‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 110 sur 186 · CHAPITRE GINQUIËMIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE GINQUIËMIS

La lour était haute, étroite, humide et percée seulement, Ç^ et là., de fentes dans l'épaisse muraille, pour regarder par-dessus la ville.

C'était une de ces guérites aériennes que les anciens seigneurs de Lucques ou chefs de faction, tels que le fameux Castruccio Castracam, faisaient élever autrefois, à ce que m'a dit la femme du bargello, pour dominer les quartiers des factions contraires et pour voir, au-delà des remparts de Lucques, si les Pisans ou les Florentins s'approchaient de la ville. Les marches étaient roides, et les murs solides auraient aplati les boulets. Tout à fait en haut, à l'endroit où les hirondelles et les corneilles bâtissent leurs nids inaccessibles sous les corniches ou sur les tourelles, il y avait une petite porte tellement basse, qu'il fallait se courber en deux pour y passer; elle était fermée par un verrou gros comme le bras d'un homme fort et garni de têtes de clous, taillés en diamants, qui étaient aussi froids que la neige ; elle s'ouvrait et se fermait avec un bruit creux qui résonnait du haut en ba« jusqu'au pied de l'escalier de la tour. On dit qu'elle avait servi, dans les anciens temps, & murer, dans ce dernier étage de la tour, un prisonnier d'État qu'on avut voulu laisser mourir à petit bruit, dans ce sépulcre au

milieu des aire, et que les gonds el les verrous de la porte

avaient retenu le bruit de ses hurlements.

Le vent aussi y hurlait comme des voix désespérées à travers les mâchicoulis elles meurtrières. Cette lourdu bargello avait fait partie autrefois, dit-on, d'un palais d'une maison éteinte des seigneurs de Lucques; on l'avait convertie ensuite en prison d'Etat, et, plus tard encore, en prison pour les meurtriers ordinaires. Elle séparait la maison du bargello de la petite cour profonde et étroite de la prison, sur laquelle les cachots grillés des détenus prenaient leur jour.

Je tirai le verrou, je poussai la porte, j'entrai, toute tremblante, dans la petite chambre à voûte basse, éclairée !e jour par une large meurtrière, qu'un triple grillage séparait du ciel ; le vent qui sortît d3 la chambre, quand la porte s'ouvrit, et des chauves-souris, qui battaient leurs ailes aveugles contre les murs, faillirent éteindre la lampe que je tenais dans ma main gauche pour m'éclairer Jusqu'au lit.

C'était bientôt vu, monsieur; en cinq pas, on faisait le tour de cette chambre haute, il n'y avait qu'une voûte de pierre blanchie à ta chaux comme les murailles, un lil bien propre, une cruche de cuivre pleine d'eau claire et une

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