CHAPITRE -NEUVIÈME. 3fi
l'innocent plaisir d'écouter les airs de leurs montagnes, et de causer, tout le temps qu'ils ne travaillent pas, librement avec leurs parents, leur femme, leur fiancée, s'ils en ont, à travers les barreaux de fer de leurs cages qui prennent jour sur leurs cours, ni même de s'entrelacer leurs doigts dans les doigts de celles qu'ils aimaient pendant qu'ils étaient libres.
11 dormait encore; je m'étendis sur les dalles de la cour, sous le rebord de sa toge, qu'on m'avait indiquée en entrant, et je jouai l'air que nous avions inventé ensemble, au gros châtaignier, avant notre malheur. J'entendis un bruit; it bondit de sa couche et s'élança vers les barreaux.
— Fiord'Aliza, est-ce toi î s'écria-t-il.
La zampona m'échappa des mains, et sa bouche fut sur ma joue.
Ce que nous dîmes, monsieur, et ce que nous ne dîmes pas, je D'en sais rien ; le vent même ne le pourrait pas dire, car il n'aurait pu passer entre ma bouche et la sienne. Nous resl&mes une partie de la matinée à. parler tout bas ou h nous taire en nous regardant. Je lui demandai pardon de l'avoir voulu tromper, et je lui promis de ne pas le quitter, excepté la nuit, pour l'aider à porter ses chaînes.
Les autres galériens, punis pour des fautes légères,
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avaient horreur de e^approcher de lui. Les sbires de Lucques, dont il passait pour avoir tué le chef par trahison, l'avaient recommandé aux sbires des galériens comme un monstre de méchanceté. De sorte que ses compagnons, par flatterie pour les gardiens, affectaient la répugnance et l'horreur pour lui, aTm de se faire bien venir d'eux.
Les samedis de tous les mois, j'allais, comme je l'avais promis à mon père et k ma tante, au ch&taignier leur porter des nouvelles de leur enfant, et lui rapporter des châtaignes, et leur porter à eux ta nourriture et les petites gouttes de rosolio que j'avais gagnées pour Hyeronimo et pour eux, et je revenais ta nuit, sans peur et sans honte, à Livoume, passer la journée dans la cour, auprès de ta loge de mon sposo, l'écoutant gémir de la lièvre, et veillant quand il dormait.
Que de mois, monsieur, nous pass&mes ainsi : lui, toujours plus languissant, moi, toujours vaillante!
Un soir, cqjendant, le chagrin me saisit tellement dans la nuit, que les douleurs me prirent. La concierge du couvent alla chercher ta sage-femme ; mais, quand elle arriva, j'avais déjà un bel enfant sur mon sein. Le même soir je me levai et je le portai embrasser à son père. Huit jours après.
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