‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 41 sur 151 · COMPLAINTE DES PIANOS · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DES PIANOS

qu’on entend dans les quartiers aisés

Menez l’âme que les Lettres ont bien nourrie, Les pianos, les pianos, clans les quartiers aisés ! Premiers soirs, sans pardessus, chaste flânerie, Aux complaintes des nerfs incompris ou brisés.

Ces enfants, à quoi rêvent-elles,

Dans les ennuis des ritournelles ?

— « Préaux des soirs,

Christs des dortoirs !

« Tu t’en vas et tu nous laisses,

Tu nous laiss’s et tu t’en vas,

Défaire et refaire ses tresses,

Broder d’éternels canevas. »

LES COMPLAINTES

Jolie ou vague ? triste ou sage ? encore pure ?

O jours, tout m’est égal ? ou, monde, moi je veux ?

Et si vierge, du moins, de la bonne blessure,

Sachant quels gras couchants ont les plus blancs aveux ?

Mon Dieu, à quoi donc rêvent-elles ?

A des Roland, à des dentelles ?

— « Cœurs en prison,

Lentes saisons !

«Tu t’en vas et tu nous quittes,

Tu nous quilt’s et tu l’en vas!

Couvents gris, chœurs de Sulamites, Sur nos seins nuis croisons nos bras. »

Fatales clés de l’être un beau jour apparues; Psitt ! aux hérédités en ponctuels ferments, Dans le bal incessant de nos étranges rues ; Ah ! pensionnats, théâtres. journaux, romans!

Allez, stériles ritournelles,

La vie est vraie et criminelle.

— « Rideaux tirés, Peut-on entrer ?

POESIES

« Tu t’en vas et tu nous laisses,

Tu nous laiss’s et tu t’en vas,

La source des frais rosiers baisse.

Vraiment ! Et lui qui ne vient pas... »

Il viendra ! Vous serez les pauvres cœurs en faute, Fiancés au remords comme aux essais sans fond, Et les suffisants cœurs cossus, n’ayant d’autre hôte Qu’un train-train pavoisé d’estime et de chiffons.

Mourir? peut-être brodent-elles,

Pour un oncle à dot, des bretelles ?

— « Jamais ! Jamais !

Si tu savais !

« Tu t’en vas et tu nous quittes,

Tu nous quitt’s et tu t’en vas,

Mais tu nous reviendras bien vite Guérir mon beau mal, n’est-ce pas ? »

Et c’est vrai ! l’Idéal les fait divaguer toutes; Vigne bohème, même en ces quartiers aisés. La vie est là ; le pur flacon des vives gouttes Sera, comme il convient, d’eau propre baptisé.

LES COMPLAINTES

Aussi, bientôt, se joueront-elles De plus exactes ritournelles.

« — Seul oreiller !

Mur familier !

« Tu t’en vas et tu nous laisses, Tu nous laiss’s et tu t’en vas, Que ne suis-je morte à la messe !

O mois, ô linges, ô repas ! »

Rue Madame.

POÉSIES

COMPLAINTE

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