CHAPITRE HUITIÈME
celte chose (ici il hésita et il fallut pour ainsi dire Tarracher parole par parole de ses lèvres), c'était de mourir sans que nous eussions été, lui et moi, mariés ou tout au moins, ne fût-ce qu'un jour, fiancés sur la terre, puisque, selon la parole des moines de la montagne, les imea qui avaient été unies indissolublement ici-bas par la bénédiction des 6ançaiiles ou du mariage, étaient & jamais unies et inséparables dans le ciel comme sur la terre, dans l'éternité comme dans le temps I
En disant cela, il se cachait le visage entre ses deux mains, et on voyait de grosses larmes glisser entre ses doigts et iomber sur la paille comme des gouttes de pluie,
Je ne pus pas y tenir, ma tante, et je collai mes lèvres sur ses doigts qui me cachaient son visage.
— Je ne savais pas cela, mon cousin, lui dis-je, enfin, en lui desserrant ses doigts mouillés du visage pour voir ses yeux ; je ne croyais pas que, quand on s'aimait dans ce monde, on pouvait jamais cesser de s'aimer dans l'autre, lui dis-je en pleurant à mon tour; est-ce qu'on a donc deux âmes ? une pour la terre, une pour le ciel ? une pour le temps, une pour l'éternité? Quant à moi, je ne m'en sens qu'une, et elle a toujours été autant dans ta poitrine que dans la mienne : l'idée de voir, de penser, de respirer seulement sans toi, ici ou 1&, ne m'est jamais venue.
Il me serra encore plus étroitement contre lui-même.
— Mais, puisque c'est ainsi et que tu le crois, toi qui es plus savant que moi, je le veux autant que toi, reprîs-je.
ŒCVll. COKPl.-
zed.yGOOg[e
338 FIOR D'AUZA.
plus que toi encore, car toi tu pourrais bien peut-être vivre ici ou dans le paradis sans moi, mais moi je ne pourrais ni respirer seulement dans ce monde, ni sentir le paradi» dans l'autre, si j*élais séparée de toi I Ainsi, ne vivons pas, ô mon frère I ne mourons pas sans avoir échangé deux anneaux de fiançailles ou de mariage que nous rendrons après la mort pour nous reconnaître entre toutes ces. &mes qui habitent l&-haut, dans le bleu, au-dessus des montagnes. Oh ! Dieu, que deviendrions-nous si nous venions & nous perdre dans cet infini oh tu me chercherais éternellement, comme dit l'histoire de Francesca de Rimini.
— Mais quel moyen ? me dit-il en se désespérant et en ouvrant ses deux bras étendus en croix derrière lui, tel qu'un homme qui tombe à la renverse.
Je songeai un peu, puis je lui dis :
— Je crois que j'en sais un I
— Et lequel? s'écrîa-t-il en se rapprochant de moi comme pour mieux entendre.
— Rien que la vérité, répondis-je. Dis au père Hilario, ton confesseur, et qui donnerait son sang pour ton salut, ce que tu viens de me dire, dis-lui que tu mourras dans l'impénitence finale et dans le désespoir sans pardon, si
zed.yGOOg[e