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent à des lettres arabes. Lorsqu^un cocotier en avait plusieiurs dispersés le long de sa tige, il n'y avait point d'obélisque égyptien, de porphyre, avec ses hiéroglyphes , qui me parût aussi mystérieux et aussi magnifique. ^^ J'y ai vu aussi des volées de petits oiseaux, appelés cardinaux, parce qu'ils sont tout rouges , se reposer sur des buissons dont la verdure était noircie par le soleil , et les faire paraître comme des girandoles de lampions. Le P. Du Tertre dit qu'il n'y a point, aux Antilles , de spectacle plus brillant que devoir des compagnies d'aras s'abattre au sommet d^un palmiste. Le bleu,
Sgo ÉTUDES
le rouge et le jaune de leur plumage , couvre les rameaux de Tarbre sans fleurs, du plus superite dmail. On voit des harmonies à-peu^près sein» blables dans nos climats. Le chardonneret, à tétf rouge et aux ailes bordées de jaune , parait de loin , sur un buisson , comme la fleur du chardon où il est né. Quelquefois on prend des bcrgeronncltes couleur d'ardoise, qui se reposent auxeitrémitcs des feuilles d'un roseau, pour des fleun d'iris.
11 serait fort curieux de rassembler un grand nombre de ces oppositions et de ces analogies. Elles nous mèneraient à trouver la plante qui convient le mieux à chaque animal. Les luturalistes ne se sont point occupés de ces convenances ; ceux qui ont écrit l'histoire des oiseaux, les ont classes par les pieds , les becs et les narines. Quelquefois ils parlent des saisons où ib paraissent , mais presque jamais des arbres où ils vivenl. 11 n'y a ([ue ceux qui, faisant des collections de papillons , sont souvent obligés de les chercher dans l'état de nymphe ou de chenille , qui ont quelquefois distingué ces insectes parles noms des végétaux où ils les ont trouves. Telles sont les chenilles du tithymale , du pin , de l'orme , etc. , qu'ils ont reconnues pour être particulières à ces végétaux. Mais il n'y a point d'animal qu'on ne puisse rapporter à une plante qui lui est propre.
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Nous avons divisé les plantes en aériennes , en aquatiques , en terrestres, comme les animaux le aoiit eux-mêmes , et nous ^vons trouvé dans les deux classes extrêmes , des concordances cons* tantes avec leurs éléments. On peut encore les diviser en deux classes , en arbres et en herbes , comme les animaux le sont aussi en quadrupèdes et en volatiles. La nature ne rapproche pas les deux règnes en consonnances , c'est-à-dire , en attachant les grands animaux aux grands végé- .taux ; mais elle les réunit par des contrastes , en faisant accorder la classe des arbres avec celle des petits animaux, et celle des herbes avec les grands quadrupèdes ; et par ces oppositions , elle donne des convenances de protection aux faibles, et de conuonodité aux puissants.
Cette loi est si générale, que j'ai remarqué que par tout pays où les espèces de graminées sont peu variées, celles des quadrupèdes qui y vivent sont peu nombreuses, et que là où les espèces d^arbres sont multipliées, celles des volatiles le sont pareillement. C'est ce dont on peut s'assurer par les herbiers de plusieurs endroits de l'Amérique , entre autres, par ceux de la Guiane et du Brésil , qui présentent peu de variétés dans les graminées , et qui en offrent un grand nombre dans les arbres. On sait que ces pays ont en efTet peu de quadrupèdes naturels, et qu'ils sont au contraire peuplésd'une infinité d'oiseaux et d^insertes.
Si nous jetons un €Oi;ip-d^œil sur les rapports des graminées aux quadrupèdes, nous trouverom que maigre leur con^aste apparent , il y a entre eux une multitude de convenances réelles. Le peu d'élévation des graminées les met à la portée des mâchoires des quadrupèdes , dont la tête est dans une situation horizontale , et souvent incli* née vers la terre. Leurs gerbes déliées semblent faites pour être saisies par des lèvres larges et charnues ; leurs tendres tiges , facilement tranchées par des dents incisives ; leurs semences farineuses, aisément broyées par des dents molaires. D'ailleurs , leurs touffes épaisses , et élastiques sans être ligneuses , présentent de molles litières à des corps pesants.
Si au contraire nous examinons les convenances qu'il y a entre les arbres et les oiseaux, nous verrons que les branches des arbres sont facilement embrassées par les pieds à quatre doigts de la plupart des volatiles , que la nature a disposés de façon qu'il y en a trois en avant et un eu arrière , afin qu'ils pussent les saisir comme avec des mains. De plus , les oiseaux trouvent , dans les divers étages des feuilles , des abris contre la pluie , le soleil et le froid , à quoi contribuent encore les épaisseurs des troncs. Les trous qui se forment sur ceux-ci , et les mousses qui y croissent, leur donnent des logements pour faire leurs nidsi et des matelas pour les tapisser. Les
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.semences rondes ou alongëes des arbres', sont ^{NToportionnées à la forme de leurs becs. Ceux qui portent des fruits charnus, > logent des oiseaux qui ont les becs pointus ou courbés comme des pioches. Dans les iles des pays situés entre les tropiques, et le long des grands fleuves de FAmérique , la plupart des arbres maritimes et fluviatiles, entre autres , plusieurs espèces de palmiers, portent des fruits revêtus de coques très-dures , ^afin qu'ils puissent flotter sur les eaux qui les ressèment au loin ; mais leur enveloppe ne les met pas à couvert des oiseaux. Les diverses tribus des perroquets qui les habitent, et dont je crois quMl y a une espèce répartie à chaque espèce de palmier, trouvent bien le moyen d'ouvrir leur grame avec des becs crochus , qui percent comme des alênes et qui pincent comme des tenailles.
La nature a encore ordonné des animaux d'un troisième ordre , qui trouvent dans Técorce ou dans la fleur d'une plante , autant de commodités qu'un quadrupède en a dans une prairie , ou un oiseau dans un arbre entier ; ce sont les insectes. Quelques naturalistes les ont divisés en six grandes tribus, qu'ils ont caractérisées, suivant leur coutume , quoique assez inutilement , par des noms grecs. Ils les classent en insectes coléoptères bu à étub , comme les scarabées , tels que ''nos hannetons ; en hémiptères ou à demi-étuis , comme les gallinsectes, tels que le kermès; en ter
traptères ou à quatre ailfss farineuses , comne les papillons ; en télraptères qui ont quatre aiki nues , comme les abeilles ; en diptères ou à dcn ailes nues, comme les mouches communes; et a aptères ou sans ailes, comme les araignées. M» CCS six classes onl une multitude de divisions et de subdivisions qui réunissent les espèces d^in» sectes de formes et d'instincts les plus disparates, et qui en séparent beaucoup d'autres qui ont d'ailleurs entre elles beaucoup d'analogie.
Quoi qu'il en soit, cet ordre d'animaux panit particulièrement affecté aux arbres. Pline observe que les fourmis sont très - friandes des graines du cyprès. 11 dit qu'elles attaquent les cônes qui les renferment, quand ils s^eutr'oovrent dans leur maturité , sans y en laisser une seule ; et il regarde comme un miracle de la nature, qu'un si petit animal détruise la semence d'un des plus grands arbres du monde. Je crois qu'on ne pourra jamais établir dans les diverses tribus d'insectes , un véritable ordre , et dans leur étude, l'utilité et l'agrément dont elle est susceptible , qu'en les rapportant aux diverses parties des végétaux. Ainsi on rapporterait aux nectaires des fleurs, les papillons et les mouches qui ont des trompes, pour en recueillir les sucs : à leurs étamines , les mouches qui , comme les abeilles, ont des cuillers creusées dans leurs ciliées garnies de poils , pour en serrer les pous-
DE LA NATURE. 3g5
sières, et quatre ailes pour emporter leur butin: iaux feuilles des plantes , les mouches communes t et les gallinscctes , qui ont des pieux pointus et creux , pour y faire des incisions et en boire les liqueurs : aux graines , les scarabées , comme les charançons, qui devaient s^y enfoncer pour vivre de leur farine , et qui ont leurs ailes renfermées dans des étuis pour ne pas les gâter , et des râpes pour y faire des ouvertures : aux tiges , les vers qui sont tout nus, parce qu'ils n'avaient pas besoin d'être vêtus dans la substance du bois qui les abrite de toutes parts ; mais ils ont des tarières avec lesquelles ils viennent quelquefois à bout de détruire des forêts : enfin , aux débris de toutes espèces, les fourmis qui ont des pinces et rinstinct de se réunir en corps pour dépecer et emporter tout ce qui leur convient. La desserte de cette grande table végétale est entraînée par les pluies aux rivières , et de là à la mer , où elle présente un nouvel ordre de relations avec les poissons. Il est digne de remarque , xiue les plus puissants appâts qu'on puisse leur présenter sont tirés du rè^ne végétal , et particulièrement des graines ou des substances des plantes qui ont les caractères aquatiques que nous avons indiqués, telles que la coque du Levant, le souchet de Smyme , le suc de tithymale , le nard celtique , le cumin , Tanis , l'ortie , la marjolaine , la racine d'aristoloche et la graine de chènevis.
Ainsi , les relations de ces plantes avec les
sons, confirment ce que nous avons dit de cel
de leurs graines avec les eaux. kV
Ce serait en rapportant les diverses tribM dUnscctes aux diverses parties des plantes, qpe nous verrions les raisons qui ont dëterminë h nature à donner à ces petits animaux des figmei si extraordinaires. Nous connaîtrions les usages de leurs outils , dont la plupart nous sont isconnus , et nous aurions de nouveaux sujets d'admirer Tintelligence divine et de perfectionner la nôtre. D^un autre côté, cette lumière répandrait le plus grand jour sur beaucoup de pai^ ties des plantes dont les botanistes ignorent Futilité , parce qu'elles n'ont de convenances qu'avec les animaux. Je suis persuadé qu'il n^y a pas un végclal qui n'ait au moins un individu de chacune des six classes générales d'insectes , reconnues par les naturalistes. Comme la nature a divisé chaque genre de plantes en diverses espèces , pour les rendre capables de croître dans différents sites , elle a divisé de même chaque genre d'insectes en diverses espèces, pour les rendre propres à habiter différentes espèces de plantes. Elle a peint pour cette raison , et numéroté de mille manières diverses, mais invariables, les divisions presque infinies de la mémo branche. Par exemple , on trouve constamment sur l'orme le beau papillon appelé brocatelle
^£or, à cause de sa riche couleur. Celui qu^on
^^tmime les quatre omicron, et qui vit je ne sais
^^ù, produit toujours des descendants qui portent
lettre grecque , imprimée quatre fois sur
ars ailes. Il y a une espèce d'abeille à cinq cro-
' ^^diets , qui ne vit que sur les fleurs radiées ; sans
^ces crochets, elle ne pourrait se cramponner sur
les miroirs plans de ces fleurs,- et se charger
de leurs étamines aussi aisément que Tabeille
commune , qui travaille , pour Fordinaire , au
fond de celles dont la corolle est profonde.
Ce n'est pas que je pense qu'une plante nourrisse dans ses diverses variétés toutes les branches collatérales d'une famille d'insectes. Je crois que chaque genre, parmi ceux-ci , s'étend beaucoup plus loin que le genre de plantes qui lui sert principalement de base. En cela, la nature manifeste une autre de ses lois , par laquelle elle a rendu ce qu'il y a de meilleur , le plus commun. Comme l'animal est d'une nature supérieure au végétal, les espèces du premier sont plus multipliées et plus répandues que celles du second. Par exemple , il n'y a pas seize cents espèces de plantes dans les environs de Paris,* et on y compte près de six mille espèces de mouches. Je présume donc que les diverses tri-
^ Les cryptogames ne sont pas compris dans ce nombre. {NoU dm r Éditeur.)
bus de plantes se croisent avec celles des ; maux', ce qui rend leurs espèces susceptibles de différentes harmonies. On en peut juger par h varictë des goûts , dans les oiseaux de la mèoM famille. La fauvette à tête noire , niche dam les lierres; la fauvette à tfte rousse des mn railles , dans le voisinage des chënevières ; h fauvette brune , sur les arbres des grands chemins où elle compose son nid de crins de chf^rd. On en compte de douze espèces dans nos climats, qui ont chacune leur d(^partemcnt. Nos diverses sortes d^aloucttes sont aussi r^^partics \ diffërents sites , aux bois , aux pn^s, aux bruyères, aux terres labourées et aux rivages de la mer. ' Il y a dos obser%'ations bien intéressantes \ faire sur les durées des végétaux , qui sont inégales , quoique soumises aux influences des mêmes élémenls. Le chêne sert de monument aux nations , et le nostoc , qui croît a ses pieds , ne vit qu'un jour. Tout ce que j'en peux dire en général , c'est que le temps de leur dé])érissenu*nt n'est point réglé sur celui de leur accroissement, ni celui de leur fécondité proportionné a leur faiblesse , aux cliniaLs ou aux saisons , comme on l'a prétendu. Pline * cite des yeuses , des planes et dès cyprès qui existaient de son temps , et qui étaient plus anciens que Rome, c'est-à-dire, qui
"^ Histoire naturelle , liv. xvi, cliap. xuv.
DE LA NATURE. 3g9
mt plus de sept cents ans. Il dit qu^on voyait core auprès de Troie , autour du tombeau ^pnius, des chênes qui y étaient du temps que *ïroie prit le nom d'Ilium , ce qui fait une an- "Hiqnité bien plus reculée. J'ai vu en Basse -Nor- TMBidie y dans le cimetière d'une église de village , un vieux if planté du temps de Guillaume le Conquérant ; il est encore chargé de verdure , quoique son tronc caverneux et tout percé à jour, ressemble aux douves d'un vieux tonneau. U y a des buissons même qui semblent immortels; on trouve en plusieui^ endroits du royaume , des aubépines, que la dévotion des peuples a consacrées par des images de la bonne Vierge, qui durent depuis plusieurs siècles , comme on peut le vérifier par les titres des chapelles qu^on a Uties auprès. Mais, en général, la nature a pro- ' portionné la durée et la fécondité des plantes aux besoins des animaux. Beaucoup die plantes périssent aussitôt quelles ont donné leurs graines, ' quelles abandonnent aux vents ; il y en a , telles que les champignons , qui ne vivent que quelques jours j comme les espèces de mouches qui s'en nourrissent. D'autres consentent leur semence tout l'hiver, pour l'usage des oiseaux: tels sont la plupart des buissons. La fécondité des plantes n'est pas proportionnée à leur petitesse , mais à ia fécondité de Tespèce animale qui doit s'en nourrir : le panic , le petit mil, et quelques au-
4oO ETUDES
très graminées si utiles aux bétes et aux hommct, I produisent incomparablement plus de grains qv beaucoup de plantes plus grandes et plus petites qu^elles. Il y a beaucoup d^herbes qui ne se réperpctuent par leurs semences qu'une fois dans un an ; mais le mouron se renouvelle par ks sicimcs jusqu^à sept à huit fois , sans être interrompu même par Thiver. Il donne des grains mûrs , six semaines après qu il a été semé. La capsule qui les renferme , se renverse alors vers la terre et s'entr' ouvre , pour les laisser emporter aux vents et aux pluies qui les ressèment par-tout. Cette plante assure, toute Tannée , la subsistance des petits oiseaux dans nos climats. A^insi y la Providence est d'autant plus grande , que sa créature est plus faible.
D'autres plantes ont des relations d^autaut plus touchantes avec les animaux que les climats et lits saisons semblent exercer plus de rigueur envers ceux-ci. Si ces convenances étaient approfondies , elles expliqueraient toutes les variétés de la végétation dans chaque latitude et dans chaque saison. Pourquoi , par exemple , la plupart des arbres du nord perdent-ils leurs feuilles en hiver, et pourquoi ceux du midi les conservent-ils toute Tannée ? pourquoi, malgré le froid des hivers du nord , les sapins y restent-ils couverts de A ordure ? 11 est difficile d'en trouver la cause ; mais il est aisé d'en reconnaître la fui. Si
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les bouleaux et les mëlèxes du nord laissent ton-ber leurs feuilles à Tentrëe de lliiver , c'est pour - donner des litières aux bétes des forêts ; et si le upin pyramidal y consente les siennes, c^est pour leur ménager des abris au milieu: des nei^ ges. Cet arbre offre alors aux oiseaux les mounes qui sont suspendues à ses brandies , et ses canes remplis de pignons mûrs. Souvent dani son vôi-* ainage , des bocages de sorbiers font briller, pour eux, leurs grappes de baies ^cariâtes. Dana les tirrers de nos cHmats , plusieurs arbrisseaux tour jours verts, comme le lierre , Talateriie , et d^antrès qui restent chargés de baies noires «lu rouges qui tranchent avec les neiges ; conmib les troènes, les épines et les églantiers, présentent aux: ro^ latiles des habitations et des alimenlp. Dani les pays de la zone torride , la tetre est tapissée de lianes fraîches , et ombragée d'arbres au large feuillage, sous lesquels les animaux trouvent de la fraicheur. Les arbi^s marnes de ces climats sem* blent craindre d'exposer leut« £nnts aux brà^ ^ lantes ardeurs du soleil : au lieu de Iqs drtsset en cAnes, ou d'en couvrir la circonférence de leur tète , ils les cachent souvent sous un feuil^ lage épais , et les portent attsidiés à leur tronc ou à la naissance de leui*s branches : tel| sont les jacquiers, les palmiers de toutes les espèces, tes papayers et une multitude d'autres. Si leurs fruits n'invitent pas au-dehor9 les animant par des
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couleurs apparentes , ils les appellent par des bruits. Les lourds cocos , en tombant de la haih teur de Tarbrc qui les porte , font retentir an loin la terre. Les siliques noires du cannefkier, lorsqu'elles sont mûres et que le vent lès agite, font en se choquant, le bruit du tictac d'un moulin. Quand le fruit grisâtre du gënipa des Aiitilles tombe dans sa maturité, il pète à terre comme un coup de pistolet \ A ce signal , sans doute , -plus d'un convive vient chercher sa réfection. Ce fruit semble particulièrement destiné aux crabes de terre, qui en sont très-friandes, et qui s -engraissent 9 en très-peu de temps, par cette nourriture. Il leur aurait été fort inutile de ^apercevoir dans Tarbre où elles ne peuvent grimper ; mais elles sont averties du moment où il est bon à manger , par le bruit de sa clmle.. D'autres fruits, comme les jacqs et les mangues , frappent Todorat des animaux à une si grande distance , qu'on les sent de plus d'un quart de lieue , quand on est ^u-dessous du vent Je crois que cette propriété d'être fort odorants, est commune aussi à ceux de nos fruits qui se cachent sous leurs feuillages, tels que les abricots. Il y a d'autres végétaux qui ne se manifestent, pour ai^$i dire , aux animaux que pendant la nuit. Le jalap du Pérou, ou belle-de*
* Voyez k P. Du Tertre, Histoire dei Antilles.
nuit , n^ouvre ses fleurs très-parfumées que dans Tobscurit^. La fleur de capucine , qui est du même pays, jette dans les ténèbres une lumière phosphorique , observée , dans Tespèce vivacc , par la fille du célèbre Linnœus. Les propriétés de ces plantes donnent une heureuse idée de ces beaux climats, où Les nuits sont assez calmes et assez éclairées pour ouvrir un nouvel ordre de société entre les animaux. Il y a même des insectes qui n'ont besoin d'aucun phare qui tes guide dans leurs courses nocturnes. Ils portent avec eux leurs lanternes ; telles sont les mouches lumineuses. Elles se répandent quelquefois dans des bosquets d'orangers, de papayers et d'autres arbres fruitiers , au milieu de la nuit la plus scimbre. Elles lancent à-la-fois , par plusieurs battements d'ailes réitérés , une douzaine de jets d'un feu qui éclaire • les feuilles et les fruits des arbres où elles se reposent , d'une lumière dorée et bleuâtre * : puis cessant tout-à-coup leurs mouvements , elles les replongent dans Tobscurité. Elles recommencent alternativement ce jeu pendant toute la nuit. Quelquefois il s'en détache dès essaims tout brillants de lumière , qui s'élèvent en l'air , comme les gerbes d'un feu d'artifice.
Si on étudiait les rapports que les plantes ont avec. les animaux, on y reconnaîtrait l'usage de
^ Voyei le P, Du Tertre , Histoire de« Anlillef .
4c4 lÉTUDKS
beaucoup de parties, que Ton regarde souTcnt comme des productions du caprice et du d^rdre de la nature. Ces rapports sont si étendus, qu'on peut dire qu'il n'y a pas un duret de plante, wa CAtrelaceqient de boisson, une cavité, unecooleur de feuille , une ëpinc qui n'ait son otiKté. Od ' remarque sur-tout ces harmonies admirables arec le$ logements et les nids des animaux. S'il y a dans les pays ckauds des plantes chargées de duret, c'est qu'il y a des teignes toutes nues qui en tondent 1^ poib, et qui s'en font des habit». On trouve, s«ir le9. bords de l'Amazone , une espèce de roseau de vingt - cinq à trente pieds de hauteur, dont le sommet, est terminé par ime grosse boule de terre. Certte b^ule est l'ouvrage des fourrais, qui s*y vttirent daQ6 le temps des pluies et des inoRdatioM périodiques de ce fleuve : elles montent et descendent par la cavité de ce roseau , et elles vivent des débris qui surnagent alors autour d'elles à la surface des eaux. Je présume que c'est pour offrir de semblables retraites à plusieurs petits insectes « que la nature a creuse les tiges de la plupart des plantes de nos rivages. * La vallisniera ^4, qui croft
^ Toutes CCS observations sur la vallisjiiera sont tiiécf d'uu voyage eu France, en Italie et aux )le> de F Archipel, &ît par un Anglais en ijSo. Mais elles renferment plusieurs erreurs : d'abord, ces fleurs n'ont pas reçu des tiges en spîralef pour se préser>'er des crues subîles des fleuves. Il y a dans ce phénomène quelque chose de plus singulier el de plus admi-
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dans les eaux du Rhône , et qui porte m fleur sur V ujae lige en spirale , qu^elle alonge k proportion de la rapidité des crues subites de ce fleuve , a des t^ons percés à la base de ses feuilles i dont Tusage est bien plus extraordinaire. Si on déracine cette plante , et qo^on la mette dans un grand vase plein d'eau, on aperçoit à la base de ses feuilles des masses d'une gelée bleuâtre , qui s'alonge insen*^ siblemcat en pyramides d'un beau rouge. Bkntôt ces pyramides se sillonnent de cannelures, qui ae détachent du sommet, se renversent tout autour, et présentent, par leur épanouissement, de très^ jolies fleurs formées rayons de pourpres,' jaunes
nbiew Lt vallisnien «st «nt plante dioàfue : fc*â OeuH femelles croiié€iit sëptrémeai fur de longs pédoacokf rouléf en tire^ bourre, et 911 ne is^alongent ^u à Tépoque ia la fécoadation. C^ctt alors qa^elkf sVlèvent à la superficie de Tean. Cependant les fleurs miles, attachées à des pédoncules très-courts , n'ont pas la bcuhé de se mouvoir , et c'est justement à celte époque que , par une aeeende prévoyance , leur tige se brise avec efibrt , et que , dégagées des liens qui les reteiiaîent ioîn des fletnv fe* nelesi ellet viennent les oouvtir de leqr ponasière vivifiante. Bientôt après, les leurs à qiiraleS) devenues fécondes, resserrent les anneaux de leurs tiges , et ramenées peu-à-peu au fond des eaux , elles y reprennent leur première place, et y déposent leurs postérités. Cette plante, qui sera toujours un sujet cTétonnement pour les naturalistes , croit dans les fletn'cs d'Italie et dti midi de la France. Les voyageurs Totit également retrouvée dans r Amérique septentrionale et i la Nouvelte-IieUaildek {Note de r Éditeur.)
l^i,U KTIÏIfcS
J pX IiW'iw, Pm-à-|icii, thacane cic c^% fleurs sort (il? la ravit^ on clh; est contenue en partie, et ikr rarfi? /i quelque- il^tante de la plante , en y re»tant rrppnriant attarhëe par un filet. On Toît alon chanin dci^ rayons dont ces fleurs sont composées, Me mouvoir A\\i\ mouvement particulier, qui commiiriiqnr un mouvement circulaire à Tean, et précipite au rentre de chacune d'elles tous les petits corps qui nagent aux environs. Si on trouble, par quelcpie secrnisse, ce» développements merveilleux, sur-le-champ chaque filet se retire, tous les raycuis se ferment, et toutes les pyramides rentn*ul dans leurs cavil(^s ; car ces prétendues fleurs sont des polypes.
Il y a dans certaines plantes des parties qu'on reganir comme les caractères d'une nature agreste, fpii son! , comme tout le resle de ses ouvrages, des preuves de la saj;esse el de la providence de son Auteur; telles sont les épines. Leurs formes sont variées •^ rinluii, sur-tout dans les pays chauds. II y en a de faites en scies, en hameçons, on aiguilles, en fer de liallehanles, el en chausses -trapos. Il y eu a de nMidi*s c«>mme des alênes, de triangulairrs connue des carrelets, et d'apl.ities comme des lancettes. Il n'y a p,is moins de variété dans leurs agrégations. Les unes sont rangées sur les fouilles par pololons, connue celles de la raquoHo : d'autrf> par mhans . comme celles des cierges. Il y en a qui sont imisîMcs. connue colles do rarl>rissea«î
r- des îles Antilles, appelé bois de capitaine. Les feuilles de ce redoutable végétal paraissent en . dessus nettes et luisantes ; -mais elles sont cou- Tertes en dessous d'épines très-fines , qui y sont tellement couchées , que pour peu qu^on y porte la main, elles entrent dans les doigts. 11 y a d'autres épines qui ne sont posées que sur les tiges des plantes, d'autres sont sur leurs branches. On n'en trouve guère, dans nos climats, que sur des buissons et sur quelques herbes ; mais elles sont répandues, aux Indes, sur beaucoup d'espèces d'ari)res. Leurs formes et leurs dispositions trèsvariées, ont des relations, dont la plupart nous sont inconnues, avec les défenses des oiseaux qui y vivent. 11 était nécessaire que beaucoup d'arbres de ces pays portassent des épines , parce qu'il y a beaucoup de quadrupèdes qui y grimpent pour manger les œuf is et les petits des oiseaux ; teb que les singes, les civettes, les tigres, les chats sauvages, les piloris, les opossums, les rats palmistes, et même les rats communs. L'acacia '^ de l'Asie offre aux oiseaux des retraites qui sont impénc'^ trahies à leurs ennemis. 11 ne porte point d'épines sur son tronc et dans ses branches ; ma^ à dix ou douze pieds de hauteur, précisément à Tendroit où les branches de l'arbre se divisent , il y a une ceinture de plusieurs rangs de laides épines de dix à douze pouces de longueur, et hérissées à- . peu<-près comme des fers de hallebardes. Le col-
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let de Tarbrc en est euviromié ^ dt manière qam cun quiadmpède n y peut, monter. L'acacia da \\ y Amérique ^ appelé improprenent faux acacia, a les siennes figurées ea crochels et parseméei dans ses rameaux, sana doute par quelque rapport incounu.d*oppQ$ifcîon avec Vespèce de 9 drupède qui faîl la guerre à ToiacaM qui Thahile. Il y a aux îles Âniillea des arbres qui n'ont point d'dpines , maïs qitti sont bien plus ingjénieiuenient protégea que s'ils ctn araient* Une plante qui eM connue dans, ces pays, sous k nom de diardoa épineux, qui est une espèce de cierge rampaut, attache ses racvics, semblables à des filaments, au tronc d'un de ces arbres , et cUe court à teire tout autour, bien Loin de là, en croisant ses bran* chesVuiie sur Vautre , et en formant une enceinte dont, aucun quadruivede n'ose approcher. Elle porte d'aiileuivs un ft^uit trc'^-^gréable à manger. Ëavcx^iant un arbre dont le feuillage est innocent, rempli d'olsc.-uix q,iii y font leurs nids, entouré à sa racine d\ui (le ces chaordons épineux, on dirait d'une de co&vlUes de coninierce sans défense, où tout parait accessible , mais qui est protégée aux environs |mr une citadelle qui Tentoure de ses longs relranckemenfes. Ainsi Tarbre est d'un càtc, et: snn é|>iiie de Taulre.
Les quadTUi>èdes (jui vivent de» aiifs des oisenux, seraient fort embarrassi's , si quelquefois la nalure ne faisait croître, an haut de ces tnémt%
i^irbres, un r^gétal d'une forme tr&vextraordinaire, rfsi leur en ouvre Taccèâ. 11 est en tout Fopposé iidtt chardon épineux. Cest une racine de deux ij^eds de long, grosse comme la jambe, picotée ! comme ai on Teût piquée avec un poinçon , et liée à une branche de Tarbre par une multitude de filaments , i-peu-près comme le chardon épineux est attaché au bas de son tronc. Elle en tire, * comme hii, sa nourriture , et jette dix à douM grandes feuilles en cœur, de trois pieds de long et de deux pieds de large, semblables aux feuilles de n3rmph»a. Le P. Du Tertre l'appelle fausse racine de Chine. Ce qa'D y a encore de plus étrange, c^est que da haut de Tarbrc où elle est placée, elle jcftte à plomb des cordes très-fortes, grosses comme des tuyaux de plume dans toute leur longueur, qui viennent s'enraciner à terre. La plante ne sent rien , et ses cordes sentent Fail. Sans doute, quand un singe on tel autre animal grimpant aperçoit ce large étendard de rerdure, Tarbre a beau être entom*é d'épines à son pied , ce signal lui annonce qof il a des correspondances dans la place : Todeiir des cordons qui descendent jusqu'à teiTe, lui in-^ dîqmc son échelle, mchmr pendant la nuit ; et pendant que les oiseaux dorment tranquillement sur leurs nids, en se fiant à leurs fortifications, Tcunemi s'empare de la Tille par les faubourgs.
Ikinacespays, les éptnesdcsarbresdéfendcnt jusqu'aux insectes. Les abeilles y font du miel dans de
4lO ETUDES
vieux troncs d^arbres épineux creuses par le tempe. ! Il est bien remarquable que la nature, qui a donné ^ cette ressource aux abeilles de TAmérique , leur a refusé des aiguillons , comme si ceux des arbres suffisaient à leur défense. Je crois que c^est à came de cette raison, à laquelle on n^a.pas fait attention, qu^on n^a jamais pu élever aux îles Antilles des mouches à miel du pays. Sans doute elles refusaient d'habiter les ruches domestiques^ parce qu'elles ne s'y croyaient pas en sûreté ; mais elles s^y seraient peut - être déterminées , si on avait garni d'épines les ruches qu'on leur a présentées. Si la nature emploie les épines pour défendre jusqu'aux mouches des insultes des quadrupèdes, elle se sert quelquefois des mêmes moyens ponr délivrer les quadrupèdes de la persécution des mouches communes. A la vérité , elle a donné à ceux qui y sont le plus exposés , des crinières et des queues garnies de longs crins pour les écarter ; mais la multiplication de ces insectes est si rapide dans les saisons et les pays chauds et humides, qu'elle pourrait devenir funeste à tous les animaux. Une des barrières végétales que la nature leur oppose , est la dionaea muscipula. Cette plante porte sur une même branche des folioles opposées , enduites d'une liqueur sucrée semblable à la manne, et hérissées de pointes très-aiguës. Lorsqu'une mouche se pose sur une de ces folioles, elles se rapprochent sur-le-champ comme les ma-
DE LÀ NATURE. 4ll
choires d'un piëge à loup, et la imouchc se trouve fembrochëe de toutes parts. Il y a une autre dîoftïea qui prend ces insectes avec sa fleur: Quand ane mouche en veut sucer les nectaires, la corolle, qfaà est tubulée, se ferme au collet, la saisit par la trompe, et la fait mourir ainsi. Elle croît au lardin du Roi. Nous observerons que sa fleur en godet est blanche et rayée de rouge , et que ces deux couleurs attirent par- tout les mouches, qui sont très-avides de lait et de sang.
' Il y a des plantes aquatiques qui portent des épines propres à prendre des poissons. On voit an Jardin du Roi une plante de TAmérique , appelée martinia , dont la fleur a une odeur trèsagréable, et qui, par la forme de ses feuilles arrondies, le lissé de leurs queues et de ses tiges, a tous les caractères aquatiques dont nous avons parlé. Elle a encore ceci de particulier, qu'elle transpire si fortement , qu'elle paraît au toucher êomme si elle était mouillée. Je ne doute donc pas que cette plante ne croisse en Amérique sur le bord des eaux. Mais la gousse qui enveloppe ses graines , a un caractère nautique fort extraordinaire. Elle ressemble à un poisson à demi desséché, blanc et noir, avec une longue nageoire sur le dos. La queue de ce poisson est fort alongée , et finit en pointe très-aigué, courbée en hameçon. Cette queue se partage ordinairement en deux , et présente ainsi deux hameçons. La configuration
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de ce poisson regétal est tout-à-fait semblable ci grandeur et en toime à Thameçon dont on se sert sur mer pour prendre des dorades, et i la tèit du(|uel on figure en linge un poisson volant, excepté que l'hameçon à dorade n'a qu'un crochet, et que la gousse de la marlinia en a deux, ceqm doit rendi-e s<m effet plus sûr. Cette gousse rtfh ferme plusieurs graines noires, riddes, et serahiahles à des crottes de mouton aplaties.
(iomnic j'ai peu de livres de botanique, j'ignorais d'où la martinia était originaire; mais, ayant consulté dernièrement l'ouvrage de Linna'us, j'ai trouvé qu'elle venait de la Vera-Cnix. Ce fameux naturaliste ne trouve & cette gousse que Tapparenoo d'une tête de bécasse ; mais, s'il avait vu des hamei;oiis à dorade , il n'eût pas balancd à y re* ronuailre cette ressemhiauce, d'autant que te bout dr ce prétendu bec se recourbe en doux rroclieU qui piqueni connue des épingles, et sont, ainsi (|ue toute la gousse et la cpieue qui la tient à Is tige, d'une matière^ ligueuse et coniée. , très-dinicile à rompre. Jean de Luît * dit 'que le terrain de la \era-Oux est au niveau de la mer, etqiw son port, appelé wSainI -Jean île Hulloa, est formé d'une petite ile qui est ;ni ras de l'eau ; en sorte, dit* il, que quand la marée est tort grosse, elle en est toute cou\erte. (les inondations sont fort coin*
* lli.sioirr «les hulvti OiTick!ntil<\s , liv, v, cli.ip.xvui.
DE LA NATURE. 4i3
les dans le fond du golfe du Mexique ^ comme ■il peut le voir dans la relation que I>ampier nous ^V4onii^ de la baie de Campëche , qui est dans le linage. Je présume de là que la martinia , qui ; sur les ri\-ages inondés de la Vera - Crux , a -f^fuelques relatiofis qui nous sont inconnues avec ■ les poissons de la mer ; d'autant que les semences 9 de plusieurs arbres et plantes de ces contrées , npportées par Jean de Laet, ont des formes nau* i ti^fiiea très^urieuses. *
f 11 n^est pas besoin d'aller chercher dans les E plantes étrangères des relations végétales avec les i animaiix. La ronce ^ qui donne dans nos champ* i des abris i tant de petits oiseaux , a ses épines fi»rmées en crochets ; de sorte que non^eenlemeiit •Ue empêche les troupeaux de troabler les asyles det oiseaux, mais elle leur accroche bien souvent faelqaes flocons de laine ou de poil, propres à gar* air des nids, en représailles de leurs hostililés, et comme vne indemnité de leurs dommages. Pline prétend que d'est à cette occasion qu*cst née la haiflfe de b linotte et de Tâne. Ce quadrupède « dont le palais est è Tépreave des épines, bronte souvent le buisson ou la linotte fait son nid. Ëlie est si effirayée de sa voix , qu'elle en jette , dit-il , sea ttufs à bas; et, quand ses petits sont nouvel-
* yfcjft h figure de h martinia, tir^ Après mUre,
^44 - ^T.UDBt i:
kment édoif ils en mtomit de fêmé^MÊmék M fintla goerve à ma tour» «n ee^jctart.ewki égratigniiree que Inifoiit les <ptM»« fst lalweiMi taut sachttirijttsqa^iiiaoi. Ce 4oifcAtcem4fMr tedeeuriem de iroir le combi^'de «e petil^etiié» lodiewK oisemi<» contre ce toiiri etliy«jwile#dJ» d-aiUeon sans malice. . : ( ..?, m:»/;
. . Si on . connaissait les gelaiioai .uninialsii éê plantes, nous aurions sur les instincts des Utoi bien des lumières que nous n^aronspaa. Noos sari* rions Forigine de leurs amitiéa e< de leon inilditiés, du moins quant à celles qui se forment daai la société ; car pour celles qui sont imëes, je m crois pas que la cause en soit iamaia rérâée ia«cun homme. Celles-là sont d^un autre ordre et d'un autre monde. Comment tant d'animaux sont-ib entras dans la vie avec des haines sans offeiuet des industries sans apprentissage , et des instincti plus sûrs que rexpërience ? Onnment la pvisaaiice électrique a-t-eUe été donnée à la torpille ^ Tinvisibilité au caméléon, et la lumière même dei astres à une mouche ? Qui a appris à la puasise aquatique à glisser sur les eaux,, et à une antre espèce de punaise à y nager sur le dos ; Tune et Tautre pour attraper la proie qui voltige à leur surface ? Uaraignée d^eau est encore plus ingénieuse. Elle environne une bulle d^air avec desfib» se met au milieu, et^sc plonge au. fond des r»^ seaux, où sa bulle parait comme un, globule -de
DE LA NATUHË. /^ib
ikif - argent. Là, elle se promène à Tombre des
^^ymphœa, sans rien craindre d'aucun ennemi.
Si, dans cette espèce, deux individus de sexe dif*
fibrent viennent à se rencontrer, et se conviennent,
lesdétix globules rapprochés n'en font plus qu'un,
i JAies deux insectes sont dans la même atmosphère.
Les Romains qui construisaient, sur les rivages de
l'Bayes, des salons sous les flots de la mer, pour
}Quir de la fraîcheur, et du murmure des eaux
? dans les chaleurs de Tété , étaient moins adroits
E et moins voluptueux. Si un homme réunissait en
' hu ces facultés merveilleuses qui sont le partage
4es insectes, il passerait parmi ses semblables
pourun dieu.
i U nous importe au moins de connaître les insectes qui détruisent ceux qui nous sont nuisibles. Kous pouvons profiter de leurs guerres pour vivre en repos. L'araignée attrape les mouches avec des filets ; le formicaléo surprend les fourmis dans un cntomioir de sable; Tichneumon à quatre ailes prend les papillons au vol. Il y a une autre espèce d'ichneumon, si petite et si rusée, qu'elle pond un œuf dans l'anus du puceron. L'homme peut multiplier à son gré les familles d'insectes qui lui sont utiles, et parvenir à diminuer le nombre de celles qui font tant de ravages dans ses cultures. Les petits oiseaux de nos bosquets lui offrent, pour ce service, des secours encore plus étendus et plus agréables. Us ont tous l'instinct de
4lG £TUD£S
vivre dans son voisinage et dans celui de ses troupeaux. Souvent une seule de leurs espèces suflirait pour écarter de ceux - ci les insectes qui le» désolent en été. Il y a, dans le nord, un taon, appelé kourma par les Lapons , œstrus rangijtrinus par les savants , qui tourmente les rennes domestiques au point de les faire fuir dans les montagnes, et quelquefois de les faire mourir, en déposant SCS œufs dans leur peau. On a fait, à Fordinairc , à ce sujet beaucoup de dissertations, sam y apporter de remède. Je suis persuadé qu'il doit y avoir en Laponie des oiseaux qui délivreraient les rennes de cet insecte dangereux, si les Lapons ne les effrayaient par le bruit de leurs fusils. Ces armes des nations civilisées ont rendu toutes les campagnes barbares. Les oiseaux destinés à embellir rtiabilation de Thomme, s'en éloignent, ou ne s'en approchent (pi'avcc méfiance. On devrait défendre au moins de tirer autour des paisibles troupeaux. Quand les oiseaux ne sont pas effrayés par les chasseurs , ils se livrent à leurs instincts. J'ai vu souvent à l'Ile-de-France une espèce de sansonnet, appelé niartin, qu'on y a apporté des Indes, se percher familièrement sur le dos et snr les cornes des bœufs pour les nettoyer. C'est à ect oiseau que cette île est redevable aujourd'hui de la ilesliiiction ùqs sauterelles, qui y faisaient autrefois tant de rav<iges. Dans celles de nos campagnes d'Europe, où Thomme exerce encore
ma
OE LA NATVRE, 4^7
quelque iioApitalHé envers les oiseaux innocents, il voit la cigogne bâtir son nid sur le faite de Sa maison; Thirondelle voltiger dans ses apparie-^ tnenfs; et la bergeronnette sur le bord des fleuves, (oumcr autonr de ses brebis pbur les déicndié des mouctieroits.
Le fondement de toutes ce^ cènndi^satictspôMé sur rétude des plantes. Chaetmfe d^elIes est le foyer de la rie des animaux , dont les espèces Tiennent y aboutir , comme les rayons d'un cercle à leur centre.
Dès que le soleil , parvenu au signe àa Bi^lier , a donné lé signal du prinrtetnps à notre Hémisphère , le vent pluvieux et chaud âtt sud pdH de l'Afrique , soulève les inùts ^ fait débotdef les fleuves , qui engraissent d^ leuf limotï hê dhattips vot^inA , et renverse , dahs les forêts , les Vieux arbres , les troncs dessécmrs , et tout ce' tpiî )}t6.sente quelque of>slacle a la végétation future. Il fond les neiges qui couvrent nos campagnes ; et s' avançant jusque sous le pôle , il brise et' dïssont les masses énormes de glace qàcf l'hiver y avait accumulâmes. Quand cette iH^Voftftiotl, connue par foute Itf terre sous lé nom dti'coup de? vent dé réquinoxe , est arrivée au mois de mar^, le soleil tourne liuit et jour autour de notre pAfe , sans quMl y ait un seul point dans tout FhWtiiï^ërô septentrional , qui échappe à sa chîlleui*; A^ thà*que parallèle qu il décrit dans les cieux , uttté^étjfai*^ 2. a;
4l8 ÉTUDES
ture de plantes nouvelles éclôt 'autour du globe. Piacune d'elles parait successivement au poste et aux jours qui lui sont assignés ; elle reçoit àla-fois la lumière dans ses fleurs et la rosée da ciel dans son feuillage. A mesure qu^elle prend de Taccroissement , les diverses tribus d^insectes qu^elle nourrit se développent aussi. Cest à cette époque que chaque espèce d^ oiseau se rend à l'espèce de plante qui lui est connue , pour j faire son nid et y nourrir ses petits , de la proie animale qu'elle lui présente , au défaut des semences qu'elle n'a pas encore produites. Ou voit bientôt accourir les oiseaux voyageurs , qui viennent en prendre aussi leur part. D'abord l'hirondelle vient en préserver nos maisons en bâtis* sant. son ni^ à.l'eutaur. Les cailles quittent l'Afrique , et rasant les flots de la Méditerranée , elles se répandent par troupes innombrables daiis les vastes prairies de l'Ukraine. Les francoliiis remontent au nord jusque dans la Laponie. Les canards, les oies sauvages, les cygnes argentés, formant dans les airs de longs triangles , s'avancent jusque dans les îles voisines du pôle. La cigogne , jadis adorée dans l'Egypte qu'elle abandonne , traverse l'Europe , et s'arrête çà et là jusque dans les villes, sur les toits de l'Allemagne hospitalière. Tous ces oiseaux nourrissent leurs petits , des insectes et des reptiles que les herbes itQujelles font éclore. Cest alors que les pois-
sons quittent en foule les abymes septentrionaux de rOc^an , attirés aux embouchures des fleuves , par des nuées dMnsectes qui sont entraînés dans leurs eaux , ou qui éclosent le long de leurs rivages. Ils remontent en flotte contre leurs cours, et s^avancent en bondissant jusqu'à leurs sources; d^autres , comme les nord-capers , se laissent entraîner au courant général de TOcéan atlantique, et apparaissent, comme des carènes de vaisseaux, sur les côtes du Brésil et sur celles de la Guinée. Les quadrupèdes mêmes entreprennent alors de longs voyages. Les uns vont du midi au nord avec le soleil , d'autres d'orient en occident. 11 y en a qui côtoient les âpres chaînes des montagnes; d^autres suivent le cours des fleuves qui n'ont jamais été navigues ; de longues colonnes de bœufs pâturent en Amérique le long des l)ords du Méchassipi, qu'ils font retentir de leurs mugissements. Des escadrons nombreux de chevaux traversent les fleuves et les déserts de la Tartarie ; et des brebis sauvages errent en bêlant au milieu de ces vastes solitudes. Ces troupeaux n'ont ni pâtres ni bergers qui les guident dans les déserts , au son des chalumeaux; mais le développement des herbes qui leur sont connues, détermine les* moments de leurs départs et les termes de leurs courses. C'est aloi^s que chaque animal habite son site natui^l et se repose à Tombre jiu végétal de ses pères : c'est alors que les chaînes de i'harmo-
^aO ETUDES
nie se resserrent, et que tout étant animé par des consonnances ou par des contrastes , les airs , les eaux y les fcMréts et les rochers , semblent avoir des voix, des passions et des murmures.
Mais ce vaste concert ne peut être saisi que par des intelligences célestes. Il suffit à Thomme, pour étudier la nature avec fruit , de se horotr à Vétude d'un seul végétal. Il faudrait , pour cet effet, choisir un arbre antique dans quelque lieo solîtaire. Ou jugerait aisément, aux caractères que j^ai indiqués, sHl est dans son site naturel , mais encore mieux à sa beauté et aux accessoires dont la nature Taccompagne toujours, quand la main de Thomme n'en dérange point les opérations. On observerait d'abord ses relations élémentaires et les caractères frappants qd distinguent les espèces du même genre , dont les unes naissent aux sources des fleuves , et les autres à leurs embouchures. On examinerait ensuite ses convolvulus , ses mousses , ses guis , ses scolopendres, les champignons de ses racines, et jusqu'aux graminées qui croissent sous son ombre. On apercevrait dans chacun de ces végétaux de nouveaux rapports élémentaires, convenables aux lieux qu'ib occupent, et à l'arbre qui les porte ou qui les abrite. On donnerait ensuite son attention à toutes les espèces d'animaux qui viennent y habiter, et on serait convaincu que, depuis le limaçon jusqu'à l'écureuil , il iCj en a
pas un qui n'ait des rapports détermina et caractéristiques, arec les dépendances de sa végéta* tien. Si cet arbre se trouvait au milieu d'une forêt bien ancienne elle-même, il est probable qu'il aurait dans son voisinage , Tarbre que la nature fait contraster avec lui dans le même site ; comme par exemple , le bouleau avec le sapin. Il est encore probable que les végétaux accessoires et les animaux de celui-ci, contrasteraient pareillement avec ceux du premier. Ces deux sphères d'observations s'éclaireraient mutuellement, et répandraient le plus grand jour sur les mœurs des animaux qui les fréquentent. On aurait alors un chapitre entier de cette immense et sublime his« toire de la nature , dont nous ne connaissons pas encore l'alphabet.
Je suis sûr que sans fatigue , et presque sans peine , on ferait les découvertes les plus curieuses ; quand on n'en étudierait qu'un seul, on y trouverait une foule d'harmonies ravissantes. Pour jouir de quelques tableaux imparfaits en ce genre, il faut avoir recours aux voyageurs, ^os ornithologistes, enchaînés par leurs méthodes, ne songent qu'à grossir leur catalogue , et ne connaissent , dans les oiseaux , que les pattes et le bec. Ce n'est point dans les nids qu'ils les observent , mais à la chasse et dans leur gibecière. Ils regardent même les couleurs de leurs plumes comme des accidents. Cependant ce n'est pas au
4îl2 ÉTUDES
hasard que la nature a peint, sur les rivages du Brésil, d'un beau rouge incarnat, et qu^elle a horde de noir Textrémité des ailes de Touara , espèce de corlicu qui habite le feuillage glauque des palétuviers qui naissent au sein des flots, et qui ne portent point de fleurs apparentes. Le savia, autre oiseau du même climat, a le ventre jaune et le reste du plumage gris. 11 est de la grosseur d'un moineau , et il se perche sur les poivriers dont les fleurs sont sans ëclat , mais dont il mange les graines , qu'il ressème par-tout. A ces convenances il faut joindre celles du site, qui tire lui-même tant de beauté du végétal qui Tombrage. Ces harmonies sont rapportées par le P. François d'Abbeville. Suivant THistoire des Voyages de Tabbé Prévost , il y a sur les bords du Sénégal un arbre fluviatile, dont les feuilles sont épineuses et les branches pendantes en arcades. Il est habité par des oiseaux appelés kurbalos ou pécheurs, de la taille d'un moineau, et variés de plusieurs sortes de couleurs. Leur bec est fort long , et armé de petites dents comme une scie. Us font leurs nids de la grosseur d'une poire. Ils les composent de terre, de plumes, de pailles , de mousse , et les attachent à un long fil, à l'extrémité des branches qui donnent sur la rivière , afin de se mettre à Vabri des serpents et des singes qui trouvent quelquefois les moyens d'y grimper. Il n'y a personne qui ne
prenne ces nids , à quelque distance , pour les firuits de Tarbre. Il y a de ces arbres qui en ont jusqu^à mille. On voit ces kurbalos voltiger sans cesse sur Teau et rentrer dans leurs nids, avec un mouvement qui éblouit les yeux. Suivant le P. Charlevoix , il croît en Virginie , sur les bords des lacs , un smilax 4 feuilles de laurier ^ qui pousse de sa racine plusieurs tiges dont les branches embrassent tous les arbres qui Tenvirounent , et montent à plus de seize pieds de hauteur. Elles forment en été une ombre impénétrable , et en hiver une retraite tempérée pour les oiseaux. Ses fleurs sont peu apparentes, et ses fruits viennent en grappes rondes , chargées de grains noirs. Ce smilax a pour habitant principal un geai fort beau. Cet oiseau porte sur sa tête une longue crête noire ,^ qu'il dresse quand il veut. Son dos est d'un pourpre sombre. Ses ailes sont noires en dedans , bleues en dehors , et blanches aux extrémités , avec des raies noires à travers chaque plume. Sa queue est bleue , et marquée des mêmes raies que ses ailes; et son cri n'est pas désagréable. Il y a des oiseaux qui ne logent pas sur leur plante favorite , mais vis-à-^ôs.Tel est le colibri qui se niche souvent, aux îles Antilles, sur un fétu de la couverture d'une case, pour vivre sous la protection de l'homme. Dans nos climats , le rossignol place son nid à couvert dans un buisson , en choisissant de préférence les liçiix
01^ il. y 4 des échos , et en observant de Fexposer au soleil du matin. Ces précautions prises , il se place aux (environs , contre le tronc d'un arbre ; et ]kj confondu avec la couleur de son écorce, et sans mouvemeiUt il devient invisible. Mais bientôt il ainme de son divin ramage Tasyle obscuv qu'il s'est choisi , pt il pfface par Téclat de son ctian^ celyi de tous les plumages.
Mais (quelques charmes que puissent répandre les animaux et les plantie,^ si;r les sites qui leur sont ^ssigné^ P?^ \^ naturel , je ne trouve point qu^un pa^y^^e ^it tonte sa beauté , si je n'y vois au inoinsi uqe petite cah^pç. L^habitatiou de rhoipme don^p , à chaque espèce de végétal , un nouveau ç(egré d'intérêt ou de majesté. Il ne faut Sîouvent qu pn arbre pour caractériser j ^ns un pays, les besoins d'un peuple et les soins de la Providence. J'aime à voir la famille d'un Arabe sous le dattier du désert, et le bateau d'un insulaire des Maldives , chargé de cocos , sous les cocoliersde leurs grèves sablonneuses. La hutte d'un pauvre nègre sans industrie , me plaît sous un ca- Icbassie^* qui porte toutes les pièces de son ménage. Nos hôtels fastueui^ ne sont, à la ville, que des maisons bourgeoises ; à la campagne , ce sont des châteaux , des palais , des temples. Les longues avenues qui les annoncent , se confondent avec celles qui font communiquer les cm pires. Ce n'est pas, a la vérité , ce que je trouve de plus
■ intéressant dans nos paysages. Je leur ai préféré ioUTent la vue d'une petite cabane de pécheurs ,
* bâtie sur le bord d'une rivière. Je me suis reposé
* quelquefois avec délices , à Tombre des saules et
* des peupliers où étaient suspendues des nasses faites de leurs propres rameaux.
Nous allons « à notre ordinaire, jeter un coupd'œil rapide sur les harmonies des plantes avec rhomme; et afin de mettre au moins un peu d'ordre dans une matière aussi abondante , nous diviserons encore ces harmonies, par rapport à rhomme même , en élémentaires , en végétales , en animales , et en humaines proprement dites , ou alimentaires.
QAIVMONIES UVMAINES DES PLANTES
DES HARMONIES ÉLÉMENTAIRES DES PLAINTES , PAR RAPPORT A l'homme.
Si nous considérons Tordre végétal par les simples rapports de force et de grandeur , nous le trouverons divisé assez généralement en trois grandes classes , en herbes , en arbrisseaux et en arbres. Nous remarquerons premièrement , que les herbes sont d'une substance pliante et molle. Si elles eussent été ligneuses et dures , comme les jeunes branches des arbres, auxquelles il paraît qu'elles devraient naturellement ressembler, puis* qu'elles croissent sur le même sol, la plus grande
partie ^e la terre eût étë inaccessible au marcber de rhomme, jusqu'à ce que le fer ou le feu y eàt fraye des chemins. Ce n'est donc pas par hasard que tant de graminées, de mousses et d^herbes, sont d'une substance molle et souple , ni faute de nourriture ou de moyens de se développer ; car il y a de ces herbes qui s'élèvent fort haut , telles que le bananier des Indes , et plusieurs férulacéei de nos climats , qui s'élèvent à la hauteur d'un petit arbre.
t)'un autre côté, il y a des arbrisseaux ligneux qui ne viennent pas plus grands que des herbes; mais ils croissent, pour l'ordinaire , aux lieux âpres et escarpés, et ils donnent aux hommes la facilité d'y grimper, en poussant jusque dans les fentes des rochers. Mais comme il y a des rochers qui n'ont point de fentes, et qui sont à pic comme des murailles, il y a des plantes rampantes qui prenuenL racine à leurs bases, et qui, s'attachant à leurs flancs, s'élèvent avec eux à des hauteurs qui surpassent celle de plus grands arbres : tels sont les lierres , les vignes-vierges , et un grand nombre de lianes qui tapissent les rochers des pays méridionaux. Si ces sortes de végétations couvraient la terre , il serait impossible d'y marcher. Il est très - remarquable que lorsqu'on a découvert des îles inhabitées , on en a trouvé qui étaient remplies de forêts , comme l'île de Madère ; d'autres où il n'y avait que des
herbes et des joncs, comme les iles Malouines, à rentrée du dclroit de Magellan; d'autres simplement revêtues de mousses, comme plusieurs îlots qui sont sur les côtes du Spitzberg ; d'autres en ^and nombre, où ces différents végétaux étaient mêlés : mais je ne sache pas qu'on en ait trouvé une seule où il n'y eût que des buissons et des lianes. La nature n'a placé ces classes que dans les lieux difficiles à escalader , afin d'en faciliter Faccès aux hommes. On peut dire qu'il n'y a point d^escarpement qui ne puisse être franchi par leur secours. Il ne s'en fallut rien que, par leur moyen, les anciens Gaulois ne s'emparassent du Capitole. Quant aux arbres, quoiqu'ils soient remplis d^une force végétative qui les élève à de grandes hauteurs , la plupart ne poussent leurs premières branches qu'à une certaine distance de la terre. En sorte que , quoiqu'ils forment, à une certaine élévation , des entrelacements impénétrables au soleil , qu'ils étendent fort loin d'eux, ils laissent cependant autour de leurs pieds des avenues suffisantes pour les aborder , et pour parcourir aisément les forets.
Voilà donc les dispositions générales des végétaux sur la terre , par. rapport au besoin que rhomme avait de la parcourir; les herbes servent de matelas à ses pieds ; les buissons, d'échelles à ses mains; et les arbres , de parasols à sa tête. La nature 9 après avoir établi entre eux ces propor-
tions , les a distribues dans tous les sites, en leur donnant , j^straction faite de leurs rapports particuliers avec les éléments et avec les animaux, les qualités les plus propres à sub^venir aux besoins de rhomme, et à compenser, en sa faveur, les inconvénients du climat. Quoique celte manière d^ étudier ses ouvrages, soit méprisée aujourd'hui de la plupart des naturalistes, c'est à celle-là cependant que nous nousarréterons^Kous venons de considérer les plantes par la taille , i la manière des jardiniers ; nous allons encore les examiner comme les bûcherons, les chasseurs, les charpentiers , les pécheurs , les bergers , les matelots, et même les bouquetières. Peu nous importe d'être savants, pourvu que nous ne cessions pas d'être hommes.
C'est dans les pays du nord , et sur le sommet des montagnes froides , que croissent les pins , les sapins, les cèdres, et la plupart des arbres résineux, qui abritent l'homme des neiges par l'épaisseur de leurs feuillages , et qui lui fournissent, pendant l'hiver, des flambeaux et l'entretien de ses foyers. Il est très^remarquable que les feuilles de ces arbres toujours verts, sont filiformes, et très-capables par cette configuration, qui a encore l'avantage de réverbérer la chaleur, conuue les poils des animaux , de résister à la \iolence des vents, qui régnent ordinairement sur les lieux élevés. Les naturalistes de Suède out
DE LA KATUBE. 4^9
observé que les pins les plus gras , se trouvent aot lieux les plus secs et les plus ss^Ionneux de iaNorwège. Les mélèzes qui se plaisent paiement
les montagnes froides , ont des troncs fort Matthiole , dans son utile commentaire Diotcoride, dit qu'il n'y a point de matière pfav propre qoe le charbon de ces arbres, h fondre promptenienl les mines de fer, dans le voisinage desquelles ib se plaisent. Ils sont de phis charge de mousses , dont quelques espèces s'enflamment à la moindre ëtineelle. 11 raconte qu^ctant une nuit obligé de coucher dans les hautes montagnes du détroit de Trente, ou il herborisait, il y trouva^ qaaatité de métèzes ou larixs, tout barbus, ditil, et tout blancs de mousses. Les bergers du Kcuy voulant lui procuKv queiqm» amusement,
nt Le feu aux mousses de quelques^insde ces ^ qui s'embrasèrent aussitôt avec la rarpi*» dite de la poudre à canon. 11 sembkit , au' milieu de Tobàcurité de la nuit , que Isi flamme et les étincelles montassent jusqu'au ciel. Elles l'épandaieat^ en brûlant , une fort benne odeur. Il remanfae encore que le meilleur agaric croît sur les mélèfles, et que les arquebusiers de son temps a?ea stpvais»t à> conserver le feu ef à Caire des mèehes. Ainsi la nature , en courenriant les sonvmets des montagnes froides et ferrugineuses , dei gtindes torches végétales, en a mis les alln-
43o ETUDES
mettes dans leurs branches, l'amadou à leurs pieds, et le briquet à leurs racines.
Au midi, au contraire , les arbres présentent, dans leurs feuillages, des éventails, des parapluies et des parasols. Le latanier porte chacune de ses feuilles plissée comme un éventail , attachée à une longue queue, et semblable, dans son développement parfait, à un soleil rayonnant de verdure. On peut voir deux de ces arbres au Jardin du Roi. Celle du bananier ressemble à une longue et large ceinture, ce qui lui a fait donner sans doute le nom de figuier d'Adam. La grandeur des feuilles de plusieurs espèces d'ari)re8 , augmente à mesure qu'on s'approche de la Ligne. Celle du cocotier à fruit double , des îles S^ chelles, a douze ou quinze pieds de long, et sept ou huit de large. Elle suffit pour couvrir une nombreuse famille. Il y a aussi une de ces feuilles au Cabinet du Koi. Celle du ,talipot de l'île de Ccylan, a, à-peu-près, la même grandeur. L'intéressant et infortuné Robert Knok , qui a donné la meilleure relation de cette île , que je connaisse , dit qu'une de ces feuilles peut couvrir quinze ou vingt personnes. Quand elle est sèche , ajoute-t-il , elle est à-la-fois forte, et maniable , en sorte qu'on peut retendre et la resserrer à son gré, étant naturellement plissée comme un éventail. Dans cet état, elle n'est pas plus grosse que le bras, et extraordinairement légère. Les habi-
J>R LA NATURE. i^'Aî
tantd la coupent par iriangles, quoiqu'elle soiL natui*cllemcnl nmdc, ci chacun d'eux on porle un morceau sur sa tcUc , tenant de la main le bout le plus pointu en avant, pour s'ouvrir un passa^^e i travers les buissons. Les soldats se servent de cette feuille pour Faire leurs tentes. Ils la rq;ardent , avec raison , comme un des plus grands bienfaits de la Providence, dans un pays brûlé du soleil, et inondé de pluies la moitié de Tannée. La.nature a fait, dans ces climats, des parasols pour des villages entiei-s ; car le figuier qu'on appelle aux Indes figuier des llanians , et dont bn voit le dessin dans Tavernier et dans plusieurs autres voyageurs , croit sur le sable même brillant du rivage de la mer, en jetant de rextnïihité de ses branches une multitude de jets qui s'inclinent vers la teriv, y prennent racine, et forment, autour du tronc principal, quantité d*arcades couvertes d'un ombrage impénétrable.
Dans nos climats tempéivs, nous éprouvons une bienveillance semblable de la part de la nature. Cest dans la saison chaude et sèche «prellc nous donne quantité de fruits pleins d'un jus rafraîchissant, tels que les cerises, les pèches, les melons; et à l'entrée de l'hiver, ceux qui échauffent par leui*s huiles, tels que les amandes et les noix. Quelques naturalistes même ont i*egai*dc les coques ligneuses de ces IViiits, coinnu' des préservatifs de leuro semences cont re le froid de
4)4 ■ itvPMê ■'
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DE UA NATlnr. 4^3
Plilinrquo, nii Irùiiva h lloine, qiialre renl.H ans ^VVH la inol'Ulr Niiina, le*H livir^ t|i](* vi^ f^niiul avait Taîl inrHn' avec lui thiiH non lonibrau. Il cor|m ('lail h^hiliMiicnl «irlniil ; tiiam m'ji lirsi qui Lniilainit Av la philo^(qihi(' et tlv h n»** flgiiHi , rliiît^iit h\ bien «oiiscrvi^ , qij«» Ir [HTlrtii' Polîliu.H vu prît Irrliirt' par ordre* fin .Hf'iial. Stir II* rappi^'l <lu il viï lîlf il lui ilériilr (|ii'uii 1rs lirt\li'raîL Ils cHaiinil érrih sur ilr.n rcorces dr litMj lisiiî. Os i^corcrH se* U^vrirl ru dix ou douxr rpiiiU UlatuH ri uiitirei* rouuuc du papier, rtim l(îîi'tit lirii aux iUuirfi.H. La ualurr [Uf^srnlr h nnuur dautiOvS hajrrlilrs .niir d'aulrr^ riva^rs, rllc a lui.Hstir l(*^ liurti^ drs tlriivr.s dr Ttudr , li! baïubou, |;raud ri^Htsiu t|ui tCy tUèvr «pirlipu'ltib Atii^aiilt* plinls de baiilrtir, rt qui y rroit dr la iKH.Hrur dr la niiiSHr. L'iiiirrvallr r(un|uis riilrr uvdt* Hf\s utiMuiN, .siillil putu'Muuli'uiruii htuuiue sur Trau, llii Itiditii .s'y turt li < alilnnn liiui , et iraverttf^ ainsi lr.H rivièrr.n, rti ii;t^raul avt»c lesi ii*c|ji* 1^ bollauduiiiNjran llu((iH*H dr Liuscibnlrii , voyageur dî(,;iic ilc lui, aH^sun* qur leâ croroiiilr:! ne tiuirbeiil jatuain aux ^eus qui paftsrut ainsi Jr?f rivières, iptoiquils allaqiieul snuvrnl 1rs raiiotii tl les rlialMn|H\*i nUuru* des Kijro|H^*iis. Il altrilHUi la retenue de rel auiiual vontce, k une aniipatlite i|u'il a roiilrc re roseau* Francjois ISrard, aulre
Ioya^^rur tpu a lort bi<*n observe^ la uahirc* , dit [u'il rroîl sur les rivaR<*s des iirs Maldives, uu
43a ETUDES
lamauTaise saison; mais ce sont, comme ikhm Tarons vu , des moyens de surnager et de vogoer. La nature en emploie d'autreë que nous ne connaissons pas , pour préserrer les substamees des fruits, des impressions de Tair. Par exemple^ elle fait dorer, pendant tout rhirer, plusieurs espèces de pommes et de poires ^ qui n'ont d^autres en- Telofypes que des pellicules si minces, qu^on ne peut en déterminer les épaisseurs.
La nature a mis d'autres végétaux aux lieux bo- Budes et arides, dont les qualités sont inexplicabtes par l«s lois de notre physique , mais qui sont admkabiemcat d'accord avec les besoins de rhomme qui ks habite. Cest le loftg des eiatix que croissent lés plantes et tes arbres k^ plus secs, les plus légers, et par conscqucfivt les piu» propres à les traverser. Tels sont les roseaux qui sont creux , et les joncs remplis d'mve moelle inftaro-* mable. Il ne faut qu'une boite médiocre de jonc, pour porter sur Teau un homme fort pesant. Cest sur les bords des lacs du nord , que croissent ces vastes bouleaux dont il ne faut qAe IVcoree d'un seul arbre pour faire un grand canot. Cett^ écorce est semblable à un cuir par sa souplesse , et si incorruptible à l'humidité, que j'en ai vu tirer, en Russie , de dessous les terres dont on couvre les magasins à poudre, qui étaient parfaitement saines, quoiqu'on les y eût mises du tenips de Pierrele-Grand. Suivant le témoignage de Pline et de
DE IaA nature. 433
Plutarque, on trouva à Rome, quatre cents ans après la mort de Numa , les livres que ce grand roi avait fait mettre avec lui dans son tombeau. Son corps était totalement détruit ; mais ses livres, qui traitaient de la philosophie et de la religion , étaient si bien conservés , que le préteur Pétilius en prit lecture par ordre du sénat. Sur le rapport qu'il en fit, il fut décidé qu'on les brûlerait. Us étaient écrits sur des écorces de bou- ' leau. Ces écorces se lèvent en dix ou douze feuillets blancs et minces comme du papier, et en tenaient lieu aux anciens. La nature présente à rhomme d'autres trajectiles sur d'autres rivages. Elle a mis sur les bords des fleuves de l'Inde , le bambou , grand roseau qui s'y élève quelquefois à soixante pieds de hauteur , et qui y croît de la grosseur de la cuisse. L'intervalle compris entre deux de ses nœuds, suffît pour soutenir un homme sur Teau. Un Indien s'y met à califourchon , et traverse ainsi les rivières, en nageant avec les pieds. Le hollaudais«lean-Hugues de Linschotcn , voyageur digne de foi , assure que les crocodiles ne touchent jamais aux gens qui passent ainsi les rivières , quoiqu'ils attaquent souvent les canots et les chaloupes même des Européens. Il attribue la retenue de cet animal vorace , à une antipathie qu^il a contre ce roseau. François Pyrard , autre voyageur qui a fort bien observé la nature , dit qu^il croît sur les rivages des îles Maldives , un 2. 28
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qui, au jugement des meilleurs observateurs» aurait dû le rendre précieux à notre marine ; c^est qu il est le seul de ces rivages , que les vers marins n'attaquent jamais, quoiqu'ils soient si redoutables à toutes espèces de bois qui flottent dans ces mers , qu'ils dévorent, en peu de temps, les escadres, et que pour les en préserver, on est obligé, depuis quelques années, de doubler leurs carènes de cuivre. Mais ce bel arbre a trouvé des ennemis plus redoutables que les vers , dans les habitants européens de ces îles , qui en ont presque totalement détruit l'espèce.
La manière dont la Providence a pourvu à la soif de rhomme, dans les lieux arides, n'est pas moins digne d'admiration. Elle a mis dans les sables brûlants de l'Afrique une plante dont la feuille, contournée en burette, est toujours remplie d'un grand verre d'e»iu fraîche ; le goulot de cette burette est fenné par l'extrémité même de la feuille, en sorte que Teau ne peut pas s'en évaporer. * Elle a plante , sur quelques terix'S arides du même pays, un grand arbre, appelé par les nègres bon. dont le tronc, monstrueusement gros, est naturellement creusé comme une citerne. Dans la saison des pluies, il se remplit d'eau qu'il conserve fraîche dans les plus grandes chaleurs, au moyen du feuillage touffu qui en couix>nne le sommet.
* C'est sans doute le ncpcnthcs JiatUlatoria, LiN. ( ISotc ilv r Éditeur.)
I)b LA NATlUiK. 4^7
Enfui elle a placé sur les rochers arides des îles Antilles f des fontaines végétales. On y trouve communément une liane, appelée liane à eau, si remplie^ de sève, que, si on en coupe une simple branche, il en coule sur-le-champ autant d'eau qu'un homme en pourrait boire d'un trait : elle est très-limpide et très-pure. Dans les la{|;uncs de la baie de Campdclie, les voyageurs trouvent un autre secours : ces lagunes, au niveau de la mer, sont presque entièrement inondées dans la saison pluvieuse, et elles sont si arides daan la saison sèche, qu'il est arrivé à plusieurs chasseurs, qui s'étaient égarés dans les forêts dont elles sont couvertes, d'y mourir de soif. Le célèbre voyageur Dampier rapporte qu'il a échappé plusieurs fois à ce mallieur par le secours d'une végétation fort extraordinaire, qu'on lui avait fait remarquer sur le tronc d'une espèce <le pin qui y est très-commun : elle ressemble h un paquet de feuilles placées l'une sur l'autre par étages ; et à cause de sa forme, et de l'arbre où elle croît, il l'appelle pomme de pin. (^ette pomnu! est pleine d'eau ; en sorte qu'en la perçant à sa base avec un couteau, il en coule aussitôt une bonne pinte d'une eau très-claire et très-saine. Le P. Du Tertre raconte quMI a trouvé plusieurs fois un ))areil rafraîchissement dans les feuilles, tournées en cornet, d'une espèce de balisier, qui croît sur les plages sablonneuses de la (Guadeloupe. J'ai ouY
dire à plusieurs de nos chasseurs, que rien n^ était plus propre à désaltérer, que lestfeuille du gui qui croît dans nos arbres. *
Telles sont en partie les précautions dont la Providence a compensé, en faveur de Thonime, les inconvénients de chaque climat, en opposant aux qualités des éléments, des qualités contraires dans les végétaux. Je ne les suivrai pas plus loin, car je les crois inépuisables. Je suis persuadé que chaque latitude et chaque saison ont les leurs qui leur sont affectées, et que chaque parallèle les varie dans chaque degré de longitude.
"^ Les plantes qu! fournissent de Teau sont très-commime», surtout dans les déserts et dans les pays chauds. La nature semble les y avoir répandues avec profusion, pour servir aux besoins de rhomme et des animaux. Leurs sucs rafiraichissants m forment sous les rayons du soleil, ils s^y conservent même contre toutes les lois de la physique, qui veut que les fluides s^évaporerlt par Taction de la chaleur. Ainsi , c^est au milieu des déserts brûlants de F Amérique que s'élèvent les mélocactus, dont les écorccs hérissées de piquants cachent une source d'eau limpide et acidulée. Ainsi Thumberg rapporte que les Hottcntots étanchcnt leur soif en suçant la tige humide de Valbuca major. L'Ethiopie offre encore une multitude d'arbres dont les fruits sont comme autant de coupes pleines d'une liqueur parfumée : tels sont les gelingues, et les delebes que If5 missionnaires n'ont pu décrire sans bénir la Providence. Enfin on trouve à Madagascar le ravinai on arbre du voyageur {ravelana niadagascarieims\ ainsi nommé de la propriété singulière qu'il a de fournir uiie grande quantité de très-bonne eau douce, lorsqu'on le perce à la base de ses feuilles. (Note de. V Editeur.'^