‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 43 sur 151 · DE L’ORGUE DE BARBARIE · texte numérisé non relu

DE L’ORGUE DE BARBARIE

Orgue, orgue de Barbarie,

Don Quichotte, Souffre-Douleur, Vidasse, vidasse ton cœur,

Ma pauvre rosse endolorie.

Hein, étés idiots,

Octobres malades,

Printemps, purges fades,

Hivers tout vieillots ?

— « Quel silence, dans la forêt d’automne, Quand le soleil en son sang s’abandonne ! »

LES COMPLAINTES

Gaz, haillons d’affiches, Feu les casinos.

Cercueils des pianos, Ah ! mortels postiches.

— « Déjà la nuit, qu’on surveille à peine Le frou-frou de sa titubante traîne. »

Romans pour les quais, Photos élégiaques, Escarpins, vieux claques, D’un coup de balai !

— « Oh ! j’ai peur, nous avons perdu la route ; Paul, ce bois est mal famé ! chut, écoute... »

Végétal fidèle,

Eve aime toujours LUI ! jamais pour Nous, jamais pour elle.

— « O ballets corrosifs! réel, le crime?

La lune me pardonnait dans les cimes. »

POESIES

Vêpres, Ostensoirs,

Couchants ! Sulamites De province aux rites Exilants des soirs !

— « Ils m’ont brûlée ; et depuis, vagabond Au fond des bois frais, j’implore le monde.

Et les vents s’engueulent,

Tout le long des nuits !

Qu’est-c’que moi j’y puis, Qu’est-ce donc qu’ils veulent ?

— « Je vais guérir, voyez la cicatrice,

Oh ! je ne veux pas aller à l’hospice ! »

Des berceaux fienteux Aux bières de même,

Bons couples sans gêne,

Tournez deux à deux.

Orgue, Orgue de Barbarie !

Scie autant que Souffre-Douleur, Vidasse, vidasse ton cœur,

Ma pauvre rosse endolorie.

LES COMPLAINTES

COMPLAINTE

d’un cehtain dimanche

Elle ne concevait pas qu’aimer fût l’ennemi d’aimer.

Sainte-Beuve. Volupté.

L’homme n’est pas méchant, ni la femme éphémère. Ah ! fous dont au casino battent les talons,

Tout homme pleure un jour et toute femme est mère, Nous sommes tous filials , allons !

Mais quoi ! les Destins ont des partis pris si tristes, Qui font que, les uns loin des autres, l’on s’exile, Qu’on se traite à tort et à travers d’égoïstes,

Et qu’on s’use à trouver quelque unique Evangile. Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,

Moi je veux vivre monotone.

POÉSIES

Dans ce village en falaises, loin, vers les cloches,

Je redescends dévisagé par les enfants Qui s’en vont faire bénir de tièdes brioches ;

Et rentré, mon sacré-cœur se fend !

Les moineaux des vieux toits pépient à ma fenêtre,

Ils me regardent dîner, sans faim, à la carte ;

Des âmes d’amis morts les habitent peut-être ?

Je leur jette du pain : comme blessés, ils partent !

Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,

Moi je veux vivre monotone.

Elle est partie hier. Suis-je pas triste d’elle ?

Mais c’est vrai ! Voilà donc le fond de mon chagrin ! Oh ! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle !

Son mouchoir me flottait sur le Rhin...

Seul. — Le Couchant retient un moment son Quadrige En rayons où le ballet des moucherons danse,

Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s’afflige...

Et c’est le Soir, l’insaisissable confidence...

Ah ! jusqu’à ce que la nature soit bien bonne, Faudra-t-il vivre monotone?

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,

Depuis que l’Etre espère, ont réclamé leurs droits!

O ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste ?

Oh ! qu’il fait seul ! oh ! fait-il froid !

LES COMPLAINTES

Oh ! que d’après-midi d’automne à vivre encore !

Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre ! Or, ne pouvant redevenir des madrépores,

O mes humains, consolons-nous les uns les autres.

Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,

Tâchons de vivre monotone.

CoblenU. Juillet 1883.

d’un autre dimanche

C’était un très-au vent d’octobre paysage,

Que découpe, aujourd’hui dimanche, la fenêtre, Avec sa jalousie en travers, hors d’usage,

Où sèche, depuis quand ! une paire de guêtres Tachant de deux mais blancs ce glabre paysage.

Un couchant mal bâti suppurant du livide ;

Le coin d’une buanderie aux tuiles sales ;

En plein, le Val-de-Grâce, comme un qui préside ; Cinq arbres en proie à de mesquines rafales Qui marbrent ce ciel crû de bandages livides.

Puis les squelettes de glycines aux ficelles,

En proie à des rafales encor plus mesquines !

O lendemains de noce ! ô brides de dentelles ! Montrent-elles assez la corde, ces glycines Recroquevillant leur agonie aux ficelles !

LES COMPLAINTES

Ah ! qu’est-ce que je fais, ici, dans cette chambre ! Des vers. Et puis, après ! ô sordide limace !

Quoi ! la vie est unique, et toi, sous ce scaphandre, Tu te racontes sans fin, et tu te ressasses !

Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre ?

Ce fut un bien au vent d’octobre paysage...

Paris. Octobre 1884. 22, rue Berthollct. Dimanche, retour de Chevreusc.

POESIES

COMPLAINTE

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