‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 110 sur 151 · FIGUREZ-VOUS UN PEU · texte numérisé non relu

FIGUREZ-VOUS UN PEU

Oh ! qu’une, d’Elle-même, un beau soir, sût venir,

Ne voyant que boire à Mes Lèvres ! ou mourir

Je m’enlève rien que d’y penser ! Quel baptême De gloire intrinsèque, attirer un « Je vous aime » !

(L’attirer à travers la société, de loin,

Comme l’aimant la foudre ; un’, deux ! ni plus, ni moins.

Je t’aime ! comprend-on? Pour moi tu n’es pas comme Les autres ; jusqu’ici c’était des messieurs, l’Homme...

Ta bouche me fait baisser les yeux ! et ton port Me transporte! (et je m’en découvre des trésors...)

POÉSIES

Et c’est ma destinée incurable et dernière D’épier un battement à moi de tes paupières !

Oh ! je ne songe pas au reste ! J’attendrai,

Dans la simplicité de ma vie faite exprès...

Te dirai-je au moins que depuis des nuits je pleure,

Et que mes parents ont bien peur que je n’en meure ?...

Je pleure dans des coins ; je n’ai plus goût à rien ;

Oh ! j’ai tant pleuré, dimanche, en mon paroissien !

Tu me demandes pourquoi Toi? et non un autre...

Je ne sais ; mais c’est bien Toi, et point un autre !

J’en suis sûre comme du vide de mon cœur,

Et... comme de votre air mortellement moqueur...

— Ainsi, elle viendrait, évadée, demi morte,

Se rouler sur le paillasson qu’est à ma porte !

Ainsi, elle viendrait à Moi ! les yeux bien fous Et elle me suivr-ait avec cet air partout !

DES FLEURS DE BONNE VOLONTÉ

Page 1