‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 24 sur 151 · SONNET POUR ÉVENTAIL · texte numérisé non relu

SONNET POUR ÉVENTAIL

Stupeur ! Derrière moi. sans que j’aie existé,

Semant par l’infini les sphères vagabondes En les renouvelant de leurs cendres fécondes,

A coulé lentement toute une éternité.

Jamais ! Puis me voilà dans la nuit rejeté.

Tout est fini pour moi, cependant que les mondes L’autre éternité, vont continuer leurs rondes,

Aussi calmes qu’aux temps où je n’ai pas été.

Juste le temps de voir que tout est mal sur terre,

Que c’est en vain qu’on cherche un cœur à l’univers, Qu’il faut se résigner à l’immense mystère.

Et que, sanglot perdu, lueur aux cieux déserts,

Pli qui fronce un instant sur l’infini des mers, L’homme entre deux néants n’est qu'un jour de misère

LE SANGLOT DE LA TERRE

MÉDITATION GRISATRE

(Sonnet)

Sous le ciel pluvieux noyé de brumes sales,

Devant l’Océan blême, assis sur un îlot,

Seul, loin de tout, je songe, au clapotis du flot, Dans le concert hurlant des mourantes rafales.

Crinière échevelée, ainsi que des cavales,

Les vagues se tordant arrivent au galop Et croulent à mes pieds avec de longs sanglots Qu’emporte la tourmente aux haleines brutales.

Partout le grand ciel gris, le brouillard et la mer, Rien que l’affolement des vents balayant l’air.

Plus d’heures, plus d’humains, et solitaire, morne,

Je reste là, perdu dans l’horizon lointain Et songe que l’espace est sans borne, sans borne, Et que le Temps n’aura jamais... jamais de fin.

POÉSIES

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