CHAPITRE CINQUIÈME
chaise de boie, où le porte-ctefs jetait sa veste et sod trousseau de clefs, en se couchant
Je me jetai d'abord à genoux devant une image de san Stefano, le saint de nos montagnes, qui se trouvait pîir hasard attachée par quatre clous sur la muraille. Je me dis en moi-même : Bon 1 c'est un protecteur inattendu que je trouve dans ma détresse ; tu me secourras, toi, moi qui suis une fille de la montagne, née el grandie h l'ombre de ton couvent
Je fis ma prière et je m'étendis ensuite tout habillée sur le lit, recouverte de mon manteau de bête, et ma pauvre zampogne, fatiguée, couchée à côté de ma tête, comme si elle avait été un compagnon vivant de ma solitude et de ma misère.
Ressayai de fermer les yeux pour dormir, mais ce fut impossible, monsieur ; plus je fermais mes paupières, plus j'y voyais en moi-même des personnes et des choses qui me donnaient un coup au cœur et des sursauts à la tête : les sbires sortant de derrière les arbres el tirant cruellement, malgré mes cris, sur mon chieu et mes pauvres hétes; Hyeronimo l&chant sur eux son coup de feu; le bandit de sbire mort au pied de l'arbre ; Hyeronimo, surpris et enchaîné, conduit par eux au supplice ; mon père aveugle et ma tante désespérée tendant leurs bras dans la nuit pour le retenir et ne retenant que son ombre ; des juges, un corps mort étalé devant eux ; des soldats chargeant leurs carabines avec des balles de fer dans un ci-
zed.yGOOgle
242 PIOR D'ALIZA.
metière où une fosse, toute creusée d'avance, attendait un assassin condamné à mort ; puis deux vieillards expirant de misère et de faim à. côté de leur pauvre chien blessé dans notre cahute de la montagne, puis des ruisseaux de larmes sur des lâches de sang qui noyaient toutes mes idées dans un déluge d'angoisses. ^
Que vouliez-vous que je pusse dormir, au milieu de tout cela, mon père et ma tante? Je me décidai plutôt h. rouvrir les yeux et à prier et à pleurer, toute la nuit, au pied du lit, le front sur la zampogne el les mains jointes sur mon front brûlant. C'est ce que je fis, monsieur, jusqu'à ce qu'un bruit singulier, que je n'avais jamais enlendu auparavant, monta du bas de la cour de ta prison jusqu'à la meurtrière qui me servait de fenêtre, et que ce bruit me lit me dressâr sur mes pieds, comme en sursaut, quand on se réveille d'un mauvais rêve.
Et qu'est-ce que c'était donc que ce bruit sinistre, me direz-vous, qui montait si haut jusqu'à ton oreille à travers la lucarne de la tour? C'était un bruit de ferraille qu'on aurait remuée dans un grenier ou dans une cave, un cliquetis de gros anneaux de métal qui se dérouleraient sur des dalles de pierres, un frôlement de chaînes contre les murs d'une prison, et, de temps en temps, les gémisse-
zed.yGOOg[e