DES MOUVEMENTS
Il me reste à dire quelque chose des mouvements. Mous en distinguerons également cinq principaux : le mouvement propre ou de rotation sur lui-même , qui ne suppose point de déplacement et qui est le principe de tout mouvement , tel qu'est , peut-être , celui du soleil ; ensuite le perpendiculaire , le circulaire , Thorizontal et le repos. Tous les mouvements peuvent se rapporter à ceux-là. Vous remarquerez même que les géomètres, qui les représentent aussi par des figures, supposent le mouvement circulaire engendré par le perpendiculaire et Thorizontal , et pour me servir de leui*s expressions , produit par la diagonale de leurs carrés.
Je ne m'arrêterai pas aux analogies de la génération des couleurs et des formes, avec celles de la génération des mouvements , et «jui existent entre la couleur blanche , la ligne droite et \e mouvement propre ou de rotation ; entre la couleur rouge , la forme sphériquc et le mouve-
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ment circulaire; entre les ténèbres, le vide et. le repos. Je ne développerai pas les combinaisons infinies qui peuvent résulter de runioa ou de Topposition des termes correspondants de chaque génération , et des filiations de ces mêmes termes. Je laisse au lecteur le plaisir de s^en occuper , et de se former avec ces éléments de la nature, des harmonies ravissantes et toutà-fait nouvelles. Je me bornerai ici à quelques observations rapides sur les mouvements.
De tous les mouvements , le plus agréable est le mouvement harmonique ou circulaire. La nature Ta répandu dans la plupart de ses ouvrages, et en a rendu susceptibles les végétaux mémt attachés à la terre. Nos campagnes nous en offrefit de fréquentes images, lorsque les vents foi> ment, sur les prairies, de longues ondulations semblables aux flots de la mer ; ou qu^ils agitmt doucement , sur le sommet des montagnes , les hautes cimes des arbres , en leui* faisant décrire des portions de cercle. La plupart des oiseam forment de grands cercles en se jouant dans les plaines de Fair, et se plaisent à y tracer une multitude de courbes et de spirales. Il est remarquable que la nature a donné ce vol agréable a plusieurs oiseaux innocents, qui ne sont point autrement rccommandables par la beauté de leur chant ou de leur plumage. Tel est , entre autres , le vol de rhirondelle.
DK LA NATVHI.. qS
Il a^en est pas de même des moiiTemenU de progmsion des bêtes féroces ou nuisibles \ elles foM par sauts et par bonds , et loignent & des nouvements quelquefois fort lents, d*autres qui «Nilpnkipitês; c'est ce qu'on peut oliserver dans ccu du chat lorsqu'il veut attraper une sourU. Us tigres en ont de pareils lorsqu'ils cherclient Ik atteindre leur proie. On peut reman|uer les «émes discordances dans le vol des oiseaux car- RMsiers. Celui qu*on appelle le grand -hIuc , esfkt de hibou , vole au milieu d*un air calme (ooime si le vent remportait <;;\ et LV Les tem* pétes pn^sentent dans le ciel les mêmes caractères de destruction. QuebpiefoU vous en vo^^ez kl nuages se mouvoir de mou\ ements opposés ; d'autres fois vous en aperceve;e qui courent avec la vitesse d'un courrier, tandU que d'autres sont immobiles comme des rochers. Dans les ouragans de» Indes, les tourbillons» de vent sont toujours eatremêlês de cjimes profonds.
Plus un corps a en lui de mouvement propre o«de rotation, pin» il nous parait agrt'ahle, surlûut lorsqu'à ce mouvement se joint le mouvraient harmonique ou circulaire. Cest par cette nùon que les arbres dont les feuillages sont mo Mrs, comme les trembles et les peupliers, ont Waucoup plus de grâce que les autres arbres des forêts, lorsque le vent les agite. Ils plainent à l;i >iKc par le balancement de leurs cimes . et en
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présentant, tour-à-tour, les deux faces de leurs' ■ feuilles, de deux verts diiïérents. Ils plaisent encore a Touïe , en imitant le bouillonnement des eaux. C'est par reflet du mouvement propre, que , toute idée morale à part, les animaux nous intéressent plus que les végétaux , parce qu'ils ont en eux-mêmes le principe du mouvement.
Je ne crois pas ([u'il y ait un seul lieu , sur la terre, où il n^y ait quelque corps en mouvement. Je me suis trouvé bien des fois au milieu des plus vastes solitudes, de jour et de nuit, par lesplas grands calmes, et j'y ai toujours entendu quelque bruit. Souvent , à la vérité , c'est celui d'un oiseau (pii vole , ou d'un insecte qui remue une feuille ; mais ce bruit suppose toujours du mouvement.
Le mouvement est re\|>ression de la vie. Voilà pourquoi la nature en a nuiltiplié les causes dans tous ses ouvrages. Vn des grands charmes des paysages est d'y voir du mouvement, et c'est ce que les tableaux de la plupart de nos peintres mamiucnt souvent d'exprimer. Si vous en exceptez ceux qui représentent des tempêtes , vou> trouvère/^ l>ar-tout ailleurs leurs forets et leurs prairies immobiles, et les eaux de leurs lacs glacées. Cependant le retroussis des feuilles des arbres, frappées en-dessous de gris ou de blanc* les ondulations des herbes dans les vallées et sur les croupes des montagnes, celles qui rident la
•ur&ce polie des eaux, et les écumes qui blanchiment les rivages, rappellent avec grand plaisir, dans une scène brûlante de Tété , le souille si agréable des zéphyrs. On peut y joindre avec une grâce infinie les mouvements particuliers aux animaux qui les habitent,, par exemple , les cercles concentriques qu^un plongeon forme sur la surface de Teau ; le vol d'un oiseau de marine qui part de dessus un tertre , les pattes alongées en arrière et le cou tendu en avant ; celui de deux tourterelles blanches qui fdcnt cùle ik côte, dans rombre,le long d'une ibrét; le balancement d'une bergeronnette à Textrémitc d'une feuille de roseau qui se courbe sous son poids. On peut y faire sentir même le mouvement et le poids d'un lourd chariot qui gravit dans une montagne, en y exprimant la poussière des cailloux broyés qui s^élève de dessous ses roues. Je crois encore qu'il serait possible d'y rendre les effets du chant des oiseaux et des échos, en y exprimant certaines convenances dont il n'est pas nécessaire de nous occuper ici.
11 s*en faut bien que la plupart de nos peintres, même parmi ceux qui ont le plus de talent , emploient des accessoires si agréables, pnis(|u'ils les omettent dans les sujets dont ces arrossoires forment le caractère principal. Par exemple , s'ils représentent un char en course, ils ne manquent jamais d'y exprimer tous les rayons de ses roues. 1 2. 7
A la véritë, les chevaux galoppent ; mais le char est immobile. Cependant, dans un char qui Court rapidement , chaque roue ne présente qu^une seule surface ; tontes ses jantes se confondent i la vue. Ce n^est pas ainsi que les anciens, cpn ont été nos maîtres en tout genre, imitaient la nature. Pline ditqu'Apelle avait si bien peint des ehari^ts à quatre chevaux, que leurs roues semblaient tourner. Dans la liste curieuse qu^it nous a conservée des plus fameux tableaux de Tantiquité , admirés encore à Rome, de son temps, it en cite on représentant des femmes qui filaient de la laine, dont les fuseaux paraissaient pirouetter. Un autre très-estimé, * « où Ton voyait, dit son A vieux traducteur, deux soldats armés à la lé- » gère , dout Tun est si échauffé à courir en la » bataille, qu^on le voit suer, et l'autre qui pose » ses armes, se montre si recreu, qu'on le sent » quasi haleiner. » J'ai vu dans beaucoup de tableaux modernes, des machines en mouvement, des lutteurs et des guerriers en action , et f amais je n'y ai vu ces effets si simples, qui expriment si bien la vérité. Nos peintres les regardent comme de petits détails où ne s'arrêtent pas les gens de génie. Cependant ces petits détaib sont des traits de caractère.
^ Histoiire naturelle de Pline, liv. xzxvir, chap. x et xi« tfudaction de IKi Pinet
DE LA NATURE. (jg
Mare-Anrèle , qui avait bien afatant de génie Rameau de nos modernes, a très-bien observé ^[ÉMf c^est sotfvent ta oh Tattcntion de Vesprit se fixe M ptend le fins de plaisir: « Le ridé des fî- » çeléà mftres, ^-il , Tépais sourcil des Kons, » récnme des sangliers en fîirenr, les écailles j» ' rôtisses qni s'élèvent de la croûte du pain sor- » tarit dit fonr , nous font plaisir à voir. » U y a flklêietaM taisons de ce plaisir; d'abord de la part de la! faiblesse de notre esprit, qui dans chaque objet s^arréte à un point principal ; ensuite de la pKart d^ lar mtirre, qui nous offre aussi dans tous sis ouvrages un point unique de convenance ou dt discorde , qui en est comme le centre. Notre ame en augmente d'autant plus son affection ou sa baitfe , que ce trait caractéristique est simple et en apparence méprisable. Voilà pourquoi dans Téloi^nce, les expressions les plus courtes marquent toujours les passions les plus fortes ; car ti tfe s'agit, comme nous Tavons vu jusqu'ici, pour hAfé naître une sensation de plaisir ou de douleni^, cpie de déterminer un point d'harmonie ou de discorde enttt deux contraires : or , lorsque ces deirx contraires sont opposés en nature , et qu'ils le sont encore en grandeur et en faiblesse , leur opposition redouble, et par conséquent leur effet.
Il s'y joint, sur-tout, la surprise de voir naître de grands sujets d'espérance ou de crainte , d'un
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objet peu important en apparence ; car tout effet physique produit dans Thomme un sentiment moral. Par exemple, j'ai tu beaucoup de tableaux et de descriptions de batailles, qui cherchaient k inspirer de la terreur par une infinité d^armes de toutes espèces qui y étaient représentées, et par une foule de morts et de mourants blessés de toutes les manières, lis m'ont d'autant moins ému , qu'ib employaient plus de machines pour m'émouvoir ; un effet détruisait Fautrc. Mais je Tai été beaucoup en lisant, dans Plutarque , la mort de Cléopâtre. Ce crand peintre du malheur, représente la reine d'Egypte méditant , dans le tombeau d'Antoine , sur les moyens d'échapper au triomphe d'Auguste. Un paysan lui apporte , avec la permission des gardes qui veillent à la porte du tombeau , un panier de figues. Dès que cet homme est sorti , elle se hâte de découvrir ce panier, et elle y voit un aspic qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses malheureux jours. Ce contraste, dans une fi^mme, de la liberté et de l'esclavage , de la puissance royale et de l'anéantissement, de la volupté et de la mort ; ces feuillages et ces fruits , parmi lesquels elle aperçoit seulement la tête et les yeux étincclants d'un petit reptile qui va terminer de si grands intérêts , et à qui elle dit : « Te voilà donc ! » toutes ces oppositions font frissonner. Mais pour rendre la personne méhie de Cléopâtre intéressante, il ne
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faut pas se la figurer, comme nos peintres et nos sculpte m^ nous la représentent , en figure académique sans expression, une Sabine pour la taille , Tair robuste et plein de santé , avec de grands yeux tournés vers le ciel , et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ce n'est point là la petite et voluptueuse reine d'Kgyptc , se faisant porter, comme nous l^avons dit ailleurs, dans un paquet de bardes, sur les épaules d*ApoHodore, pour aller voir incogmto Jules-César; courant la nuit , déguisée en marchande , les rues d'Alexandrie , avec Antoine, en se raillant de lui , et lui reprochant que ses jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est encore moins Tinfortunée Cleopâtre réduite aux derniers termes du malheur , tirant avec des cordes et des chaînes, à l'aide de deux de ses femmes, par la fenêtre du monument où elle s'était réfugiée , la tête contre-has, sans jamais lâcher prise, dit Plutarquo, ce même Antoine couvert de sang, qui s'était percé de son épée, et qui s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle.
Les détails ne sont pas à mépriser ; ce sont souvent des traits de caractère. Pour revenir â nos peintres et à nos sculpteurs , s'ils refusent l'expression du mouvement aux paysages , aux lutteurs et aux chars en course , ils la donnent aux portraits et aux statues de nos grands hommes
et de nos philosophe^. Ils les représentent comme les ange$ trompettes du jugement , les chtveux agités , les yeux égarés , les muscles du visage en convulsion, et leurs draperies allant et venant au gré des vents. Ce sont là, disent-ils, les ezpiressions du génie. Mais les gens de gifnie et Les grands hommes ne sont pas des fous. J^ai vy de leurs portraits , sur des antiques. Les médailles de Virgile, de Platon, de Sdpion, d'Epaminondas, d'Alexandre même, les représentjent avec un air calme et tranquille. C'est aux corps brutes» aux végétaux et aux animaux d'obéir à tous les mouvements de la nature ; mais il me semble qu'il est d'un grand homme d'être le m^tre des siens , et que ce n'est que par cet empire-là même qu'il mérite le nom de grand.
Je me suis un peu éloigné de mon sujet, pour donner des leçons de convenances à des artistes dont l'art est bien plus difficile que ma critique n'est aisée. A Dieu ne plaise qu'elle devienne un sujet de peiuc pour des hommes dont les ouvrages m'ont si souvent donné du plaisir! Je désire seulement qu ils s'écartent des manières aca* démiques qui les lient , et qu'ib soient tentés d'aller , sur les pas de la nature , aussi loin que leur génie peut les porter.
Ce serait ici le lieu de parler de la musique , puisque les sons ne sont que des mouvements : mais des gens bien plus habiles que moi ont traité
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ce gnad art à fond. Si quelque tëmoignage étrau- .gor pmnrttt même me confirmer dans la certitude des principes que j'ai poses jusqu'ici, c'est celui des plus savants musiciens qui ont fixé ^ trois sons Texpression harmonique. J'aurais pu « comme eux , réduire à trois termes les générations élémentaires des couleurs , des formes et des mouvements ; mais il me semble qu'ils ont omis euxHnémes dans leur base fondamentale, le principe génératif qui est le son proprement dit, et le terme négatif qui est le silence, puisque ce dernier produit, sur-tout , de si grands effets dans les mouvements de musique.
Je pourrais étendre ces proportions aux sar veuTC du goût, et démontrer que les plus agréables d'entre elles ont de semblables générations , ainsi qu^on l'éprouve dans la plupart des fruits , dont les divers degrés de maturité présentent successivement cinq saveurs, savoir, l'acide, le doux, le sucré, le vineux et l'amer. Ils sont acides en croissant , doux en mûrissant , sucrés dans leur parfaite maturité, vineux dans leur fermentation, et amers dans leur état de sécheresse. Nous trouverions encore que la plus agréable de ces saveurs, c'estrà^dire la saveur sucrée, est celle qui occupt le milieu de cette progression , dont elle est le terme harmonique ; qu'elle forme , par sa oatwe, de nouvelles harmonies, en se combinant avec sas extrêmes , puisque les boissons qui nous
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plaisent le plus sont formées de Tacide et du stt* cre, comme dans les liqueurs rafraîchissantet préparées avec le jus du citron ; ou du sucré et de Tamer, comme dans le café; mais, en tâchant d'ouvrir de nouvelles routes à la philosophie 9 mon intention n'est pas d'offrir de nouvelles combinaisons à la volupté.
Quoique je sois intimement convaincu de ces générations élémentaires , et que je puisse les appuyer d'une foule de preuves que j'ai recueillies dans les goûts des peuples policés et sauvages , mais que je n'ai pas le temps de rapporter ici; cependant je ne serais pas surpris de ne pas obtenir l'approbation de plusieurs de mes lecteurs. Nos goûts naturels sont altérés, dès l'enfance, par des préjugés qui déterminent nos sensations physiques , bien plus fortement que celles-ci ne dirigent nos affections morales. Plus d'un homme d'église estime le violet la plus belle des couleurs, parce que c'est celle de son évéque ; plus d'un évéque , à son tour , croit que c'est l'écarlate , parce que c'est la couleur du cardinal ; et plus d'un cardinal , sans doute , préférerait d'être revêtu de la couleur blanche , parce que c'est celle du chef de l'église. Un militaire regarde souvent le ruban rouge comme le plus beau de tous les rubans ; et son ofiicier supérieur pense que c'est le ruban bleu. Nos tempéraments influent comme nos étals sur nos opinions. Les gens gais préfi-
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rent les couleurs vives à toutes les autres , les gens sensibles celles qui sont tendres, les mëlancoliques les rembrunies. Quoique je regarde moimême le rouge comme la plus belle des couleurs, et la sphère comme la plus parfaite des formes , et que je doive tenir plus fortement qu'un autre à cet ordre , parce que c'est celui de mon système ; je préfère au rouge la couleur carminée qui a une nuance de violet ; et à la sphère , la --forme d*œuf ou elliptique. Il me semble aussi, si j^ose dire , que la nature a affecté Tune et l'autre modification à la rose ., du moins avant son parfait développement. J'aime mieux encore les fleurs violettes que les blanches , et sur-tout que les jaunes. Je préfère une branche de lilas à un pot de giroflée ; et une marguerite de Chine, avec son disque d'un jaune enfumé, son pluché chiffonné, et ses pétales violets et sombres , à la plus éclatante gerbe de tournesols du Luxembourg. Je crois que ces goûts me sont communs avec plusieurs autres personnes, et qu'à juger du caractère des hommes par les couleurs de leurs habits, il y en a beaucoup plus de sérieux que de gais. Il me semble aussi que la nature (car il faut toujours revenir à elle pour s'assurer de la vérité), fait décliner la plupart de ses beautés physiques vers la mélancolie. Les chants plaintifs du rossignol, les ombrages des forêts, les sombres clartés de la lune, n'inspirent point la gaieté , et
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cependant nous intéressent. Je suis plus ëmm di coucher du soleil que de son lever. En général ^ les beautés vives et enjouées nous plaisent , maîi il n'y a que les mélancoliques iqui nous toucheat Nous tâcherons ailleurs de développer lea causes de ces affections morales. Elles tiennent à des lois plus sublimes qub les lois physiques: tandis que celles-ci amusent nos sens , celles-là s^adres* sent à nos cœurs, et nous avertissent que rhomms est né pour de plus hautes destinées.
Je peux me tromper dans Tordre de ces générations , qt en transposer les termes. Hais )• ne me propose que d'ouvrir de nouvelles routes dans l'étude de la nature. Il me suffit que l'effet de ces générations soit généralement reconnu. Des honunes plus éclairés en établiront les filiations avec plus d'ordre. Tout ce que j'ai dit à ce sujet, et ce que je pourrais dire encore, se réduit à cette grande loi : « Tout est formé de con^ » traires dans la nature ; c'est de leurs harmo- » nies que naît le sentiment du plaisir , et c'est » de leurs oppositions que naît celui de la doiH » leur. »
Cette loi , comme nous le verrons , s'étend en* core à la morale. Chaque vérité , excepté les vérités de fait, est le résultat de deux idées contraires. Il s'ensuit de Ik , que toutes les fois que nous venons à décomposer , par la dialectique , une vérité, nous la divisons dans les deux idées
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qy4 ^ coMtîtuenJt ; et si nous noua arrêtons k une de ses idées élémentaires comme à un principe nnimip I et que nous en tirions des conséquences , W^/k su faisons naître une source de disputes qn fà^oat point de fin ; car l'autre idée élémentfive 9t raapque pas de fournir des conséquences tqmtrjkrfnt ^oiitraires h celui qui veut s'en saisir : et ces poqséqueuces sont elles-mêmes suscepti- \^le^ de d^ompositions contradictoires j qui voni à Finfiiii. Cfest ce que poiis apprennent très-bien les écoles f oi| on nous envoie former notre jugpqASnt Elles nous monti*cnt , non-seulement ù yépMWr les vérités )es plus évidentes en deux , HMÎS ei) quatre , comme disait lludibras. Si , par ev^mple » quelqu'un de nos logiciens , considé- Fjint que le froid influe sur la végétation , vou- Isit prouver qu'il en est la cause unique , et que le fdialeur même y est contraire , il ne manquerait pas de citer les efflorescences et les végét^ions de la glace , l'accroissement , la verdure et la floraison des mousses pendant l'hiver ; les plantes brûlées du soleil pendant l'été , et bien d'autres effets relatifs à sa tlicse. Mais son antagoiiiste, fiiisant valoir, de son côté, les influences du printemps et les désordres de l'hiver, ne manquerait pas de prouver que la chaleur seule donne la vie aux végétaux. Cependant , le chaud et le froid formeut ensemble un des principes de la végétation « non-seulement dans les climats
tempërës , mais jusqu^au milieu de la zone toiN'! ride. . 1]
On peut dire que tous les désordres , au 'phft sique et au moral , ne sont que des opposituMii heurtées de deux contraires. Si les hommes fai^ saient attention à cette loi , elle terminerait k ^ plupart de leurs erreurs et de leurs disputes ; car j on peut dire que , tout étant composé de coih | traires , tout homme qui affirme une proposition simple, n^a raison qu^à moitié , puisque la proposition contraire existe également dans la nature.
Il n'y a peut-être dans le monde qu^une véritj intellectuelle , pure , simple et sans idée contraire ; c'est Texistence de Dieu. Il est très-remarquabk que ceux qui Tout niée , n'ont apporté d'autres preuves de leur négation , que les désordres apparents de la nature, dont ils n'envisageaient que les principes extrêmes ; en sorte qu'ils n'ont pâi prouvé qu'il n'existait pas de Dieu, mais qu'il n'était pas intelligent , ou qu'il n'était pas bon. Ainsi leur erreur vient de leur ignorance des loii naturelles. D'ailleurs, leurs arguments ont été tirés, pour la plupart, des désordres des hommes, qui existent dans un ordre encore différent de celui de la nature , et qui sont les seuls de tous les êtres sensibles qui ont été livrés à leur propre providence.
Quant à la nature de Dieu , je sais que la foi même nous le présente comme le principe bar
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monique par excellence , non-neulement par rapport k tout ce qui renvironnc , dont il C5t le crdateur et le moteur ^ maii dan« son essence ni^me diiriiëe en trois personnes. Bossuel a ëtenUu ces hirmoniefl de la Divinité jusqu'à ritommc , en eherehant k trouver dans les opc^rntions de son ime 9 quelque consonnance avec la Trinitd dont die est rimage. Ces hautes spéculations sont , je I Tavoue 9 infuiiment au-dessus de moi. J'admire I mâme que la Divinité ait permis & des êtres i aussi faibles et aussi passagers que nous , d'entrevoir seulement sa toute-puissance sur la terre 9 et qu^elle ait voilé , sous les combinaisons de la matière 9 les opérations de son intelligence in* finie 9 pour la proportionner à nos yeux. Un seul acte de sa volonlé a suflt pour nous donner l'être ;la plus légère communication de ses ouvrages pour éclairer noire raison : mais je suis persuadé que si le plus petit rayon de son essence divine se communiquait directement à nous dans un corps humain 9 il suflirait pour nous anéantir.
DES GONSONNANGËS.
Les consonnances sont des répétitions des mêmes harmonies. £lles augmentent nos plaisirs en les multipliant, et en en transférant la Jouissance sur de nouvelles scènes. KUes nous plaisent encore en nous faisant voir que la même
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întelligenfÊc a présidé aux divers plans dé la ni- lt tare , puisqtr^Ue nous y pf éseute des haimortM II semblables. Ainsi les consonnances nous pladisMl I' plus que les simples harmonies, parce cftL^tÏÏÊÈ nous donnent les setftimeMs de Fétendàe et dé 11 f divinité , si conformes à la nature de nMrè met Les objets physiques n^excifent en nons un certain degré de plaisir, qu*en y dételoppafnt m sentiment intellectuel.
Nous trouvons de fréquents exemples de consonnances dans la nature. Les nuages de Thorizon imitent souvent, sur la mer, les formes ^ montagnes et les aspects de la terre, au poinfC^iie léSmarins les plus expérimentés s'y tromfpetat quelquefois. Les eaux reflètent, dans leur sein mobile, les cicux, les collines et les forêù. Le^ échos des rochers répètent , à leur tour , les murmures des eaux. Un jour, me promenant, afu pays de Caux, le long de la mer, et considérant les reflets du rivage dans le sein des eain , je fus fort étonné d'entendre bruire d'autres flots derrière moi. Je me tournai , el je n'aperçus qu'une haute falaise escarpée , dont les échos répétaient le bruit des vagues. Cette double consonnance me parut très-agréablé ; on eût dit qu'il y avait une montagne dans la mer , et une mer dans la ittonfagne.
Ces transpositions d'harmonie d'un éltément à Tautre font beaucoup do plaisir ; aussi la nafture les multiplie fréquemment, non-seolement
11^ de» image» fugitives , mais par des formes ates. EUe a répété , au milieu des mers , liotmes des continents dans celles des îles, dont la {plupart , comme nous Tarons ya , ont ides pitons, des montagnes, des lacs, des ri- Tières et des campagnes proportionnais à lenr élelidne , comme si eNes étaient de petits mondes ; |. à^wa autre càké , elle représente , au milieu des ^ terres , les bassins du vaste Océan dans les mé- ^ ^terrMiëes , et dans les grands lacs qui ont leurs £ rivages , leurs rochers , leurs iles , kurs volcans , ■ leMs courants , et quelquefois un flux et reflux ^m lenr ert propre, et qui est occasion^ par ka effusions des montagnes à glaces, au pied Aes^fAelles as sont communément situés , comme le» courants et les marées de TOcéan le sont par celles des pôles.
n est très - remarquable que les pkis belles henaoïifieft sont celles qui ont le plus de con- •onaances. Par exemple , rien , dans le monde , tt^ettt plus beau que le soleil , et rien n'y est plus répété qfue sa forme et sa lumière. Il est réfléchi de n^le manières pav les réfractions de Fair , qui le montrent, chaque jour, sur tous les horizons ée ht terre , avant quMl y soit , et lorsqu'il A- y esfi plus; par les parélies, qui réfléchissent fsfelqwfeis son disque deux ou trois fois dans les omges brumeux du- nord ; par les nuages plu-* fieiHCy oà se» rayons réfranges tracent un arc
lia KTUDKS
nuancd de mille couleurs ; et par les eaux, dont les reflets le représentent en une iufmitë de lieu où il n'est pas , au sein des prairies parmi lei fleurs couvertes de rosdc , et dans Tombre des vertes forêts. La terre sombre et brute le rëfléchit encore dans les parties spëculaires des sables, des mica , des cristaux et des rochers. Elle nous présente la forme de son disque et de sa rayons, dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte. £nfm ce bel astre est multiplié lui-même à Finfini y avec des variétés qui nous sont inconnues » dans les étoiles innombrables du firmament, qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre horizon , comme s'il ne se refusait aux consonnances de la terre , que pour nous faire apercevoir celles des cicux.
Il s'ensuit de cette loi de consonnance, que ce qu'il y a de plus beau et de meilleur dans la nature , est ce qu'il y a de plus commun et de plus répété. C'est h elle qu'il faut attribuer les variétés des espèces dans chaque genre , qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile. Par exemple , il n'y a point dans le règne végétal de famille aussi nécessaire que celle des graminées , dont vivent non-seulement tous les quadrupèdes , mais une infinité d'oiseaux et d'insectes : il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi variées. Nous observerons «Uois
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Fëtude des plantes les raisons de cette variété ; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que Fhomme a trouvé celte grande diversité de blés dont il tire sa principale subsistance ; et que c'est par des raisons de con- •onnance que , non-seulement les espèces , mais plusieurs genres se rapprochent les uns des autres , afin qu'ils puissent offrir les mt^mes services à rhomme , sous des latitudes tout-à-fait différentes. Ainsi , les mils de F Afrique , les maïs du Brésil , les riz de FAsie , les palmiers-sagou des Moluques , dont les troncs sont pleins de farines comestibles» consonnent avec les blés de l'Europe. Mous retrouvons des consonnances d^une autre sorte dans les mêmes lieux , comme si la nature eût voulu multiplier ses bienfaits, en en variant seulement la forme , sans changer presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins, l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier; et dans nos métairies , le cheval et Fànc , l'oie et le canard , la vache et la chèvre.
Chaque genre consonne encore avec lui-même, par les sexes. Il y a cependant entre les sexes des contrastes qui donnent à leurs amours la plus grande énergie , par Topposilion même des contraires , d'où 'nous avons vu que toute harmonie prenait sa naissance ; mais , sans la consounance
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générale des formes qui est entre eux, les étrts sensibles du même genre ne se seraient jamab rapprochés. Sans eile, un sexe aurait toujours été étranger à Fautre. Avant que chacun d>ux eût obser\-é ce que Fautre pouvait avoir de conTe* nable à ses besoins, le temps de la réflexion aurait absorbé celui de Tamour, et en eût, peut* être , éteint le désir. Cest la consonnance qui les attire, et c^est le contraste qui les unit Je ne crois pas qu^il y ait, dans aucun genre, d^aniroal un sexe tout-à-fart différent de Fautre en formes extérieures ; et si ces différences se trourent , comme le prétendent quelques naturalistes, dans plusieurs espèces de poissons et d'insectes , je sub persuadé que la nature y fait vivre le mile et la femelle dans le voisinage Fun de Fautre, et ne met pas leur couche nuptiale loin de leur berceau.
Mais il y a une consonnance de formes bien plus intime encore que celle des deux sexev» c'est la duplicité d'organes qui existe dans chaque individu. Tout animal est double. Si vous considérez ses deux yeux, ses deux narines, ses deux oreilles , le nombre de ses jambes disposées par paires, vous diriez de deux animaux collés Fun à Fautre , et numis sous la même peau. Les parties mêmes de son corps^qui sont uniques , comme la tête , la queue et la langue , paraissent formées de deux moitiés rapprochées
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Tune de Tautre par des sutures. Il n*cn est pas ainsi des membres proprement dits ; par exem* pie , une main , une oi^ille , un œil ne peuvent pas se diviser en deux moitiés semblables ; mais la duplicité de formes dans les parties du coq)s les distingue essentiellement des membres; car la partie du corps est double , et le membre est simple ; la première est toujours unique , et Tautre toujours répétée. Ainsi la t^tc et la queue d'un animal sont des parties de son corps , et ses jambes et ses oreilles en sont des membres.
C2ette loi , une des plus merveilleuses et des moins obsenées de la naUii-e, détruit toutes les hypothèses qui font entrer le hasard «lans l'organisation des êtres ; car^ indépendanunent des harmonies qu'elle présente, elle double tout d'un coup les preuves d'une Providence, «pii ne s'est pas contentée de donner un organe principal à chaque animal pour chaque élément en particulier, tel que l'œil pour la limiière du soleil ; l'oreille , pour les sons de l'air; le pied , pour le sol qui devait le soutenir : mais a vcmlu encoi'e cju'il eût chaque organe en nombre pair.
Quelques sages ont considéré cette admirable répartition comme une prévoyance de la Pi-ovidence, afin que l'anim.!! pût suppléer à la perte de ses organes exposés à divers accidents ; mais il est remarquable que les parties intérieures du corps, qui paraissent uniques au premier roup-
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d'œil, présentent, à rexamen, une pareille duplicité de formes, même dans le corps humain où elles sont plus confondues que dans les autres animaux. Ainsi, les cinq lobes du poumon, dont Tun a une espèce de division ; la fissure du foie ; la séparation supérieure du cerveau par la réduplication de la dure-mère ; le septum lucidum semblable à une feuille de talc qui en sépare les deux ventricules antérieurs; les deux ventricules du cœur, et les divisions des autres viscères, annoncent cette double union , et semblent nous indiquer que « le » principe même de la vie , est la consonnance » de deux harmonies semblables. ^ »
Il résulte encore de cette duplicité d^organes un usage bien plus étendu que s^ils étaient uniques. Uhomme aperçoit avec deux yeux plus de la moitié de rhorizon ; il n'en découvrirait guère que le tiers avec un seul. 11 fait avec ses deux bras une infinité de choses dont il ne pourrait jamais venir à bout , s'il n'en avait qu'un , telles que de charger sur sa tête un poids d'un grand volume , et de grimper dans un arbre. S'il n'était posé que sur une jambe, non - seulement son assiette serait beaucoup moins solide que sur deux , mais il ne pourrait pas marcher ; il serait forcé de s'avancer en rampant ou en sautant. Cette progression de mouvement serait tout- à -fait discordante à la constitution des autres parties de son corps , et des divers plans de la terre qu'il devait parcourir.
Si la nature a donne un organe extérieur simple aux animaux, tel que la queue, c^est parce que son usage , fort borné , ne s'étendait qu'à une seule action à laquelle elle satisfait pleinement. D'ailleurs, la queue est par sa position à Tabri de la plupart des dangers. De plus, il n'y a guère que les animaux forts qui l'aient longue , comme les taureaux, les chevaux et les lions. Les lapins et les lièvres l'ont fort courte. Dans les animaux faibles qui la portent longue , comme dans les raies, elle est hérissée d'épines, ou bien ell^ repousse si elle vient à être arrachée par quelque accident, comme dans les lézards. Enfin, quelle que soit la simplicité de son usage , il est remarquable qu'elle est formée de deux moitiés semblables, comme les autres parties du corps.
Il y a d'autres consonnances intérieures qui assemblent , pour ainsi dire , en diagonale les divers organes du corps , afin de ne former qu'un seul et unique animal de ses deux moitiés. J'en laisse chercher l'incompréhensible connexion aux anatomistes : mais, quelque étendues que soient leurs lumières, je doute quils pénètrent jamais dans ce labyrinthe. Pourquoi, par exemple, la douleur qu'on éprouve à un pied , se fait-elle ressentir quelquefois à la partie opposée de la tête , et vice versa? J'ai vu une preuve bien étonnante de cette consonnance dans un sergent qui vit encore, je crois, à l'hôtel des Invalides. Cet homme ,
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tirant un jour des armes avec un de ses camarades, qui se servait, ainsi que lui, de son ëpée X'cnfermcc dans le fourreau , recul une botte dans Fangle laciymal de Tœil gauche , qui lui fit perdre connaissance sur-le-champ. Quand il eut repris Ses sens , ce qui n^aiTiva qu^au bout de quelques heures, il se trouva entièrement paralyse de la jambe droite et du bras droit, sans qu aucun remède ait jamais pu lui en rendre Fusage. 4
J'observerai ici , que les expériences cruelles qu(^'on fait chaque jour sur les bétes, pour découvrir ces correspondances secrètes de la nature, ne font qu y jeter de plus grands voiles; car leurs ihuscles , contractés par la frayeur et la douleur, .dérangent le cours des esprits animaux, accélèreul la vitesse du sang , font entrer les nerfs eu convulsion, et sont bien plus propres h déranger l'économie animale qu'à la développer. Ces moyens barbares de notre physique moderne, ont une influence cncoi'e plus funCvSte sur le moral de ceux qui les emploient ; car ils leur inspirent, avec de fausses lumières, le plus atroce des vices , qui est la cruauté. S'il est permis à Thommc d'interroger la nature dans les opérations qu'elle nous cache, j'y croirais le plaisir bien plus propre que la douleur. J'en ai vu un exemple dans une maison de campagne de Normandie. Je me promenais dans un pâturage qui était autour, avec un jeune gentilhomme qui en était le maître; nous
aperçûmes des bœufs qui se battaient ; il courut à eux, le bâton levé, et ces animaux se séparèrent aussitôt. Ensuite il s'approcba du bœuf le plus farouche , et se mit à le gratter à la naissance de la queue , avec les doigts. Cet animal, qui avait encore la fureur dans les yeux, resta, sur-le-champ, immobile, alongeant le cou, ouvrant les naseaux, et aspirant Tair avec un plaisir qui démontrait d'une manière très -amusante la correspondance intime de cette extrémité de son corps avec sa tête.
La duplicité d'organes se trouve encore dans lés végétaux, sur -tout dans leurs parties essentielles, telles que les anthères des fleurs, qui sont des corps doubles; dans leurs pétales, dont une moitié correspond exactement à Tautre ; dans les lobes de leur semence, etc. Une seule de ces parties paraît cependant suffisante pour le développement et la génération de la plante. On peut étendre cette observation jusque sur les feuilles, dont les deux moitiés sont correspondantes dans la plupart des végétaux ; et si quelqu'un d'entre eux s'écarte de cet ordre, c'est sans doute pour quelque raison particulière digne d'être 'recherchée.
Ces faits confirment la distinction que nous avons faite entre les parties et les membres d'un corps; car, dans les feuilles, où cette duplicité se rencontre, on retrouve ordinairement la faculté
végétative , qui est répandue dans le corps doirif* gétal même. En sorte que , si vous replantes rc'5 feuilles avec soin et dans une saison convenable, vous en verrez renaître le végétal entier. Peutêtre est - ce parce que les organes intérieurs de Farbre sont doubles , que le principe de la vie végétative est répandu jusque dans ses tronçons, comme on le voit dans un grand nombre qui renaissent d^une branche. Il y en a même qui peuvent se reperpétuer par de simples éclats. On en trouve un exemple célèbre dans les mémoires de FAcadémie des sciences. Deux sœurs, après la mort de leur mère , héritèrent d^un oranger. Chacune déciles prétendit Pavoir dans son lot. En* fin y Tune ne voulant pas le céder à Tautre, elles décidèrent de le fendre en deux , et d^en prendre chacune la moitié. L^arbre éprouva la destinée à laqueHe fut condamné Tenfant du jugement de Salomon. Il fut partagé en deux : chacune des sœurs en replanta la moitié; et, chose merveilleuse , l'arbre divisé par la haine fraternelle , fut recouvert d'écorce par la nature.
C'est cette consoniiance universelle de formes qui a donné à Thomme l'idée de la symétrie. Il la fait entrer dans la plupart des arts, et sur -tout dans l'architecture , comme une partie essentielle de l'ordre. Elle est, en effet, tellement l'ouvrage de l'intelligence et de la combinaison , que je la regarde comme le caractère principal où Ton peut
distinguer tout corps organise d'avec ceux qui ne le sont pas, et qui ne sont que les résultats d'une agrégation fortuite, quelque régulier que paraisse leur assemblage ; tels sont ceux que produisent les cristallisations, les effloi*escences, les végétations chimiques et les effusions ignées.
Cest diaprés ces réflexions, que venant a considérer le globe de la terre, j'observai, avec la plus grande surprise, qu'il présentait, ainsi que tous les corps organisés, une duplicité de formes. D'à* bord j'avais bien pensé que ce globe étant Tou- \Tage d^une intelligence, il devait y régner de Tordre. J'avais reconnu Futilité des îles, et même celle des bancs, des rcscifs et des rochers pour protéger les parties les plus exposées des continents contre les courants do TOcéan , à l'extrémité desquels ils sont toujours situés. J'avais reconnu pareillement celle des baies, qui sont, au contraire, écartées des courants de TOcéan, et creusées en profondeur, pour abriter l'embouchure des fleuves, et servir, par la tranquillité de leurs eaux, d'asyles aux poissons qui, dans toutes les mers, s'y rendent en foule pour y recueillir les dépouilles de la végétation , et les alluvions de la terre qui s'y déchargent par les fleuves. J'avais admiré en détail les proportions de leurs diverses fabriques ; mais je ne concevais rien ù leur ensemble. Mon esprit se foun^oyait au milieu de tant de découpui*es de terres et de mers: et je les
aurais aUribuëes, sans balancer, au hasard, si Tordre que j'avais aperçu dans chacune de ces parties, ne m'avait fait soupçonner qu^il y en avait un dans la totalité de Touvrage.
Je vais exposer ici le globe sous on nouvel aspect ; je prie le lecteur de me pardonner cette digression , qui est un dëbris de mes matëriaux sur la géographie , mais qui tend à prouver Tuniversalité des lois naturelles , dont je constate Texistence. Je serai, à mon ordinaire, rapide et superficiel : mais peu m'importe d'affaiblir des idées qu'il ne m'a pas ëté permis de mettre dam leur ordre naturel, si j'en jette le germe dans des têtes qui valent mieux que la mienne.
Je cherchai d'abord les cousonnances du globe dans ses deux moitiés septentrionale et méridionale. Mais, loin de trouver des ressemblances entre elles, je n'y aperçus que des oppositions ; la première n'étant, pour ainsi dire, qu'un hémisphère terrestre , et l'autre, qu'un hémisphère maritime, tellement différents entre eux , que l'un a l'hiver lorsque l'autre a l'été, et que les mers du premier hémisplière semblent être opposées aux terres et aux îles qui sont éparses dans le second. Ce contraste me présenta une autre analogie avec un corps organisé ; car, comme nous le verrons dans les articles suivants, tout corps organisé a deux moitiés en contraste , comme il en a deux en consounance.
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^ Je hii trouvai iloiir, »ou» cet aspect nouveau , 1 jf ne jiais quelle analogie avec un animali dont la téie aurait M. au noixl par rallraciion de Tai- Jtunt^ partkuli^rc ii nottv pAle, qui seud)le y ilfftenniner un senaorium couuiu' tians la (<^(ed^ul animal ; le ru>ursou.i la Ligne, parla chaleur consitante qui règne, dans la xone torride , e( neudde y fixer la in^gion du cœur; enlinjes organe» excr<^» loirCvH dana la partie australe, uù sont sitiK^es les pliia grandes mers, qu'on peut consid<Ver connue les nkeptacles des alluvions des continents, et <n^ Ton trouve aussi le plus grand nombre de volcans , que Ton peut consitU^vr conmu* les organes excrt^toires des mers, dont ils consunu'ut sans cesse lea bitumes et les soufres. D'ailleurs le soleil qui séjourne cinq ou six jours de plus dans riu^misphèrc septentrional , sendilait encoiv uroiTrir une reaaemblance plusnuuxpu^e avec le corps d'un animal, où le cœur, qui est le centime de la chaleur « est un peu plus pnVn de la \Mv que des partioa inférieures.
Quoique ces contrastes me parussent asst^r. <létennin^s pour manifester un onlre vHur le globe, et qu'il s'en prt^sente de semblables dans les m^ gétauXi distinguas en deux parties opposc^es en Fonctions et en formes , tellus que les feuilles et les racines; je craignais tle nie livn'r à nuui imagination , et de gt^nt^raliser , par la faiblesse de l'esprit humain Y des lois de la nature particu-
lières à chaque existence , en les étendant à des règnes qui n^en étaient pas susceptibles.
Mais je cessai de douter de Tordre général de la terre , lorsque , avec les deux moitiés en contraste, j^en aperçus deux autres en consomiance. Je fus frappé, je Tavoue , d'étonnement, lorsque j^observai dans la duplicité de formes qui cons- • titue son corps , des membres exactement répétés de part et d'autre.
Le globe, à le considérer d'orient en occident, est divisé , comme tous les corps organisés , en deux moitiés semblables, qui sont, Fancien et le nouveau Monde. Chacune de leurs parties se correspond dans rhémisphère oriental et occidental ; mer à mer, île à île, cap à cap, presqu'île à pn^ qu'île. Les lacs de Finlande et le golfe d'Ardiangel correspondent aux lacs du Canada et à la baie de BafTui ; la Nouvelle-Zemble, au Groenland; la mer Baltique , à la baie d'Hudson ; les îles d'Angleterre et d'Irlande qui couvrent la première de ces méditcrranécs, aux îles de Boime-Fortune et de Wclcome qui protègent la seconde ; la Méditerranée proprement dite , au golfe du Mexique qui est une espèce de méditerranée , formée ea partie par des îles. A l'extrémité de la Méditerranée, se trouve l'isthme de Suez en consounanœ avec l'isthme de Panama placé au fond du golfe du Mexique ; à la suite de ces isthmes, se pré* sente la presqu'île de l'Afrique d'une part j et de
DE LA NATURE. I2.i
Tautre la presqu^ile de VÂmérique méridionale. Les principaux fleuves de ces parties du monde se regardent également ; car le Sënëgal coule à Topposite de la rivière des Amazones. Enfin Tune et Fautre de ces presqu'îles qui s'avancent vei^ le pôle austral , est terminée par deux caps ëga- • lement fameux par leurs tempêtes , le cap de Bomie-Espérance et le cap Horn.
Il y a encore, entre ces deux hémisphères, bien d^autres points de consonnance auxqucb je ne m'arrête pas. A la vërité , tous ces points ne se correspondent pas aux mêmes latitudes : mais ils sont disposes suivant une ligne spirale qui va d'orient en occident , en s'étendant du nord vers le midi, eu sorte que ces points correspondants vont q^; progression. Ib sont à-peu-près à la même hauteur , en partant du nord , comme la mer Bal- ■^ tique et la baie d'Hudson; et ils s'alongent dans r TAmërique, à mesure qu elle s'avance vers le sud. L Cette progression se fait encore sentir dans toute * la longueur de l'ancien continent, comme on j peut le voir à la forme de sqs caps , qui en par- 1 tant de l'orient, s'alongent d'autant plus vei*s le i midi, qu'ib s'avancent vers l'occident; tels que le cap duKamtschatka en Asie, le cap Comorin en Arabie , le cap de Bonne-£spérance en Afrique , et eûfin le cap Horn en Amérique. Ces différences de proportion viennent de ce que les deux hémisphères terrestres ne sont pas projetés de la même
manière ; car Tancien continent a sa plus grande longueur d'orient en occident, et le nouveau a h sienne du nord au sud ; et il est manifeste que cette différence de projection a été ordonnée par .Fauteur de la nature, par la même raison qui \m a fait donner des parties doubles aux animaux et aux végétaux , afin que dans un besoin elles suppléassent lune à Tautre, mais principalement afin qu^elles pussent s^cntr'aider.
S'il n'existait , par exemple , que Tancien continent avec la seule mer du Sud , le mouvement de cette mer élanl trop accéléré sous la Ligne, par les vents réguliers de Test , viendrait , après avoir circuit la zone torride , heurter d'une manière effroyable contre les terres du Japon : car le volume des flots d'une mer est toujours *pi^ portionné à son étendue. Mais par la disposition des deux continents, les flots du grand courant oriental de la mer des Indes , sont retardés en partie par les archipels des Moluques et des Philippines ; ils sont encore rompus par d'autres îles , telles que les Maldives , par les caps de l'Arabie , et par celui de Bonne-Espérance , qui les rejette vers le sud. Us éprouvent , avant de se rendre au cap liorn , de nouveaux obstacles , par le courant du pôle austral qui traverse alors leur cours , et par le changement de mousson qui en détruit totalement la cause au bout de six mois. Ainsi , il n'y a pas un seul courant, soit oriental,
DK i.A NATDHK. lyy
ml septentrional « qui pat'ccmiT Hculenienl lo quart du globe Uaïuk la inchno diix'ciion. D^ailleiir», la divi^on dea parliea du monde en deux , est tdlemenl ntfceaaaii^ à «ion harmonie gdn^rale , que ai le canal de TOct^an Atlanlique qui lea $é^ pare n'exialail |ia.H , ou «lu'il liU n^npli en partie^ comgne on auppoae qu'il TiUail autrefois par la grande île Atlantide « * loua le» tleuvon orientaux de TAmérique et toua les occidentaux de l'Europe tariraient, puiatiue cea fleuvea ne doivent leurs eaux qu*aux nuagoa ciui (^iiument de la mer. De plua , le aoleii nV^clairant ^ de notice eàté , qu'un liémiaphèi^ lerrestiHS dont lea mêditerranéea dia-paraîtraient » le brûlerait de aea rayona ; tandia quen\^chaulTant»de rautre« qu'un hémiaphèi^e maritime , dont la plupart dea ilea aéraient aubmergéeai parce que le volume de celte mer augmen* terait par la aoualraction de la nôtiHï« il y éle* verait une umltitude de vapeura en puix' perte.
U parait que c*eat par cea conaidérations que la nature n'a point placé dana la «oue torride la plua grande longueur de^s coutineuta, maia aeu^ lement la largeur moyenne de TAm^rique et de TAfrique « parce que l'action du aoleii y aurait ^té trop vive. Klle y a niis , au conti^aire « le plua long diamètre de la mer du Sud , et la )ilua
* l\t (Kbiilfiiaf im«fi[uiéf par Platon, pour rf|wp^»entfr ali^go* riyfioni \t gouvernement <l*Atli^nei« comme piuvieiirtiavantft
grande largeur de l^Ocëan Atlantique , et elle y t rassemble la plus grande quantité d^ilesqui existe. De plus , elle a placé dans la largeur des contF nents qu^elle y a prolongés , les plus grands courants d'eaux vives qu'il y ait au monde , qui sortent tous de montagnes à glace ; tels que le Sénégal et le Nil qui viennent des monts de la jLune en Afrique, TAmazone et FOrénoque qui ont leurs sources dans les Cordilières de rAmérique. C'est encore par cette raison qu'elle a multiplié, dans la zone torride et dans son voisinage, les hautes chaînes de montagnes couvertes de neige , et qu'elle y dirige les vents du pôle nord et du pôle sud , dont participent toujours les vents alizés. Et il est bien remarquable que plusieun des grands fleuves qui y coulent , ne sont pas situés précisément sous la Ligne, mais dans des lieux de la zone torride qui sont plus chauds que la Ligne même. Ainsi , le Sénégal roule ses eaux dans le voisinage Su Zara ou Désert , qui est la partie la plus brûlante de TAfrique , au témoignage do tous les voyageurs.
On entrevoit donc la nécessité de deux coolinents, qui servent mutuellement de frein aux mouvements de TOcéan. 11 est impossible de concevoir que la nature ait pu les disposer autrement, qu'en en étendant un en longitude, et l'autre en latitude , afin que les courants epposés de leurs mers pussent se balancer, et qu'il
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eûr^sultituneharmonieconvenableàleursrivages et aux îles renfermées dans leurs bassins. Si vous supposezces deux continents projetés en anneaux, d'orient en occident, sous les deux zones tempérées, lacirculationde la mer, renfermée entre deux, sera, comme nous Tavons vu , trop accélérée par Taction constante du vent d*cst. Il n'y aura plus de communication maritime de la Ligne aux pôles ; partant,point d'effusions glaciales dans cette mer, ni de marées , ni de rafraîchissement et de renouvellement de ses eaux. Si vous supposez , au contraire,ces deux continents allant tous deux du nord au midi, comme l'Amérique, il n'y aura plus dans l'Océan de courant oriental ; les deux moitiés de chaque mer viendront se rencontrer au milieu de leur canal , et leurs effusions polaires s^y heurteront avec une quantité de mouvement,dout les effusions glaciales qui se précipitent des Alpes ne nous donnent que de faibles idées, malgré leurs ravages. Mais par les courants alternatifs et opposes de nos mers , les effusions glaciales de notre pôle vont rafraîchir, en été, TAfirique, le Brésil et les parties méridionales, de FAsie , en passant au-delà du cap de Bonne - Espérance , par la mousson qui porte abrs vers l'orient le cours de l'Océan ; et , pendant notre hiver , les effusions du pôle sud vont vers ToGcident, modérer, sur les mêmes rivages, l'action du soleil qui y est toujours constante. 2. 9
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Par ces deux mouvements en spirale et rétrogrades des mers, semblables à ceux du soleil dans les cieux , il n y a pas une goutte d^ean qui ne puisse faire le tour du globe , s^ëvaporer sous la Ligne , se réduire en pluie dans le conti* nent , et se geler sous le pôle. Ces correspondances universelles sont d'autant plus dignes de remarque , qu'elles entrent dans tous les plans de la nature , et se trouvent dans le reste de ses ouvrages.
• 11 résulterait d'un autre ordre , d'autres inconvénients que je laisse chercher au lecteur. Les hypothèses ab absurdo sont à-la-foîs amusantes et utiles ; elles changent , à la vérité , en caricatures les proportions naturelles ; maia elles ont cela d'avantageux , qu'en nous convainquant de la faiblesse de notre intelligence , elles nous pénètrent de la sagesse de celle de la nature. Souvenons -nous de la méthode de Socrate. Ne perdons point notre temps à répondre aux systèmes qui nous présentent des plans différents de ceux que nous voyons. Tirons-en seulement des conséquences : les admettre , c'est les réfuter.
Je pourrais démontrer encore que la plupart des îles ont elles-mêmes des parties doubles «' comme les continents dont nous avons dit ailleurs qu'elles étaient des abrégés, par leurs pitons, leurs montagnes , leurs lacs et leurs fleuves, proportionnés à leur étendue. Beaucoup de celles
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qui sont dans FOcëan Indien , ont , pour ainsi dire, deux hémisphères, Fuii orientai, l'autre occidental, divisés par des montagnes qui vont du nord au sud , en sorte que quand Thiver est d'un côté, rëtë règne de Fautre , et alternativement ; telles sont les îles de Java , Sumatra , Bornéo, et la plupart des Philippines et des Mo* luques , eu sorte qu'elles sont évidemment construites pour les deux moussons de la mer où elles sont placées. Si le temps me le permettait, les variétés de le urconstruction nous offriraient bien des remarques curieuses, qui confirmeraient en particulier, ce que j'ai dit en génér^l sur les consonnances du golbe. Pour moi , je crois ces principes d'ordre si certains, que je suis persuadé qu'en voyant le plan d'une île avec l'élévation et la direction de ses montagnes , on peut déterminer sa longitude , sa latitude , et quels sont les vents qui y soufflent le plus régulièrement. Je crois encore qu'avec ces dernières données, on peut, vice versa, tracer le plan et la coupe d'une île, dans quelque partie de l'Océan que ce soit. J'en excepte cependant les îles fluviatiles , et celles qui , étant trop petites, sont réunies en archipels, conune les Maldives, parce que ces ilcs n'ont pas le centre de toutes leurs convenances en elles-mêmes , mais qu'elles sont ordonnées à des fleuves, 4 des archipcb ou à des continents voi-
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sins. On peut s'assurer que je n'ayâmce point un paradoxe , eu comparant , entre les tropiques , la forme générale des îles qui sont exposées à deux moussons , et celle des îles qui sont sous le vent régulier de Test. Nous venons de dire que la nature avait donné, en quelque sorte , deux hémisphères auxpremières,enlesdivisantdansle milieu par une chaîne de montagnes qui court nord et sud ^ afin qu'elles reçussent les influences alternatives des vents d'est et d'ouest, qui y soufflent tour-i-tour six mois de Tannée ; mais dans les îles situées dans la mer du Sud et dans l'Océan Atlantique , où le vent d'est souffle toujours du même côté, elle a placé les montagnes à l'extrémité de leur territoire, dans la partie la plus éloignée du vent, afin que les ruisseaux et les rivières qui se forment des nuages qui sont accumulés pa rce vent sur leurs pitons , pussent couler dans toute retendue de ces îles.
Je sais bien que j'ai rapporté ailleurs ces dernières observations , mais je les présente ici sous un nouveau joun D'ailleurs, quand je tomberais dans quelques redites, on peut répéter des vérités nouvelles , et on doit quelque indulgence à la faiblesse de celui qui les annonce.