‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 13 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Je ne le permis pas par respect pour ce jeune proscrit d'un trftne, et j'allai au palais Pitti lui présenter mes hom-* Dii^s et des espérances de réconciliation avec la cause des rois, qu'il ne tarda pas & aller servir en Espagne. Se doutait-il alors qu'il régnerait vingt ans en Piémont, sous la tutelle de l'Autriche et sous l'influence absolue des jésuites, et qu'il reprendrait, vingt ans après, tes ordres des carbonari, les armes contre l'Autriche, les conspirations contre te Pape, le patronage de la France révolutionnaire, et qu'il laisserait l'Italie conquise et tous les princes, ses collègues et ses parents, chassés par son fils de ces mêmes palais où lui-même avait reçu l'hospitalité de famille?

Ce que l'esprit n'ose prévoir, les événements et les caractères l'amènent. L'inattendu est le nom des choses humaines. Nos neveux en verront bien d'autres avant que l'Italie en revienne h la seule unité honnête et forte qui lui convienne et qui convienne à la France : la confédération-république d'Ëtats.

ie passai l'été d^s une belle vallée des Alpes, auprès de ma sœur, non loin de Chambéry. Ma femme, fière de son bel enfant, et trop frêle pour pouvoir le nourrir longtemps, fut remplacée par une paysanne de la Maurienne, à son premier lait, aa teint de rose, aux dents d'ivoire ; mais,

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hélas ! l'enEeint dépérissait sur ce sein de neige : on n'a^

chète pas la vie, Dieu la donne et la retire.

Je résolus de profiter de ce loisir diplomatique, en attendant une nouvelle destination, pour visiter l'Angleterre et pour faire connaissance avec la famille de ma femme. Ma belle-mère possédait, dans un des plus ricbes quartiers de Londres, une maison élégante et magnifiquement meublée, dans le voisinage de Hyde-Park. Nous nous y établîtues pour quelques mois. Je trouvai dans la famille de ma femme un accueil plein de noblesse et de gr&ce, qui n'a pas cessé jusqu'à ce jour de me faire deux patries et deux centres d'affection. L'Angleterre, pays de la famille par excellence, est aussi le pays de l'adoption. Le cœur reconnaissant s'y partage entre tes sentiments innés et les sentiments acquis.

Après avoir joui quelque teoaps de l'intimité de cette aimable partie de ma nouvelle famille, nous louâmes, au bord de la Tamise, & Ricbmond, une viUa recueillie et solitaire, entre le parc et le fleuve, pour y passer l'été. Ces jours de Richmond, entre l'étude, les livres, le cheval, les promenades et quelques excursions dans les forêts et dans les ch&teaux royaux d'Angleterre, furent des plus heureux

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