‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 100 sur 151 · DRAMATIS PERSONÆ · texte numérisé non relu

DRAMATIS PERSONÆ

Le Monsieur. Le Chœur.

La Dame. Un Écho.

Nuit d’Étoiles.

LA DAME

Oh ! quelle nuit d’étoiles ! quelles saturnales ! Oh ! mais des galas inconnus Dans les annales Sidérales !

LE CHŒUR

Bref, un ciel absolument nu.

LE MONSIEUR

O Loi du rythme sans appel,

Le moindre astre te certifie,

Par son humble chorégraphie !

Mais, nul Spectateur éternel...

Ah ! la terre humanitaire.

N’en est pas moins terre-à-terre !

Au contraire.

POÉSIES

LE CHŒUR

La terre, elle est ronde Comme un pot-au-feu ;

C’est un bien pauv’ monde Dans l’infini bleu.

LE MONSIEUR

Cinq sens seulement, cinq ressorts pour nos essors, Ah ! ce n’est pas un sort !

Quand donc nos coeurs s’en iront-ils en huit ressorts ? Oh, le jour ! quelle turne !...

J’en suis tout taciturne.

LA DAME

Oh, ces nuits sur les toits !

Je finirai bien par y prendre le froid...

LE MONSIEUR

Tiens, la Terre,

Va te faire Très lan laire.

LE CONCILE FEERIQUE

LE CHŒUR

Hé ! pas choisi

D’y naître, et hommes ;

Mais nous y sommes,

Tenons-nous-y !

Ecoutez mes enfants ? — « Ah ! mourir ! mais me tordre, « Dans l’orbe d’un exécutant de premier ordre ! »>

Rêve la Terre, sous la vessie de saindoux De la lune laissant fuir un air par trop doux,

Vers les zéniths de brasiers de la voie lactée (Autrement beaux, ce soir, que des lois constatées !) Juillet a dégainé i Touristes des beaux yeux,

Quels jubés de bonheur échafaudent ces cieux,

Semis de pollens d’étoiles, manne divine,

Qu’éparpille le Bon Pasteur à ses gallines...

LE MONSIEUR

Et puis le vent s’est tant surmené l’autre nuit...

LA DAME

Et demain est si loin...

POÉSIES

LE MONSIEUR

Et ça souffre aujourd’hui.

Ah ! pourrir !

LE CHŒUR

Et la lune même (cette amie) Salive et larmoie en purulente ophtalmie.

Et voici que des bleus sous-bois ont miaulé Les mille nymphes ; et (qu’est-ce que vous voulez) Aussitôt mille touristes des yeux las rôdent, Tremblants mais le cœur harnaché d’âpres méthodes ! Et l’on va. Et les uns connaissent des sentiers, Qu’embaument de trois mois des fleurs d’abricotiers ; Et les autres, des parcs où la petite flûte De l’oiseau bleu promet de si frêles rechutes ;

l’écho

Oh ! ces lunaires oiseaux bleus dont la chanson Lunaire saura bien vous donner le frisson...

LE CHŒUR

Et d’autres, les terrasses pâles où le triste Cor des paons réveillé fait que plus rien n’existe !

LE CONCILE FÉERIQUE

Et d’autres, les joncs des mares où le sanglot Des reinettes vous tire maint sens mal éclos ;

Et d’autres, les prés brûlés où l’on rampe ; et d’autres La Boue ! où, semble-t-il, tout, avec nous se vautre ! Les capitales échauffantes, même au frais Des grands hôtels tendus de pâles cuirs gaufrés, Faussent; ah! mais ailleurs, aux grandes routes,

Au coin d’un bois mal famé,

l’écho

Rien n’est aux écoutes...

LE CHŒUR

Et celles dont le cœur gante six et demi, l’écho

Et celles dont l’âme est gris perle,

le chœur

En bons amis,

Et d’un port panaché d’édénique opulence,

Vous brûlent leurs vaisseaux mondains vers des Enfances !

LE MONSIEUR

Oh ! t’enchanter un peu la muqueuse du cœur !

LA DAME

Ah ! vas-y ; je n’ai plus rien à perdre à cet’heur’ ; La Terre est en plein air, et ma vie est gâchée ;

Ne songe qu’à la Nuit, je ne suis point fâchée.

l’écho

Et la Vie et la Nuit font patte de velours.

LE CHŒUR

Se dépècent d’abord de grands quartiers d’amour : Et lors, les chars de foin plein de bluets dévalent Par les vallons des moissons équinoxiales...

O lointains balafrés de bleuâtres éclairs De chaleur ! puis ils regrimperont, tous leurs nerfs Tressés, vers l’hostie de la lune syrupeuse...

l’écho

Hélas ! tout ça, c’est des histoires de muqueuses.

LE CONCILE FÉERIQUE

LE CHŒUR

Détraqué, dites-vous? Ah ! par rapport à quoi ?

l’écho

D’accord ; mais le spleen vient, qui dit que l’on déchoit Hors des fidélités noblement circonscrites.

LE CHŒUR

Mais le divin, chez nous, confond si bien les rites ! l’écho

Soit, mais mon spleen dit vrai. O langes des pudeurs, C’est bien dans vos blancs plis tels quels qu’est le bonheur.

LE CHŒUR

Mais, au nom de Tout ! on ne peut pas ! la Nature Nous rue à dénouer, dès janvier, leurs ceintures!

l’écho

Bon; si le spleen t’en dit, saccage universel !

POESIES

LE CHŒUR

Vos êtres ont un sexe, et sont trop usuels,

Saccagez !

l’écho

Ah ! saignons, tandis qu’elles déballent Leurs serres de beauté, pétale par pétale !...

LE CHŒUR

Les vignes de vos nerfs bourdonnent d’alcools noirs, Enfants ! ensanglantez la terre, ce pressoir Sans planteur de justice !

Page 1