‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 116 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

— Quel philosophe, que cette pauvre jeune femme qui ne sait pas lire ! me dis-je tout bas cette fois en moi- même, pour ne pas interrompre l'intéressante histoire.

Fitir d'Aliza ne s'aperçut même pas de ma réflexion : elle était toute à son émotion désespérée pendant la. nuit de silence qui lui avait duré un siècle.

— Anéantie par ce silence qui répondait seul k l'air que la zampogne venait de jouer au hasard, pour interroger la profondeur des cachots ou bien pour apprendre à Hyeronimo, s'il était là, que Fior d'Aliza y était aussi, se souvenant de lui dans son malheur, je laissai tomber à terre la zampogne et je glissai moi-même, découragée, au pied de la lucarne, les bras accrochés au barreaux de fer de la fe< nêtre sans en sentir seulement le froid.

Mais au moment oii mes genoux touchaient h. terre, monsieur, voilà qu'un lourd bruit de chaînes qu'on remue monte d'en bas jusqu'à la lucarne, et qu'une faible voix, comme celle d'un mineur qui parle aux vivants du fond d'un puits, fait entendre distinctement, quoique bien bas, ces trois mots séparés par de longs intervalles : Fior d'Aliza, teitu? Est-ce toi, Fior d'Aliza ?

Anges du ciel 1 c'était lui ; la zampogne avait fait ce

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miracle de me découvrir son cachot. Pour toute réponse, je ramassai l'instrument de musique à terre, et je jouai une seconde fois Tair d'Hyeronimo et de Fior d'Aliia ; mais je le jouai d'un mouvement plus vif, plus pressé, plus joyeux, avec des doigts qui avaient la fièvre et qui communiquaient aux sons le délire de mon contentement d'avoir découvert mon cousin.

Quand j'eus fiai, je prêtai l'oreille une seconde fois; mais le jour commençait à glisser du haut de la tour dans la cour obscure ; des bruits de portes de fer et de sourds verrous qui s'ouvraient intimidaient sans doute le prisonnier : il lit résonner seulement, du fond de sa loge grillée, un grand tumulte de chaînes froissées à dessein les unes contre les autres, comme pour me faire comprendre, ne pouvant me le dire : • Je suis Hyeromino, je suis \h. et j'y suis dans les fers. * La zunpogne avait servi d'intelligence entre nous.

Mais, hélas! ma tante, de quoi me servait-il d'avoir découvert où il était et de lui avoir envoyé, du haut d'une tour, une voix de famille de notre montagne, si je n'avais aucun moyen de l'approcher, de le consoler, de le justifier^ de le sauver des sbires ses ennemis, sans doute acharnés à Bamort?

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