‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 10 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des plus graves et des plus tragiques événements comme une rose de Pœstum arrachée de sa tige sur tes flots bomllants du golfe. Nous en étions tous respectueusement enivrés.

L'aulomne venu, le vieux roi partit avec le consentement de son peuple, difficilement arraché, pour aller, disait-il* plaider luî-méme la cause de la révolution auprès des souverains réunis au congrès de Troppau. On sait ce qui en arriva. L'armée napolitaine, commandée, à Entrodocco, par un général mandataire des carbonari, se dispersa au premier coup de canon, horsde portée, d'un faible corps autrichien, dans les vignes. Il n'y avait rien & en conclure contre la bravoure individuelle de ce peuple souvent héroïque quand une générmse passion l'anime ; mais les carbonari ne lui présentaient pour rois que des tribuns militaires, et pour causes que des théories qu'il ne pouvait ni comprendre, ni aimer. Les sociétés eeorètes, excellentes pour soulever, sont incapables de combattre. La fumée du coup de canon d'Entrodocco 6t rentrer les carbonari dans l'ombre. Le général Foy, qui venait de prophétiser & la tribune de Paris que l'armée de ta Sainte-Alliance ne sortirait pas des défilés d'Entrodocco, retira sa prophétie. Le brave et téméraire général Pepe n'osa pas. reparaître à

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U FIOK D'ALIZA.

Naples; Use réfugia en Angleterre, puis en France. Il y réfléchit sur le danger d'être le général d'une société secrète. C'était un bon soldai et un boonéte homme, incapable d'un crime, mais très-capable de rêver un rdie héroïque à la tête de bataillons qu'il trouvait évanouis en se retournant. Je lui restai toujours attaché de cœur jusqu'à sa mort.

L'état de ma femme, avancée dans sa première grossesse, et la convenance de la soustraire, au moment de ses couches, au tumulte d'une ville en révolution, me firent partir pour Rome. J'y arrivai au moment où un détachement de l'eirmée autrichienne campait de l'autre c6té du Tibre, prêt à entrer dans la ville, si une révolution analogue à la révolution d'Espagne, de Naples et de Turin, venait & éclater, comme on l'annonçait à toute heure. L'ombre de ce détachement suffit pour arrêter les révolutionnaires carbonari de Rome et des États du Pape. Tout resta dans le calme habituel de cette capitale de la religion, de la science et des arts. La société était nombreuse, cosmopolite, brillante. Le gouvernement du doux et pieux Pie Vit, souvent persécuté, jamais persécuteur, y était insensible et aimé. L'ami de ce Pape, le cardinal Consalvi, y régnait par, la séducUcm bienveillante de son caraclère.

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