‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 104 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

A ces mots, tous me firent place, en tête du char, près du timon, et jetèrent surmes genoux, les uns du gâteau de mais parsemé d'anis et des grappes de raisin, les autres des poires et des oranges. Je fis semblant de manger par reconnaissance et par égard, mais les morceaui s'arrfilaient entre mes dents, et le vin des grappes, en me rafraîchissant les lèvres, ne me réjouissaient pas le cœjr ; cependant je faisiis comme celui qui a faim et contentement pour ne pas contrisler la noce.

Pendant que le char avançait au pas lent des grands bœufs des Maremmes et que les deux fiancés, assis l'un près de l'autre, sous le dais de toile, causaient à voix basse, les mains dans les mains, le petit bouvier assis tout près de moi, sur la cheville ouvrière du timon, derrière ses bœufs, regardait avec un naïf ébahisseinent ma zampogne et me demandait qui est-ce qui m'avait appris si jeune à

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faire jouer des airs si mélodieux à ce morceau de bois attaché à cette peau de bête.

Je me gardai bien de lui dire que estait un jeune cousin nommé Hyeronimu, là tout près dans la montagne de Lacques ; je ne voulais pas mentir, mais je lui laissai entendre que j'étais un de ces pi^erarîda pays des Abruzzes, où les enfants viennent au monde tout înstruitset tout musiciens, comme les petits des rossignols sortent du nid tout façonnés àchanter dans les nuits et tout pleins de notes qu'on ne leur a jamais enseignées par alphabet ou par solfège.

Il s'émerveillait de ce que sept trous dans un roseau, ouverts ou fermés au caprice des doigts, faisaient tant de plaisir à l'oreille, disaient tant de choses au cœur, et il oubliait presque d'en toucher ses bœufs, qui marchaient d'eux-mêmes. Puis il mettait une gloriole d'enfant à me raconter à son tour ceci et cela sur cette belle noce qu'il conduisait & la ville, et sur les personnages qui remplissaient derrière nous le chariot couvert de toile et de feuilles.-

— Celle-ci, me disait-il, celle qui vous a vu la première évaooui sur le bord du chemin, c'est la fille du riche métayer Pkcidio de Bmn Visi, qui a une étable pleine de dix bœufs comme ceux-ci, de grands champs bordés de

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