‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 14 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de DOtre existence. Un de mes plus intimes amis, le baron de Tignet, neveu des deux comtes de Maistre, venait d'être nommé secrétaire de l'ambassade de Sardaigne à Londres. 11 venait souvent & Richmond passer avec moi des jours mélancoliques comme son caractère, à Torabre de ces arbres séculaires d'Angleterre, où nous nous enU-etenions de politique et de poésie, ses deux passions, comme elles étaient déj& les miennes. Il voyait tout en sombre et rappelait plus tes Nuits (T Young que la s^nité calme de sa patrie. Un autre ami très-lettré aussi, M. de Marcellus, était en même temps que nous à Londres, premier secrétaire de l'ambassade française, sous l'ambassadeur, notre plus grand poëte, M. de Chateaubriand. Je n'avais pas connu à Paris cet homme illustre autrement que par mon admiration à distance. Je lui fis ma visite de devoir en arrivant & Londres ; il oublia de me la rendre ; je n'insistai pas : ce ne fut qu'après mon séjour à. Ricbmond que, sur l'obsH'valion de M. de Marcellus, M. de Chateaubriand me fit une visite et m'envoya une invitation à un de ses dîners diplomatiques. Je m'y rendis par devoir plus que par empressement. Il fut froid et un peu guindé avec un jeune homme qui ne demandait qu'à l'adorer comme un être plus qu'humain. Je sortis centriste de sa table, et je ne cherchai plus à le voir. 11 me parut un homme qui posait pour te grand homme incompris, qu'il ne fallait voir que de loin, en perspective. Le charme manquait à sa grandeur; le charme de la petitesse ou de la grandeur, c'est le naturel.

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32 PIOR D'ALIZA.

L'aiïectation gâte même le génie. Je Tai toujours admiré, surtout comme puissance politique; mais il m' éloigna toujours de lui, même quand il fut mon ministre et qu*un mot de lui pouvait me placer sans faveur à, un poste plus élevé dans ma carrière. N'aime pas qui veut; il ne m'a rendu bien plus que justice qu'après sa mort, dans ses Mémoires posthumes, où il me plaça comme poëte au rang de Virgile et de Racine, et comme homme politique plus haut que mon siècle ne m'a placé. J'ai souvent réfléchi par quelle bizarrerie inexplicable ce grand juge m'avait témoigné tant de défaveur pendant qu'il vivait, en me réservant tant de partialité après sa mort. Je croid l'avoir deviné, mais je n'oserais jamais le dire.

Un autre homme d'élite, que son indulgence tendre pour moi me permettait d'appeler mon ami, le duc Mathieu de Montmorency, devint ministre des afiaires étrangères dans les péripéties publiques qui précédèrent le congrès de Vérone. Il n'attendit pas ma demande pour me nommer à Florence auprès du marquis de La MaisonforI, et destiné à le remplacer en chef aussitôt que les convenances permettraient de rappeler ce ministre.

Je revins à Paris avant de me rendre en Toscane. Le (narquis de La MaisoDfort avait le genre d'esprit de Riva-

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