‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 112 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME. 24Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. 24Ï

menls sourds et les ohimé contenus de prisonniers qui, se retournant sur .leur paille, et qui, cherchant le sommeil comme moi, ne pouvaient trouver que l'insomnie dans leurs remords, dans leurs pensées et dans leurs larmes !

Après avoir écouté un moment et cherché à voir dans la cour du haut en bas, à travers les triples nœuds des grilles entrelacées en guise de serpents qui s'étoulfent en s'embrassant, je ne pus rien voir, mais j'entendis de plus en plus les secousses des chaînes rivées aux anneaux de fer, et qu'un prisonnier s'eflbrce toujours en vain d'arracher du mur.

Une pensée me monta aussitôt au front : Si c'était lui ! Si c'était le pauvre innocent Hyeronimo, que les juges auraient déjà jeté dans la prison de Lucques avant de savoir s'il étaùt coupable ou s'il était seulement courageux pour soit père, pour sa tante et pour moi I

Dieu ! que cette image me bouleversa plus encore que je n'avais été bouleversée depuis le coup de feu ! J'en glissai inanimée tout de mon long sur la pierre froide, au pied de la lucarne ; le froid des dalles sur mes mains et sur * mon visage me ranima, je me relevai pour écouter encore ; mais l'attention même avec laquelle je cherchais & écouter

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m'ôtait l'ouïe, i force de tendre l'oreille, et je n'entendais plus qu'un bourdonnement confus semblable à un grand vent précurseur de I& pluie à U'avers les rameaux de sapins, quand la tempête commence & se lever de loin sur la mer des Maremmes et qu'elle monte au sommet de nos montagnes.

Seigneur! me disais-je, si c'était lui, pourtant, et si le hasard, ou le saint nom du hasard, le bon Dieu, nous avait rapprochés ainsi, dès le second jour, l'un de l'autre, pour nous secourir ou pour mourir du moins ensemble du même déchirement et de la même mort I...

Mais c'est impossible, et quel moyen de m'en assurer ? Gomment connaître si c'est lui qui se torture là-bas, au fond, dans la loge de bâtes féroces ; comment lui faire savoir, sans nous trahir l'un l'autre & l'oreille des autres prisonniers ou du bargello, que je suis là, tout près de lui, cherchant les moyens de l'assister?

Ma voix n'irait pas jusqu'à ces profondeurs ; la sienne ne monterait pas jusqu'à ces hauteurs ; et puis, si nous parvenions h. nous parler, tout le monde entendrait ce que nous nous serions dit, et le bargello et sa femme, si bons pour moi parce qu'ils ne me connaissent pas, ne manqueraient pas d'éventer qui je suis et de me jeter dehors comme

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