LE MONSIEUR ET LA DAME
Ah! tu m’aimes, je t’aime !
Que la mort ne nous ait qu’ivres-morts de nous-mêmes !
Silence ; nuit d’étoiles. — L’aube.
LE MONSIEUR, déclamant
La femme, mûre ou jeune fille,
J’en ai frôlé toutes les sortes,
Des faciles, des difficiles,
C’est leur mot d’ordre que j’apporte !
LE CONCILE FÉERIQUE
Des fleurs de chair, bien ou mal mises, Des airs fiers ou seuls, selon l’heure ; Nul cri sur elles n’a de prise ;
Nous les aimons, elle demeure.
Rien ne les tient, rien ne les fâche ; Elles veulent qu’on les trouv’belles, Qu’on le leur râle et leur rabâche,
Et qu’on les use comme telles Sans souci de serments, de bagues, Suçons le peu qu’elles nous donnent ; Notre respect peut être vague :
Les yeux sont haut et monotones.
Cueillons sans espoir et sans drame ; La chair vieillit après les roses ;
Ah ! parcourons le plus de gammes ! Vrai, il n’y a pas autre chose.
LA DAME, déclamant à son tour
Si mon air vous dit quelque chose, Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose,
Je suis la Femme, on me connaît.
Bandeaux plats ou crinière folle ?
Dites ? quel front vous rendrait fous ?
POÉSIES
J’ai l’art de toutes les écoles,
J’ai des âmes pour tous les goûts.
Cueillez la fleur de mes visages, Sucez ma bouche et non ma voix,
Et n’en cherchez pas davantage,
Nul n’y vit clair, pas même moi.
Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main :
Vous n’êtes que de braves mâles,
Je suis l’Eternel Féminin !...
Mon but se perd dans les étoiles !...
C’est moi qui suis la grande Isis !... Nul ne m’a retroussé mon voile !...
Ne songez qu’à mes oasis.
Si mon air vous dit quelque chose, Vous auriez tort de vous gêner ;
Je ne la fais pas à la pose ;
Je suis la Femme ! on me connaît.
LE CHŒUR
Touchant accord !
Joli motif Décoratif,
Avant la mort !
LE CONCILE FÉERIQUE
Lui, nerveux,
Qui se penche
Vers sa compagne aux larges hanches,
Aux longs caressables cheveux.
Car, l’on a beau baver les plus fières salives,
Leurs yeux sont tout ! Ils rêvent d’aumônes furtives ! O chairs d’humains, ciboire de bonheur ! on peut Blaguer, la paire est là, comme un et un font deux.
— Mais, ces yeux, plus on va, se fardent de mystère !
— Eh bien, travaillez à les ramener sur terre !
— Ah ! la chasteté n’est en fleur qu’en souvenir !
— Mais ceux qui l’ont cueillie en renaissent martyrs ! Martyres mutuels ! de frère à sœur sans père ! Comment ne voit-on pas que c’est là notre Terre?
Et qu’il n’y a que ça ! que le reste est impôts Dont vous n’avez pas même à chercher l’à-propos I Il faut répéter ces choses ! Il faut qu’on tette Ces choses ! Jusqu’à ce que la Terre se mette,
Voyant enfin que tout vivote sans témoin,
A vivre aussi pour elle, et dans son petit coin !
LA DAME
La pauvre Terre, elle est si bonne !...
POÉSIES
LE MONSIEUR
Oh ! désormais, je m’y cramponne.
LA DAME
De tous nos bonheurs d’autochtones !
LE MONSIEUR
Tu te pâmes, moi je m’y vautre !
LE CHŒUR
Consolez-vous les uns les autres.
DERNIERS VERS
I hâve not art to reckon my groans thine evermore, Most dear lady, whilst this machine is to him.
Ophelia : He took me by the wrist, and held me hard ; Then goes he to the length of ail his arm,
And, with his other hand thus o’er his brow,
He falls to such perusal of my face,
As he would draw it. Long stay’d he so :
At last, — a little shaking of mine arm,
And thrice his head thus waving up and down,
He rais’d a sight so piteous and profound,
That it did seem to shatter ail his bulk,
And end his being. That done he lets me go,
And with his head over his shoulder turn’d He seem’d to find his way without his eyes ;
For out o’doors he went without their help,
And to the last bended their light on me.
Polonius : This is the very ecstasy of love.