‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 153 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

même d*y passer. Les murs avaient deux brasses d'épaisseur ; ils étaient construits de btocs de marbre noir aussi lourds que nos rochers, pour que les condamnés à mort qu'on y abandonnait seuls avec Dieu ne pussent pas songer seulement à s'évader. Un confessionnal et un banc de bois noir étaient les seuls meubles de l'oratoire. Un capucin venait tous les matins, & Taube du jour, dire la messe pour tous les prisonniers ; ils l'entendaient , à travers la porte ouverte, chacun, de sa lucarne ouvrant sous le cloître; cela les consolait de voir et d'entendre qu'on priait du moins pour eux ; c'était moi qui servais la messe du capucin, armée d'une petite sonnette de cuivre qu'on m'avait appris h. sonner à l'élévation ; c'était moi qui lui versais le vin et l'eau des burettes dans le calice. Quand il avait fmi, on fermait ta porte de l'oratoire en dehors avec de gros verrous et un cadenas; moi seule, comme porte-clefs, je pouvais y entrer quelques moments avant la messe du lendemain pour allumer les deux petits cierges, remettre de l'huile dans la lampe, et du vin et de l'eau dans les burettes du vieux prêtre à moitié aveugle.

Ah ! ce fut un beau moment, ma tante que celui oij, du haut de ma chambre, dans ma tour, j'entendis le bargtUo

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conduire lui-même le forgeron au cachot, et où les coups de marteau qui descellaient les Ters du prisonnier retentirent dans le cloître et jusqu'à ma Teuêtre. Je tombai sur mes deux genoux devant la lucarne pour remercier Dieu de ce qui était pourtant uo signe de mort, et je me dis en moi-même : Voilà qu'on lui rend ses membres, & toi maintenant de lui rendre la liberté et la vie I

Quand tout fut rentré dans le silence ordiniùre du cloître, et que le hargeUo en fut sorti avec le forgeron et les hommes noirs de la justice . j'y entrai sans bruit avec la provende et les cruches d'eau des prisonniers ; je ne fus pas lente, croyez-moi, à distribuer h chacun sa portion, à ouvrir et à refermer leurs giilles ; les pieds me brûlaient de courir au cachot de votre enfant II se tenait encore tout au fond, debout sur sa paille, de peur de se trahir en se précipitant trop vile vers moi ; mais, quand j'eus ouvert sa grille d'une main toute tremblante, il bondit comme un bélier du fond de l'ombre, il me prit dans ses bras et m'étouCfa contre son cœur, o{i je me sentais mourir et oh je restai longtemps sans que lui ni moi nous puissions proférer une seule parole; lui baisait mœ cheveux, moi ses mains, tels que nous nous serrions, vous et moi, ma tante.

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