CHAPITRE PREMIER
Rome, sous son gouveroemenl, ressemblait à une république oîi ch&cua peoae et dit ce qu'il veut, sans que personne inquiète ou tyrannise personne. C'était la ville hanséalique des consciences et des opinions. Aucun gouvernement ne pouvait ofTrir une liberté aussi complète, malgré tes vices inhérents à cette nature de gouvernement, composé d'une ioonarchie sans hérédité, d'une démocratie sans représentation, d'une aristocratie étrangère sans patriolisme, et d'un sacerdoce sans responsabilité. Mais tous ces vices théoriques disparaissaient dans la pratique par le caractère que Pie VU et Consalvî imprimaient à son régime. J'étais particulièrement recommandé au cardinal-ministre, que je voyais presque tous lea jours chez la célèbre duchesse de Devonsbire, patronne de tous les hommes de lettres et de tous tes artistes romains. Veuve d'un des plus opulents ^seigneurs des trois royaumes, elle employait son immense fortune à faire fleurir l'Italie d'une seconde Renaissance. Le cardinal Consalvi la visitait deux fois par jour, une fois dans la matinée pour les intérêts politiques de son gouvernement avec l'Angleterre, dont elle passait pour l'ambassadeur anonyme ; une fois dans la soirée, pour s'y délasser dans un petit cercle d'bommes d'esprit des soucis du ministère.
Le chevalier de Médici, premier ministre du roi de Naples avant l'explosion des carbonari, réfugié momenta- Démeot & Rome par crainte de l'assassinat dont il avait été menacé, nous y charmait, tous les soirs, par l'agrément de
zed.yGOOg[e
26 FlOa D'ALIZA.
sa conversation napolitaine, la plus spirituelle et la plus voltairienne des conversations. L'abbé Galiani, le plus sensé et le plus amusant des économistes, ne causait pas avec plus d'originalité, contre l'honnête et pesant Turgot dans ses entretiens sur la liberté du commerce des blés. Il donnait le ton à Tauteur de Candide. J'ai toujours soupçonné Voltaire d'avoir dans les veines du sang napolitain, et, en remontant. un peu loin, j'ai reconnu que je n'avais pastootà fait tort. Il y a des verves de race qu'on n'invente pas ; Médici était de la famille.
Le vieux roi de Naples Ferdinand, quoiqu'il pass&t pour un lazzarone sur le trdne parmi les libéraux de Paris, avait lui-même autant de cet esprit napolitain, fin et railleur, que tout son royaume. Il revenait en ce moment du congrès de Troppau avec la jolie duchesse de Floridia, sa favorite, dont il avait fait sa femme, comme Louis XIV de madame de Maintenon. Mais c'était une Maintenon sicilienne, avec le pédantisme de moins, la jeunesse etiabeauté de plus. Il écrivait à son fils, te régent de Naples, pour être communiquées au parlement, des dépêches pleines de l'éloge des chiens de chasse qu'il ramenait pour chasser le sanglier en Cakbre.
zed.yGOOg[e