‹ Œuvres complètes de Jules LaforgueChapitre 83 sur 151 · CLAIR DE LUNE · texte numérisé non relu

CLAIR DE LUNE

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre, Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Œil stérile comme le suicide,

Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,

Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très dorique, L’Amour cuve, prend ton carquois et pique,

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,

Les cœurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,

Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie, Que je m’y lave les mains de la vie !

l’imitation de nothe-dame la lune

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