CHAPITRE PHEMIER
ro!; c'était un émigré comme Rivarol : il avait aut.iiit d'esprit, et du meilleur, qu'il smt possible d'en concentrer dans une lêle humaine, même au pays de Voltaire et du chevalier de Grammont. Il avait tiré un parti très-habile du malheur de la monarchie et de la fréquentation des princes pendant leur exil. Les disgrâces mêmes du sort sont gracieuses aux hommes de cette nature, ils ne prennent rien trop au sérieux dans la vie. Il y a toujours de la ressource dans l'esprit souple et flexible d'un courtisan de rois tombés. Il s'était voué de bonne heure à ce rôle de l'espérance et de l'activité dans les causes en apparence perdues; il avait conspiré avec les flatteurs de la haute émigration en Suisse, en Russie, en Angleterre; il s'était lié avec M. de Blacas, homme plus sérieux, mais moins aimable que lui ; Louis XVIIl l'aimait pour sa légèreté, il tenait tête à ce monarque en matière classique et épigrammatique ; il avait écrit en 1814 des brochures royalistes qui lui avait fait un nom d'homme d'État de demi-jour, h. l'époque où une brochure paraissait un événement ; il n'était point un ennemi des transactions avec la révolution pacifiée; il savait se proportionner aux choses et aux hommes; il n'avait aucun préjugé, grande avance pour faire sa place et sa fortune ; mais il la mangeait à mesure qu'il la faisait. Le roi avait fini par le nommer ministre en Toscane. Il n'y jouissait pas d'une considération très-sérieuse, mais d'une réputation d'esprit très-mérilée. Les émigrés, ses contemporains, trèslégers au commencement, étaient devenus moroses et pé-
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dantesques en vioillissant; ils reprochaient à M. de La Maisonforl d'êlrc resté jeune malgré Ecs années. On le desservait à Paris ; il voulait y rentrer malgré eux pour se défendre et pour obtenir du roi un poste plus lucratif. En attendant, il n'avait plus qu'a pou près un an h passer dans l'Italie centrale pour me laisser, à titre de chargé d'affaires de France, ses trois I-^galions, Florence, Parme, Modène et Lncqua«, à diriger.
Incppable de basse jalousie et très-capable d'amitié pour un jeune homme dont la renommée naissante le flatlailsous le rapport littéraire, poète lui-même, et poêle trfcs-agréable {la louchante et naïve romance gauloise de Gnselidis est de lui), il m'accueillit moins en subordonné qu'en ami plus jeune et en élève tout à la fois politique et poétique ; il me présenta comme son second et comme son successeur aux principales cours auprès desquelles il était accrédité.
Celle de Florence, qui était notre principale résidence, se composait d'abord du grand-duc de Toscane, jeune encore d'années, mais d'une maturité précoce et studieuse qui annonçait un digne héritier du trône et du libéralisme philosophique de Léopold.
Léopotd, quoique frère de l'empereur d'Autriche, et empereur ensuite lui-même, avait inoculé le goût et l'habitude
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