‹ Œuvres complètes de LamartineChapitre 175 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

et en ralentir les heures ! les unes pour mourir tout de suKe et pour aller l'attendre dans le paradis, dont je n'aurais vu que quelques heures sur la terre, et les autres pour lui rendre la liberté et la vie, lui sacririant k son insu la mienne!

Enfin elle passa; je n'osai pas, par mainraise honte, m'spprocher beaucoup de la loge où Hyeronimo m'attendait, sans vouloir m'appeler, la tête en ses deux mains, appuyé sur la grille du cachot, me regardant à travers les mèches de ses cheveux rabattus sur sa tête ; et moi, du haut de ma fenêtre, plongeant mes regards furtifs sur sa figure immobile dans la demi-ombre de sa loge.

Je ne sentais ni la faim ni la soif, monsieur, et je dis à la femme du èargetto que j'étais malade, pour me dispenser de m' asseoir à table avec ces braves gens. Je ne dormis pas non plus, mais je priai pendant la nuit tout entière pour que mon bon ange et ma patronne intercédassent auprès de Dieu, et pour que le jour suivant me ftt sa sposa, et pour qu'ils me donnassent le surlendemain, jour iîxé pour sa mort, la force et l'adresse de mourir pour lui.

Bien longtemps avant que le jour blanchît les montagnes de Lucques, je lavai sur mon visage la trace de mes larmes, je peignai mes blonds cheveux et je me regardai

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au miroir h la tueur de ma lampe, pour que ce jour-là, du moins, je fusse un peu belle pour l'amour de mou mari ; puis je mis ma chemise blanche de femme ornée d'une gorgère de dentelle sous ma veale d'homme dont je laissai passer la broderie entre les boutons de mon gilet, afin que quelque chose au moins rappelât en moi la feoune et m'embellit aux yeux de mon fiancé.

Il faut compatir, ma tante, & la vanité des femmes ; même quand elles vont mourir, elles veulent, malgré tout, laisser une itnage d'elles avenante, dans l'œil de celui qu'elles aiment.

Je descendis et je remontai trois ou quatre fois l'escalier de la tour, croyant que mes mouvements h&teraieotle jour, et m'avançaut jusqu'à la porte de la rue pour écouter si je n'entendais pas les pas lourds du père Hils^ io, et les pas légers de l'enfant de chœur faisant tinter sa sonnette dansl'ombre devant lui ; mais rien, toujours rien, et je remontai pour redescendre encore ; la dernière fois, le père Hilario allait sonner, quand je prévins te bruit en ouvrant ta porte du guichet devant lui, comme si j'avais été l'ange qu'on voit peint sur la muraille de la cathédrale de Pise et qui ouvre la porte du cachot & Pierre, eu tenant un flambeau

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